Les Habits Noirs Tome I
- Автор: Феваль Поль Анри
- Серия: Les Habits Noirs #1
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome I». Краткое содержание книги:
La bande criminelle les «Habits Noirs», dirigée par Lecoq, le bras droit du colonel Bozzo-Corona, le «Maître à tous», organise le vol de la caisse du banquier Bancelle, en 1825, tout en montant une machination compliquée destinée à égarer la justice sur un faux coupable (manoeuvre que les Habits noirs appellent «payer la loi», et qu'ils renouvelleront à chaque épisode). Ce faux coupable est André Maynotte, sur lequel Lecoq satisfait ainsi une ancienne vengeance. André Maynotte est condamné, mais réussit à s'enfuir…
Saladin n’en criait que mieux.
On meurt de ces courses désespérées. Heureusement pour cet héroïque et tendre Échalot, l’allure des chevaux se ralentit subitement, comme on dépassait l’angle d’une futaie de chênes pour entrer dans la grande plaine qui forme clairière entre Sevran et la route d’Allemagne. Au milieu d’un paysage admirable, le château de Boisrenaud se montrait: on arrivait au débarcadère du baron Schwartz. Échalot retourna son paquet et mit la main sans façon sur le bec de Saladin.
Trois personnes descendirent du bateau; d’abord M. Cotentin de la Lourdeville qui prit l’avenue sablée qui conduit au château, ensuite la jeune fille au voile noir, qui suivit plus lentement la même direction, enfin Similor, léger comme une plume, qui, après avoir adressé un salut courtois à son adversaire, remonta le chemin de halage sur la pointe du pied. Échalot, caché derrière un buisson, soufflait comme un phoque en le contemplant; d’une main, il étouffait Saladin et tamponnait la sueur de son front avec une autre manche.
– Ce n’est pas toujours pour c’te jeunesse qu’il court, murmura-t-il. C’est pour un tas de manigances qui lui feront son malheur!… Mais, minute! nous sommes là, pas vrai, petiot? On va savoir enfin de quoi il retourne!
Sur ce chemin de halage, où Similor sautillait dans ses chaussons de lisière, évitant avec une gracieuse adresse les moindres vestiges de la récente ondée, un homme grave allait à pas comptés, regardant couler l’eau philosophiquement et faisant tourner entre ses doigts une tabatière d’argent niellé. Ce geste était d’une perfection si rare que vous eussiez cherché la malines traditionnelle à son jabot et le claque sous son aisselle. Mais au lieu du frac en drap de soie, il portait en effet un habit gris de fer, coupé carrément et orné de boutons blancs; M. Schwartz, le puissant financier, qui était roi dans ces campagnes, avait choisi pour ses valets cette solide livrée rappelant l’uniforme des garçons de la Banque de France. Ce n’était qu’un valet, bien qu’il eût coutume de parler, sa casquette sur la tête, aux autorités décoiffées de Sevran et de Vaujours.
Similor marcha droit à lui et l’aborda, chapeau bas; d’un ton timide et doux, il lui demanda:
– C’est-il bien à M. Domergue que j’ai l’avantage d’adresser la parole?
M. Domergue ne répondit pas plus que ce malhonnête Pattu, capitaine de L’Aigle de Meaux n° 2, mais il est une dignité respectée par Similor et ses pareils, c’est celle de valet de grande maison. Il y a, dans la haute position de l’homme à livrée, quelque chose qui les éblouit et qui les fascine. Similor, l’ombrageux Similor, ne se fâcha point et attendit.
Ce puissant Domergue était distrait: il regardait sur la ligne de halage le bizarre véhicule dont nous avons parlé: le panier de Trois-Pattes, traîné par un chien de boucher. Il souriait avec une fière bonhomie et se rangeait déjà le long de la haie, pour faire place à l’équipage de l’estropié.
Trois-Pattes poussait son molosse et arrivait grand train. En passant devant M. Domergue, il dessina un signe de tête familier.
– Bonjour, monsieur Mathieu, lui dit courtoisement le domestique. Les affaires vont, à ce qu’il paraît?
