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La voix des morts [Speaker for the Dead - fr]

Электронная книга - «La voix des morts [Speaker for the Dead - fr]». Краткое содержание книги:

3 000 ans ont passé depuis le massacre des doryphores. Mais seulement vingt-six ans pour Ender Wiggin. Paradoxe de la relativité du temps dans l’espace ! Hanté par sa participation au génocide d’un peuple, Ender poursuit sa quête : trouver une planète où il pourra enfin déposer le cocon de la reine des doryphores.
Serait-ce Lusitania ? Là vivent les piggies, drôles de petits cochons à l’esprit agile. Des êtres étranges, véritable énigme pour les hommes. N’ont-ils pas assassiné, sans mobile apparent, le scientifique qui les étudiait ? Une mort mystérieuse et rituelle. Ender s’est jure de découvrir la vérité sur ce meurtre. Malgré la peur et l’incompréhension des hommes.
La paix régnera-t-elle un jour entre des races aussi différentes ? Les hommes, les piggies et… pourquoi pas les doryphores ?
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— J’ai promis que, si je m’installais quelque part, je renoncerais à mon titre de Porte-Parole et deviendrais un citoyen productif.

— Ici, cela inclurait la conversion au catholicisme.

— San Angelo m’a fait promettre, il y a de nombreuses années, que si je choisissais un jour une religion, ce serait la sienne.

— Bizarrement, cela ne ressemble guère à une déclaration de foi.

— C’est parce que je ne l’ai pas.

Le Ceifeiro rit comme s’il ne le croyait pas et insista pour lui faire visiter le monastère et les écoles avant d’aborder les questions d’Ender. Cela ne gênait pas Ender. Il avait envie de voir comment les idées de San Angelo avaient progressé au cours des siècles écoulés depuis sa mort. Les écoles paraissaient très agréables et la qualité de l’enseignement était élevée ; mais il faisait nuit lorsque le Ceifeiro le conduisit au monastère, puis dans la petite cellule qu’il partageait avec son épouse, l’Aradora.

Dona Cristã était déjà là, créant une série d’exercices grammaticaux sur le terminal placé entre les lits. Ils attendirent qu’elle ait trouvé un endroit propice à une interruption avant de s’adresser à elle.

Le Ceifeiro le présenta comme le Porte-Parole Andrew.

— Mais il semble trouver difficile de m’appeler Dom Cristão.

— L’évêque aussi, répondit son épouse. Mon nom complet est : Détestai o Pecado e Fazei o Direito. » (Déteste le Péché et Fais le Bien, traduisit Ender.) Le nom de mon mari se prête à un joli diminutif – Amai, aime. Mais le mien ? Pouvez-vous vous imaginer criant à un ami : « Hé, Détestai ! » Non ? (Ils rirent.) L’amour et la haine, c’est ce que nous sommes ; mari et femme. Comment m’appellerez-vous si le nom de Chrétienne est trop beau pour moi ?

Ender regarda son visage, où les rides étaient déjà si nombreuses qu’un observateur plus critique que lui aurait pu la trouver vieille. Néanmoins, son sourire joyeux et la vigueur de ses yeux la faisaient paraître jeune, plus jeune même qu’Ender.

— J’aimerais vous appeler Beleza, mais votre mari m’accuserait de flirter avec vous.

— Non, il m’appellerait Belladona – de la beauté au poison – en une méchante plaisanterie. N’est-ce pas, Dom Cristão ?

— Ma tâche consiste à protéger ton humilité.

— Tout comme la mienne consiste à protéger ta chasteté, répliqua-t-elle.

À ces mots, Ender ne put s’empêcher de regarder successivement les deux lits.

— Ah, encore quelqu’un que le célibat dans le mariage étonne, releva le Ceifeiro.

— Non, assura Ender. Mais je me souviens que San Angelo tenait à ce que le mari et l’épouse partagent le même lit.

— Nous ne pourrions y parvenir, précisa l’Aradora, que si l’un d’entre nous dormait pendant la nuit et l’autre durant la journée.

— Les règles doivent s’adapter à la force des Filhos da Mente, expliqua le Ceifeiro. Il est vraisemblable que certains sont capables de partager le même lit tout en restant chastes, mais ma femme est encore trop belle et les désirs de ma chair trop insistants.

— C’était ce que souhaitait San Angelo. Selon lui, le mariage devait être une mise à l’épreuve constante de notre amour du savoir. Il espérait que tous les hommes et toutes les femmes de l’ordre, au bout d’un certain temps, décideraient de se reproduire dans la chair aussi bien que dans l’esprit.

