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L'Histoire de France vue par San-Antonio [fr]

Электронная книга - «L'Histoire de France vue par San-Antonio [fr]». Краткое содержание книги:

Paris ne s'est pas fait en un jour, et la France ne s'est pas faite toute seule ! Les plaques de nos rues et les socles de nos statues portent les noms des responsables : ça va de la rue Vercingétorix à la rue Charles de Gaulle.
Et pourtant le nom le plus important est absent de nos places, de nos avenues, de nos boulevards et même de nos impasses : celui de Bérurier. Or, ce sont les Bérurier qui ont vraiment fait la France. Avec leurs mains, leur sang et leur sueur.
Avec leur esprit aussi.
Soucieux de réparer cette criante injustice, j'ai essayé de reconstituer leur trajectoire dans le temps.
Comme le langage, l'Histoire se doit de rester vivante ; c'est pourquoi je me suis attaché à en secouer la poussière, à en « plumeauter » les toiles d'araignée, à en dédorer les tranches, les couronnes et les auréoles et à la saupoudrer d'éclats de rire.
Un petit travail de réfection, quoi !
Il m'a permis de constater qu'on nous avait doré l'Histoire de France avec cette même poudre aux yeux qui sert aussi à nous dorer la pilule !
SAN-ANTONIO
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Là-dessus, il l'avait béni, lui avait remis un peu de monnaie et avait donné une grande claque sur le derrière de son cheval panard afin de le faire démarrer.

Tel était — d'un seul trait de plume, ai-je promis — l'homme dont la plume du chapeau balayait le parquet d'Anne d'Autriche. La reine, qui s'y connaissait en hommes, avait enregistré cela entre deux battements de cils, car non contente d'être espagnole, elle était en outre perspicace.

— Que désirez-vous, sergent ? demanda-t-elle au nouveau venu.

— Si j'ai l'audace de solliciter un entretien particulier avec ma Reine, fit Bérugnan, c'est qu'il y va pour elle de son honneur et de sa sécurité.

Il parlait net, d'une belle voix dans laquelle perçait ce beau patois béarnais qui faisait le charme du roi Henri IV.

Le Béarn ! C'était le chemin de l'Espagne comme la ligne droite est le plus court chemin d'un point à un autre. Anne d'Autriche y pensa fort et ses yeux merveilleux qui avaient fait battre tant de cœurs dans tant de poitrines s'emplirent de larmes.

Le reine voulut se bassiner le visage avec l'eau de senteur d'une cuvette située sur une table Louis XIII située derrière Bérugnan.

— Otez-vous de là que je m'humecte ! ordonna-t-elle.

Comprenant l'intention de sa souveraine, le mousquetaire prit la cuvette et, mettant un genou en terre, la présenta à Anne d'Autriche qui fut touchée par cette attention. L'arrivant la troublait fort. Il émanait de lui une sensualité extraordinaire à laquelle Anne était aussi sensible qu'à cet accent béarnais qui faisait autrefois le charme du roi Henri IV.

Elle conjura — pour un moment — le feu de ses joues. Et, s'étant ressaisie, murmura simplement :

— Parlez !

— Oh ! ma Reine, soupira Bérugnan. Oh ! ma Reine…

Il disait ces mots non seulement avec l'accent de ce Béarn si proche de l'Espagne, mais de plus avec nostalgie. Une deuxième fois, la reine frissonna.

— Madame, attaque Bérugnan, reprenant du courage, est-il vrai que, soucieuse d'apporter votre contribution personnelle au relèvement financier du Trésor Public, vous ayez annoncé la vente prochaine de vos fameux ferrets de diamants ? Dites-le-moi, je vous en conjure, pour l'amour du ciel et pour l'amour de vous, ma Reine !

— C'est vrai, fit Anne. Je dois les donner solennellement demain au super-intendant des finances qui les mettra en vente et réservera le produit de celle-ci à l'achat de charrues américaines.

— N'en faites rien, Majesté ! lança alors le mousquetaire qui eût presque crié s'il n'avait pris la précaution de parler à voix basse. N'en faites rien, car un immense scandale éclaterait alors !

— Mon Dieu ! fit simplement Anne d'Autriche en blêmissant et en portant simultanément la main à sa poitrine à l'intérieur de laquelle battait son cœur de reine.

— Mon Dieu, Mousquetaire, reprit-elle, que me baillez-vous là !

Bérugnan posa la cuvette qu'il tenait toujours et ramassa son chapeau dont la plume d'autriche balayait le plancher d'Anne d'Autruche.

— Madame, voici une dizaine d'années, vous remîtes ces ferrets au Duc de Buckingham. Son Éminence en eut vent et souffla au roi d'exiger de vous que vous les portassiez au bal de la cour, tout ceci est exact, n'est-ce-pas ?