La figure terreuse et barbue de Trois-Pattes avait ce sourire fixe des masques. Il répondit:
– L’argent est dur à gagner; je viens causer de mon argent. M. le baron est à la maison?
– Pour vous, toujours, monsieur Mathieu.
L’équipage de Trois-Pattes entrait déjà dans l’avenue du château. M. Domergue ajouta entre haut et bas:
– Une drôle de lubie que Monsieur a de causer avec ce paroissien-là…
– Pour quant à ça, dit Similor, saisissant aux cheveux l’occasion d’entamer l’entretien, je n’en reviens pas de ma surprise!
M. Domergue abaissa sur lui son regard noble et le toisa de la tête aux pieds, Similor cligna de l’œil agréablement et poursuivit:
– Comme quoi les mystères abondent de tous côtés autour de nous…
– Qu’est-ce que vous voulez, l’ami? interrompit M. Domergue. Similor, baissant la voix et mettant sa main au coin de sa bouche pour ne rien laisser perdre de sa réponse, répliqua:
– Ayez pas peur: j’ai la confiance entière du jeune homme.
– Quel jeune homme?
– M. Michel, parbleu!
Les traits du domestique se déridèrent à ce nom.
Échalot, toujours aux écoutes, bouche béante et le cou tendu, faisait des efforts inouïs pour entendre. Similor poursuivit en prenant une pose théâtrale:
– Par conséquent, on est chargé de vous demander tout simplement s’il fera jour demain. Voilà!
III Le château
Le château de Boisrenaud, où l’abbé de Gondi fit sa résidence et que la duchesse de Phalaris choisit un instant pour retraite, à cause de son voisinage du Raincy, compte encore parmi ses hôtes célèbres le danseur Trénitz, qui eut l’honneur d’y recevoir, en 1798, Mmes Tallien et Récamier. À l’époque où se renoue notre histoire, le château et ses magnifiques dépendances étaient, depuis quelques années, la propriété de M. le baron Schwartz, qui se proposait d’y faire de nombreux embellissements.
Le baron Schwartz était un esprit net et tranchant qui ne faisait pas les choses à demi; il fit démolir le vieux château pour mettre en son lieu et place une maison moderne.
En ce temps-là, quand on arrivait le long du canal, et qu’après avoir dépassé le dernier feston des futaies, la plaine cultivée se déployait aux regards, la première chose qui les frappait, la seule, c’était ce petit castel aux profils mutins et cavaliers, avec ses six tourelles coiffées à la moresque et ses trois corps de logis disparates dont l’un parlait du Moyen Age, tandis que les deux autres semblaient raconter quelque anecdote batailleuse et galante de la Fronde. Le parc s’étendait en éventail derrière le manoir et confinait partout à la forêt dont il n’était séparé que par un large saut-de-loup. L’avenue qui conduisait du château à Vaujours était un rideau de peupliers dont chaque branche valait un arbre de cinquante ans; on se souvient encore dans le pays de ce gigantesque mur de verdure et de chênes énormes qui ombrageait l’allée tournante, menant à Montfermeil par les hauteurs de Clichy-en-l’Aunois.
Le baron Schwartz, un jour de baisse, avait acheté tout cela très bon marché, sans le visiter en détail et dans un but de pure spéculation. Quand il y vint pour aviser aux moyens d’en tirer parti, le site s’empara de lui du premier coup. Le château seul lui déplut, parce que le baron Schwartz était fils du présent qui déteste le passé. Au lieu de morceler ce paradis et de le débiter à quinze sous le mètre pour en faire un de ces aimables séjours où les gens de Paris viennent bâtir des petites maisons délicieuses, avec un entourage comme les tombes au Père-Lachaise, il eut fantaisie de dépenser un couple de millions ou davantage, selon les proportions que prendrait son caprice.
Ce n’était pas beaucoup pour lui; sa maison de banque était la rivière du proverbe, où l’eau va toujours; bien que sa noblesse financière ne remontât pas aux croisades, c’était déjà une vieille fortune, solide, sincère et largement basée sur un crédit européen: on disait de lui qu’il prêtait aux rois à la petite semaine.
Un palais neuf, voilà ce qui plaît! un peu le style de la Bourse: cela rappelle d’émouvants souvenirs.