Les Habits Noirs Tome I
- Автор: Феваль Поль Анри
- Серия: Les Habits Noirs #1
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome I». Краткое содержание книги:
La bande criminelle les «Habits Noirs», dirigée par Lecoq, le bras droit du colonel Bozzo-Corona, le «Maître à tous», organise le vol de la caisse du banquier Bancelle, en 1825, tout en montant une machination compliquée destinée à égarer la justice sur un faux coupable (manoeuvre que les Habits noirs appellent «payer la loi», et qu'ils renouvelleront à chaque épisode). Ce faux coupable est André Maynotte, sur lequel Lecoq satisfait ainsi une ancienne vengeance. André Maynotte est condamné, mais réussit à s'enfuir…
– Du nouveau? demanda-t-il en jouant l’indifférence. Trois-Pattes fixait sur lui ses grands yeux immobiles, ombragés par l’épaisseur de sa chevelure emmêlée.
– Le colonel est au plus bas, répliqua-t-il.
– Bien vieux! grommela M. Schwartz.
– J’ai pensé que monsieur le baron…
– En règle! interrompit le banquier. Affaire finie. Puis il ajouta:
– Occupé. Au galop!
– On pense, reprit Trois-Pattes, que le colonel ne passera pas la nuit.
– Comtesse à Paris? demanda M. Schwartz. L’estropié fit un signe de tête affirmatif.
– M. Lecoq aussi?
– Aussi.
– En règle! répéta M. Schwartz. Pas autre chose?
Sous la sécheresse de ce style, une pénible préoccupation perçait.
– Du moment que monsieur le baron est en règle, reprit Trois-Pattes, il lui importe peu de savoir les on-dit. C’était une drôle de boutique, là-bas.
– Cancans! fit M. Schwartz.
– Monsieur le baron m’avait chargé de regarder attentivement aux fenêtres du quatrième étage, cour du Plat-d’Étain…
– Ah! ah! fit le banquier, beaucoup plus entamé qu’il ne voulait le paraître.
– Et de surveiller aussi le dedans de la maison dont l’entrée est rue Notre-Dame de Nazareth, poursuivit Trois-Pattes, rapport aux trois jeunes gens: M. Maurice, M. Etienne et M. Michel.
– Très bien! dit le baron qui bâilla derrière sa main. Long! fit-il en manière d’explication.
– À cet âge-là, continua paisiblement M. Mathieu, on mène un petit peu la vie de Polichinelle.
– Des femmes? demanda M. Schwartz.
– Pas trop… excepté M. Michel. Visiblement, le baron devint attentif.
– Mais, s’interrompit l’estropié, monsieur le baron ne s’intéresse pas à M. Michel. C’est M. Maurice qui est son neveu.
Le baron appuya son index sur le bout de son nez, ce qui, chez lui, était un symptôme de très vive impatience.
– Je ne vous parlerai plus de M. Michel, promit Trois-Pattes. Il y a donc que M. Maurice et son ami M. Etienne ont la vocation de la littérature. Ils travaillent, ils travaillent comme des forçats à faire des drames; et je sais cela, parce que les voisins les entendent déclamer et se disputer, qu’on croit toujours qu’ils vont mettre le feu à la maison.
– Drôle! interrompit le banquier.
– Hein? fit M. Mathieu quelque peu offensé.
– Très drôle! expliqua le baron. Au galop!
– Ils ont tout vendu. On ne gagne pas beaucoup d’argent à faire des drames qui sont refusés au théâtre. Autrefois, M. Michel travaillait avec eux, mais maintenant…
Trois-Pattes s’arrêta court, honteux d’être rentré malgré lui dans la voie des digressions.
– Comique! dit le baron, dont le geste sembla l’encourager à poursuivre.
– Excusez-moi, reprit Trois-Pattes. Je sais bien que M. Michel ne vous regarde pas. Nous autres, de Normandie, nous sommes bavards…
Le banquier fit un geste équivoque, pendant que Trois-Pattes poursuivait:
– M. Maurice est amoureux, pour le bon motif, et si monsieur le baron voulait le marier…
– Aime ma fille, prononça le banquier. Idiot.
