Sous les vents de Neptune
- Автор: Варгас Фред
- Серия: Commissaire Jean-Baptiste Adamsberg #4
- Год: 2004
- Язык: французский
- Год: Éditions Viviane Hamy
- ISBN: 978-2878581904
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «Sous les vents de Neptune». Краткое содержание книги:
— Du billard, expliqua Retancourt à Adamsberg, en mangeant les crêpes au sirop d’érable cuisinées par Basile.
Ce qui rappela à Adamsberg qu’il n’avait toujours pas acheté de sirop pour Clémentine. Une sorte de mission impossible.
— Les cops sont repassés me voir vers quinze heures. Je lisais sur mon lit, terriblement inquiète et convaincue que vous aviez eu un accident. Un lieutenant se rongeant les sangs pour son supérieur. Pauvre Ginette, je lui ai presque fait de la peine. Sanscartier était avec eux.
— Comment était-il ? demanda vivement Adamsberg.
— Il était navré. Il m’avait semblé qu’il vous aimait bien.
— C’est réciproque, dit Adamsberg, qui imagina les affres du sergent découvrant que son nouvel ami avait empalé une fille au trident, tout bonnement.
— Navré et peu convaincu, précisa Retancourt.
— À la GRC, certains le prennent pour un niais. Portelance dit qu’il a de l’eau dans la tête.
— Eh bien, il a sacrément tort.
— Et Sanscartier n’était pas de leur avis ?
— Cela y ressemblait. Il en faisait le moins possible, comme s’il ne voulait pas se salir les mains. Pas participer, pas en être. Il sentait l’amande douce.
Adamsberg refusa la seconde tournée de crêpes. La pensée que Sanscartier le Bon, couvert de lait d’amande, ne l’avait pas jeté aux loups lui fit un peu de bien.
— D’après ce que j’entendais dans le couloir, Laliberté était dans une fureur noire. Ils ont levé la surveillance deux heures après et vidé le parc. Je me suis tirée tranquillement. La voiture de Raphaël était à nouveau au parking de l’hôtel. Il est passé entre les mailles. Il est beau, votre frère.
— Oui.
— On peut parler devant Basile, continua Retancourt en servant le vin. Pour les papiers, vous ne voulez pas de Danglard. Admettons. Vous avez un faussaire dans votre manche à Paris ?
— J’en connais quelques anciens mais je ne miserais pas un ongle sur eux. Aucune confiance.
— Je n’en ai qu’un seul, mais sûr. On pourrait dormir dessus. Seulement, si on joue sur lui, il faudrait m’assurer que vous ne lui ferez pas d’ennuis. Que vous ne me questionnerez pas, que vous ne donnerez pas mon nom, même si Brézillon vous chope et vous interroge.
— Cela va de soi.
— En outre, il est rangé des voitures. Il a fait ça dans le temps et il ne le refera que si je le lui demande.
— Votre frère à vous ? demanda Adamsberg. Celui sous la robe de chambre ?
Retancourt posa son verre de vin.
— Comment le savez-vous ?
— Votre inquiétude. Et beaucoup de mots pour en parler.
— Vous redevenez flic, commissaire.
— Parfois. En combien de temps pourrait-il les faire ?
— Deux jours. Demain, on se fabrique de nouvelles têtes et des photos d’identité. On les lui scanne. En faisant au plus vite, il aura les passeports jeudi. Avec le courrier express, on peut espérer les recevoir mardi prochain et décoller ce jour-là. Basile ira nous chercher les billets. Des billets sur deux vols différents, Basile.
— Oui, dit Basile. Ils recherchent un couple, c’est plus prudent de se séparer.
— On te remboursera depuis Paris. Tu t’occuperas de tout, comme une mère de brigands.
— Pas question que vous mettiez le nez dehors présentement, confirma Basile, ni que vous payiez avec vos cartes magnétiques. La photo du commissaire sera dès demain dans Le Devoir. La tienne aussi, Violette. Depuis que tu t’es tirée de l’hôtel sans dire bienvenue, tu n’es pas en meilleure position.
— Sept jours de claustration, compta Adamsberg.
— Il n’y a pas de quoi éternuer, dit Basile. Il y a tout ce qu’il faut pour s’occuper ici. Et puis, on lira la presse. Ils parleront de nous, ce sera bien distrayant.
