Sous les vents de Neptune
- Автор: Варгас Фред
- Серия: Commissaire Jean-Baptiste Adamsberg #4
- Год: 2004
- Язык: французский
- Год: Éditions Viviane Hamy
- ISBN: 978-2878581904
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «Sous les vents de Neptune». Краткое содержание книги:
À onze heures, en costume gris, chemise blanche et cravate, Adamsberg se dirigeait d’un pas tranquille vers la voiture de son frère. Des cochs se déplaçaient en tous sens, auxquels il n’accorda aucun regard. À onze heures quarante, son car démarrait pour Montréal. Retancourt lui avait recommandé de descendre une station avant le terminus. Il n’avait en poche que l’adresse de Basile et un billet de Retancourt.
En suivant des yeux les arbres qui défilaient sur la route, il songea qu’il n’avait jamais trouvé un abri plus solide et sécurisant que le corps blanc de Retancourt. Qui valait bien mieux, même, que les creux de montagne où se réfugiait le grand-oncle. Comment avait-elle tenu le coup ? Cela restait un complet mystère. Que toute la chimie de Voisenet ne saurait jamais éclaircir.
XXXVII
Louisseize et Sanscartier venaient sans conviction au rapport, dans le bureau de Laliberté.
— Le boss est sur le bord de crinquer, dit Louisseize à voix basse.
— Il sacre comme un démon depuis ce matin, répondit Sanscartier en souriant.
— Ça t’amuse ?
— Ce qui m’amuse, Berthe, c’est qu’Adamsberg nous ait fait la balle. Il lui a joué une belle patte de cochon, à Laliberté.
— Je t’empêche pas de rire mais présentement, c’est nous qu’allons se faire brasser la cage.
— Ce n’est pas de notre faute, Berthe, on a fait de notre best. Tu veux-tu que je lui parle ? Je le crains pas.
Debout dans son bureau, Laliberté achevait de lancer ses ordres, diffusion de la photographie du suspect, barrages routiers, contrôles à tous les aéroports.
— Alors ? cria-t-il en raccrochant. Où en êtes-vous rendus ?
— On a fouillé tout le parc, surintendant, répondit Sanscartier. Personne. Il est peut-être parti prendre une marche et il aura eu un accident. Des fois qu’il ait vu un ours.
Le surintendant se retourna d’un bloc vers le sergent.
— T’as complètement manqué le bateau, toi, Sanscartier. T’as toujours pas compris qu’il avait pris la quille ?
— On n’en est pas sûrs. Il était décidé à revenir. Il est de promesse, il nous a fait parvenir ses dossiers sur le juge.
Laliberté frappa du poing sur sa table.
— Son histoire, ça vaut pas de la blague ! Check ça, dit-il en lui tendant une feuille. Son tueur est mort depuis seize ans ! Alors assieds-toi dessus puis tourne.
Sanscartier prit connaissance sans surprise de la date de décès du juge, et hocha la tête.
— Peut-être que le juge a un imitateur, proposa-t-il doucement. Ça se tenait, cette histoire du trident.
— Ça date de l’année du siège, son affaire. On s’est fait barouetter et puis c’est tout !
— J’ai pas l’impression qu’il mentait.
— S’il niaisait pas, c’est pire. C’est qu’il bouillait sous la pelouse et qu’il est parti sur une chire.
— J’ai pas l’impression qu’il était fou.
— Fais pas rire les poissons, Sanscartier. Son histoire, elle a ni son ni ton, elle fonctionne avec des prières.
— Tout de même, il ne les a pas inventés, ces meurtres.
— Depuis quelques jours, sergent, t’as le visage à deux taillants, dit Laliberté en lui donnant ordre de s’asseoir, et moi, j’ai la patience qui sonne à fond de canisse. Alors écoute et prends ta logique à deux mains. Ce soir-là, Adamsberg avait une forte disposition au diable bleu, correct ? Il avait tellement bu qu’il était paqueté comme un œuf. Quand il est sorti de L’Écluse, il marchait sur les fentes, il était même plus parlable. C’est ce qu’a dit le serveur lui-même. Correct ?
— Correct.
— Et agressif. « Si les cochs s’approchent, je t’embroche. » Je t’embroche, Sanscartier, ça t’évoque rien ? Comme arme ?