– Bah! Mlle Schwartz est assez riche pour deux. Ceci fut dit avec onction. Le baron répondit:
– Mariage affaire faite… à peu près.
Puis il croisa ses jambes l’une sur l’autre, et, prenant un air de parfaite indifférence, il murmura ce seul nom, suivi d’un point d’interrogation:
– Michel?
– Vous voulez dire Maurice? rectifia Trois-Pattes.
– Michel! répéta le banquier.
Un sourire essaya de naître sous la moustache hérissée de l’estropié. Comme il hésitait à répondre, en homme qui croit avoir mal entendu, M. Schwartz frappa du pied et s’écria, cette fois dans la langue de tout le monde:
– Que diable! monsieur Mathieu, ne me faites pas languir! Vous savez quelque chose sur ce mauvais sujet de Michel! Allez!
M. Mathieu prit un air étonné sous lequel perçait bien un petit bout de moquerie.
– Vous m’aviez défendu… commença-t-il; mais je suis tout aux ordres de monsieur le baron. En définitive, mieux vaut encore s’occuper à des fadaises comme ces jeunes gens, Maurice et Etienne. M. Michel file un mauvais coton, excusez le mot. Il vit, Dieu sait où, courant les tripots et jouant un jeu d’enfer…
– Un jeu d’enfer! Michel!
– Perdant les deux à trois cents louis par soirée, s’il vous plaît, fréquentant les théâtres, soupant, faisant des dettes absurdes, et les payant!
– Les payant! répéta M. le baron; comique! Il se leva et fit un tour dans la chambre.
Dès qu’il eut le dos tourné, la physionomie de Trois-Pattes changea si subitement qu’on eût dit une transfiguration. Le masque prit vie, et les yeux, ardemment animés, dirigèrent un regard perçant vers la fenêtre ouverte. La fenêtre donnait sur les jardins. Les hôtes du château de Boisrenaud étaient dispersés dans les allées; ce coup d’œil alla à tous et à chacun, comme un éclair. Ce coup d’œil cherchait quelqu’un.
Quand M. le baron se retourna, Trois-Pattes regardait la pelouse avec une placide admiration.
– Voilà un paradis! soupira-t-il. Excusez!
– Où prend-il cet argent? demanda M. Schwartz.
– Le jeune M. Michel? Je n’en sais rien. Si monsieur le baron veut, je m’informerai.
– Il y a du Lecoq là-dedans! pensa tout haut le banquier. Trois-Pattes baissa les yeux et ne répondit pas. Les sourcils de M. Schwartz étaient froncés. Après un silence, l’estropié reprit avec une sorte de répugnance:
– Il y a une dame qui doit être fort riche.
La promenade de M. Schwartz eut un temps d’arrêt.
– Jeune? interrogea-t-il.
– Très belle, répliqua Trois-Pattes.
Les yeux du banquier, fixés sur lui avec insistance, sollicitaient une réponse plus explicite.
– Ce n’est pas la comtesse? commença-t-il.
– Non, repartit Trois-Pattes.
Le banquier fit un dernier tour de chambre, en proie à une visible agitation, puis il s’arrêta de nouveau brusquement.
– Monsieur Mathieu, dit-il, je n’ai d’autre intérêt en tout ceci que le besoin d’être utile. Ce jeune homme, M. Michel, a été mon employé et même quelque chose de plus. Mon bon cœur m’a causé déjà bien des embarras; mais je suis récompensé par l’estime publique… Vous en savez long sur cette comtesse Corona, n’est-ce pas?
– Assez long, répondit Trois-Pattes. Le colonel lui laissera tout.
– Je ne parle pas de cela! interrompit vivement Schwartz.
– C’est juste. Monsieur le baron est en règle.
Les rôles changeaient. Le laconisme n’était plus du côté du banquier. Il reprit:
– Dieu merci, pour moi et pour ceux qui me touchent de près, je n’ai ni inquiétude à avoir ni renseignement à prendre. Monsieur Mathieu, vous avez peut-être vos raisons pour être discret.