— Mais dès l’instant où nous faisons cela, souligna le Ceifeiro, nous devons quitter les Filhos.

— C’est ce que notre cher San Angelo n’a pas compris, parce qu’il n’y a pas eu de véritable monastère de l’ordre de son vivant, rappela l’Aradora. Le monastère devient notre famille et le quitter serait aussi douloureux que le divorce. Lorsque les racines sont enfoncées dans la terre, la plante ne peut pas être arrachée sans douleurs et déchirements graves. De sorte que nous dormons dans des lits séparés et avons juste la force qui nous permet de rester au sein de notre ordre bien-aimé.

Elle parla avec une telle sérénité que, contre sa volonté, Ender sentit que ses yeux s’emplissaient de larmes. Elle s’en aperçut, rougit, détourna la tête.

— Ne pleurez pas à cause de nous, Porte-Parole Andrew. Nos joies sont plus nombreuses que nos peines.

— Vous m’avez mal compris, fit valoir Ender. Je ne pleure pas par pitié, mais à cause de la beauté.

— Non, dit le Ceifeiro, les prêtres célibataires eux-mêmes estiment que notre chasteté dans le mariage est, dans le meilleur des cas, excentrique.

— Mais pas moi, assura Ender.

Pendant un instant, il eut envie de leur parler de sa vie en compagnie de Valentine, aussi proche et aimante qu’une épouse, pourtant aussi chaste qu’une sœur. Mais le simple fait de penser à elle le priva de mots. Il s’assit sur le lit du Ceifeiro et se cacha le visage dans les mains.

— Vous sentez-vous mal ? demanda l’Aradora.

En même temps, la main du Ceifeiro se posa doucement sur sa nuque.

Ender secoua la tête, tentant de chasser l’afflux soudain d’amour et de regrets provoqué par la pensée de Valentine.

— Il me semble que ce voyage m’a contraint à un sacrifice exceptionnel. J’ai dû quitter ma sœur qui a voyagé avec moi pendant de nombreuses années. Elle s’est mariée à Reykjavik. De mon point de vue, il y a une semaine que je l’ai quittée, mais je me rends compte qu’elle me manque terriblement. Vous deux…

— Vous voulez dire que vous êtes également adepte du célibat ? demanda le Ceifeiro.

— Et veuf aussi, souffla l’Aradora.

Cette façon d’exprimer l’absence de Valentine ne parut pas incongrue à Ender. Jane murmura à son oreille :

— Si cela fait partie d’un plan, Ender, je reconnais qu’il est beaucoup trop subtil pour moi.

Mais, naturellement, cela ne faisait pas partie d’un plan. Ender eut peur parce qu’il perdait le contrôle de la situation. La veille au soir, chez les Ribeira, il la dominait ; à présent, il avait l’impression de capituler, devant ces moines mariés, avec le même abandon que Quara et Grego devant lui.

— Il me semble, avança le Ceifeiro, qu’en venant ici, vous ne connaissiez pas toutes les questions auxquelles vous seriez obligé de répondre.

— Vous devez vous sentir très seul, estima l’Aradora. Votre sœur a trouvé une patrie. En cherchez-vous également une ?

— Je ne crois pas, répondit Ender. J’ai l’impression d’avoir abusé de votre hospitalité. Les moines non ordonnés ne sont pas censés entendre les confessions.

L’Aradora rit sans se cacher :

— N’importe quel catholique peut entendre un infidèle en confession.

Le Ceifeiro, toutefois, ne rit pas.

— Porte-Parole Andrew, vous n’aviez manifestement pas l’intention de nous accorder une telle confiance, mais je puis vous assurer que nous méritons cette confiance. Et de ce fait, mon ami, j’en suis arrivé à la conclusion que je peux vous faire confiance. L’évêque a peur de vous et je reconnais que j’étais également méfiant, mais tel n’est plus le cas. Je vous aiderai, si je le puis, parce que je crois que vous ne chercherez pas à nuire à notre petit village.

— Ah ! souffla Jane, je comprends, à présent. Quelle manœuvre intelligente, Ender ! Je ne te savais pas aussi bon comédien.

Son ironie donna à Ender l’impression d’être cynique et vénal, de sorte qu’il fit ce qu’il n’avait jamais fait auparavant. Il porta la main à la pierre précieuse, localisa la petite manette de fermeture puis, du bout de l’ongle, la déplaça latéralement et de haut en bas. Elle cessa de fonctionner. Jane ne pouvait plus lui parler à l’oreille, ne pouvait plus entendre ni voir comme si elle se trouvait à sa place.

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