Basile ne prenait rien au tragique, pas même le fait d’abriter un meurtrier potentiel chez lui. La parole de Violette lui dictait son devoir.
— J’aime bien marcher, dit Adamsberg en souriant.
— Il y a un long couloir ici. Vous l’arpenterez. Violette, pour ta nouvelle tête, je te verrais bien en bourgeoise déçue. Ça te dirait-tu ? J’irai magasiner demain très tôt. Je te prendrai le tailleur, le collier, et puis de la teinture brune.
— Ça me paraît bien. Pour le commissaire, j’ai pensé à une grande calvitie, prenant les trois quarts du crâne.
— Bon, ça, approuva Basile. Ça vous transforme un homme. Costume à petits carreaux beiges et bruns, calvitie, et un peu de ventre.
— Cheveux blanchis, ajouta Retancourt. Prends du fond de teint aussi, j’aimerais le pâlir. Et du citron. Il nous faudrait des produits de qualité professionnelle.
— Le collègue qui s’occupe de la rubrique cinéma est un bon chum. Il connaît les fournisseurs des studios comme sa poche. Je me procurerai tout cela demain. Et je ferai les photos dans le labo.
— Basile est photographe, expliqua Retancourt. Pour Le Devoir.
— Journaliste ?
— Oui, dit Basile en lui tapant sur l’épaule. Avec un scoop qui soupe à ma table. Te voilà assis sur un nid de guêpes, hein ? T’as-tu pas peur ?
— C’est risqué, dit Adamsberg avec un léger sourire.
Basile répondit d’un rire franc.
— Je sais taire mon bec, commissaire. Et je suis moins dangereux que vous.
XXXIX
Adamsberg avait dû parcourir quelque dix kilomètres en une semaine dans le couloir de Basile et il faillit prendre plaisir à marcher librement dans l’aéroport de Montréal, après une semaine de réclusion. Mais les lieux grouillaient de cochs, ce qui lui coupa toute idée de délassement.
Il se regarda de côté dans une vitre, vérifiant la crédibilité de son reflet en représentant de commerce d’une soixantaine d’années. Retancourt l’avait admirablement transformé, et il s’était laissé faire comme une poupée. Sa mutation avait beaucoup amusé Basile. « Fais-le triste », avait-il conseillé à Violette, et c’était fait. Le regard était très modifié, abrité sous des sourcils épilés et blanchis. Retancourt avait poussé la précision jusqu’à pâlir ses cils et, une demi-heure avant le départ, elle lui avait appliqué du jus de citron dans les yeux. Sa cornée rougie dans son teint blanc lui donnait la mine lasse et maladive. Restaient cependant ses lèvres, son nez, ses oreilles, inchangeables, et qui lui semblaient crier partout son identité.
Il serrait ses nouveaux papiers dans sa poche, contrôlait sans cesse leur présence. Jean-Pierre Émile Roger Feuillet, tel était le nom que lui avait assigné le frère de Violette, dans un passeport parfaitement imité. Y compris les cachets des aéroports de Roissy et Montréal attestant son voyage aller. Du grand œuvre. Si le frère était aussi capable que la sœur, on tenait là une famille d’experts.
Ses papiers authentiques étaient demeurés chez Basile, en cas de fouille des bagages. Un formidable chum, ce Basile, qui n’avait pas manqué de rapporter la presse chaque jour. Les articles virulents sur le meurtrier en fuite et sa complice l’avaient positivement mis en joie. Un type attentif aussi. Pour ne pas qu’Adamsberg se sente trop seul, il l’accompagnait souvent durant ses marches au long du couloir. Randonneur naturaliste, il comprenait que son prisonnier « ait des impatiences ». Ils bavardaient tous les deux, allant et venant, et, après une semaine, Adamsberg savait presque tout des histoires de blondes de Basile et de la géographie du Canada, de Vancouver à la Gaspésie. Néanmoins, Basile n’avait jamais entendu parler du poisson à barbelures du lac Pink et se promit d’aller visiter l’animal. La cathédrale de Strasbourg aussi, si un jour tu traverses la petite France, avait ajouté Adamsberg.