— Ça l'est, cria la reine, dans un souffle. Et après ?

— Vous chargeâtes alors d'Artagnan d'aller les récupérer en Angleterre chez Sa Grâce.

— Et il s'acquitta magnifiquement de sa mission, fit la reine.

Bérugnan baissa la tête.

— Hélas, non, Madame. Depuis dix ans, cet homme ambitieux qui a maintenant le grade de lieutenant dans notre glorieuse compagnie et qui est en passe de devenir capitaine, dupe son monde. Il n'est pas plus gascon que ne l'était Concini.

— Que me dites-vous ! balbutia la pauvre Anne.

Bérugnan, d'un geste ample de son bras terminé par la main qui tenait le chapeau à plumes, balaya une fois de plus le parquet d'Anne d'autruche.

— Cet homme a modifié l'orthographe de son patronyme, Majesté. Son nom, qu'il a le front d'écrire D.A.R.T.A.G.N.A.N., s'écrit en réalité D.A.R.T.A.N.I.A.N. en un seul mot, sans « g » mais avec un « i ». Et pour aller au bout de la vérité, ma Reine, il n'est pas gascon mais arménien.

Un silence glacé comme les mains d'un serpent s'abattit alors entre la reine et son visiteur. Anne d'Autriche ressemblait maintenant non point à une fille de la Maison d'Espagne, mais plutôt à une princesse nordique en pleine hibernation. Pâle et froide, elle paraissait s'être changée en statue de glace.

— Se peut-il, mon ami ? fit-elle dans un soupir que Bérugnan perçut cependant car il avait l'oreille aussi fine que l'ardoise de son petit Liré.

— Cela est, Majesté. Mais il y a pire. L'ignoble individu vous a honteusement abusée avec cette histoire de ferrets. Il en a fait confectionner de faux, et c'est ceux-là qu'il vous a remis, tandis qu'il cédait discrètement les vrais à un joaillier marron d'Amsterdam. Sa Majesté comprend maintenant pourquoi la fortune du scélérat est allée si vite ? C'est le diable que cet homme-là !

— Il faut prévenir le roi ! fit la reine qui, dans cet instant de faiblesse, éprouvait un immense besoin de protection.

— Impossible, Madame, Dartanian vous tient. Prévenir Sa Majesté équivaudrait à lui avouer qu'à un moment ou l'autre vous vous séparâtes des ferrets !

— C'est vrai ! convint la reine en se tordant les poignets avec son autre main. C'est très vrai !

— Je ne le fais pas dire à sa Majesté ! se lamenta le brave mousquetaire.

Anne d'Autriche se prit la tête de sa main restée libre.

— Mais comment avez-vous appris cette vilenie, mon bon Bérugnan ?

— Il y a trois jours à peine, Majesté, par une fille pour laquelle Dartanian eut des bontés et avec laquelle il eut des faiblesses. Il la jeta en Seine ensuite pour lui faire perdre la mémoire, se rendant compte du danger que constituait le réceptacle de pareils secrets. Mais, par un hasard extraordinaire, je passais par là. Ayant tout vu depuis l'autre rive, je sautai à l'eau et j'eus le bonheur de repêcher cette malheureuse. De la sorte je sus tout. Madame ma Reine, si vous remettez ces ferrets au super-intendant, on découvrira qu'ils sont faux et votre vie s'achèvera soit sur l'échafaud, soit dans un cul-de-basse-fosse ! Cette pensée m'est intolérable. Je ne puis admettre que votre beauté si rayonnante allasse s'étioler dans le salpêtre d'une prison ! Je suis venu pour vous sauver !

— Impossible ! fit la reine en larmoyant, car elle ne parlait pas que l'espagnol et le français.

— Rien n'est impossible à l'homme qui veut sauver sa reine, Majesté. Mon honneur et ma vie vous appartiennent. Je suis venu pour brûler l'un et l'autre sur l'autel de votre culte.

— Que faire ?

— Je vais devenir un voleur, pour vous préserver, Majesté. Voici mon plan : vous allez immédiatement me remettre ces ferrets. Je quitterai le Louvre sans éveiller l'attention puisque c'est mon jour de congé. Je chevaucherai jusqu'à la nuit. Lorsque l'ombre aura envahi la terre de sa noirceur opaque, je m'arrêterai en quelque carrière où, entre deux blocs de rocher, je pulvériserai les faux ferrets, après quoi je répandrai leur poudre sur les eaux d'une rivière. Ensuite, eh bien, mon Dieu, j'irai cacher mon opprobre en quelque lieu discret si Dieu le permet, ou je mourrai de la mort honteuse des droits communs si les gardes me reprennent. Ma seule chance est que vous ne découvriez officiellement le larcin que demain. Ces vingt-quatre heures de liberté me sont indispensables.

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