Sanscartier acquiesça.
— Il était en amour avec cette blonde. Et la blonde fréquentait le sentier. Correct ?
— Correct.
— Peut-être qu’elle l’a mis au pacage, peut-être qu’il était jaloux comme un pigeon et qu’il a pris sa débarque. Possible ?
— Oui, dit Sanscartier.
— Ou bien, et c’est ce que je crois, elle lui a chanté une poignée de bêtises en faisant semblant de faire du petit. Elle voulait peut-être le marier obligé. Et ça a tourné au jeu de chien. Il s’est pas lutté sur une branche, Sanscartier, il s’est battu avec elle.
— On sait même pas s’il l’a rencontrée.
— Où c’est que tu vas avec tes skis, toi ?
— Je dis que présentement, on n’a pas de preuves.
— J’en ai plein la boîte à poux de ton obstruction, Sanscartier. Des preuves, on en a des pleins sacs ! On a ses empreintes sur la ceinture !
— Peut-être qu’il les avait mises avant ? Puisqu’il la connaissait ?
— T’es bouché des deux bouts, sergent ? La ceinture, elle venait de se la faire offrir. Moment donné sur le sentier, il a vu la fille. Et tout d’une fripe, il a pissé dans ses hottes et il l’a tuée.
— Je comprends, surintendant, mais je peux pas y accroire. Entre Adamsberg et un meurtre, je trouve pas la centaine.
— T’enfarge pas dans tes idées. Tu le connaissais depuis quinze jours et qu’est-ce que tu sais de lui ? Rien. Il est traître comme un bœuf maigre. Et il l’a tuée, ce maudit chien. La preuve qu’il lui manque une vis : ce qu’il a fait cette nuit-là, il le ressent plus. Il a passé l’efface. Correct ?
— Oui, dit Sanscartier.
— Alors vous allez me pogner ce maudit. Arrachez-vous la face et faites de l’overtime jusqu’à ce qu’il soit dans la glacière.
XXXVIII
L’accueil d’un individu exténué et sans bagages ne perturba pas Basile, dès l’instant où l’homme lui était recommandé par un mot de Violette, autant dire un laissez-passer gouvernemental.
— Ça t’ira-tu ? demanda-t-il en lui ouvrant la porte d’une petite chambre.
— Oui. Merci beaucoup, Basile.
— Tu vas avaler un morceau avant de t’étendre. Violette, ça c’est une femme, hein ?
— Une déesse Terre, pourrait-on dire.
— Et comme ça, elle a réussi à niaiser tous les cops de la Gatineau ? demanda Basile, très amusé.
Donc Basile était au courant, pour l’essentiel. C’était un type petit et rose de teint, aux yeux grandis par des lunettes à monture rouge.
— Tu peux-tu me raconter son astuce ? dit-il.
Adamsberg lui résuma l’opération en deux mots.
— Non, dit Basile en apportant des sandwiches. Résume-moi pas. Conte-moi le tout sur le long et sur le large.
Adamsberg rapporta l’épopée Retancourt, depuis son système-invisibilité à la GRC jusqu’à son système-pylône. Ce qui était pour Adamsberg une catastrophe réjouissait beaucoup Basile.
— Ce que je ne saisis pas, dit-il pour finir, c’est comment elle n’est pas tombée. Je fais soixante-douze kilos.
— Ce qu’il faut que tu comprennes, c’est que Violette connaît la game. Elle convertit son énergie en ce qu’elle veut.
— Je le sais. C’est mon lieutenant.
C’était, pensa-t-il en entrant dans la chambre. Car même s’ils parvenaient à franchir l’Atlantique, il n’allait pas revenir s’asseoir à la Brigade, les jambes calées sur sa table. Criminel recherché, en planque. Plus tard, se dit-il. Trier les échantillons, les couper en fines lamelles. Les installer un par un dans les alvéoles.
Retancourt les rejoignit vers vingt et une heures. Enthousiaste, Basile avait déjà préparé sa chambre, le dîner, et obéi à ses consignes. Il avait rapporté pour Adamsberg habits, rasoir, affaires de toilette et le nécessaire pour tenir une semaine.