Les Habits Noirs Tome I
- Автор: Феваль Поль Анри
- Серия: Les Habits Noirs #1
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome I». Краткое содержание книги:
La bande criminelle les «Habits Noirs», dirigée par Lecoq, le bras droit du colonel Bozzo-Corona, le «Maître à tous», organise le vol de la caisse du banquier Bancelle, en 1825, tout en montant une machination compliquée destinée à égarer la justice sur un faux coupable (manoeuvre que les Habits noirs appellent «payer la loi», et qu'ils renouvelleront à chaque épisode). Ce faux coupable est André Maynotte, sur lequel Lecoq satisfait ainsi une ancienne vengeance. André Maynotte est condamné, mais réussit à s'enfuir…
Le couple passa sans voir André, Julie causait comme autrefois, le soir, quand ils traversaient la place des Acacias, tous deux aussi, elle et André, les époux amoureux. C’était la même voix pénétrante et douce; peut-être étaient-ce les mêmes paroles!
La porte cochère s’ouvrit, puis se referma. André était seul. Il tomba sur ses genoux, rugissant de colère et de douleur: «Julie! Julie!»
Comme pour répondre à ce cri d’angoisse qui râlait dans la gorge d’André, les fenêtres du second étage s’éclairèrent. Un ombre gracieuse se dessina sur les rideaux; le chapeau, jeté au loin, laissa libre une chevelure mobile et bouclée.
Puis une autre ombre vint, et la mousseline indiscrète groupa les deux silhouettes en un long baiser.
Les mains d’André déchirèrent sa poitrine.
Quand la lumière s’éteignit, il poussa un gémissement qui était encore le nom de Julie. Un instant, il eut espoir de mourir. Il s’affaissa sur lui-même et resta le visage contre terre, comme un cadavre. Longtemps. Au matin, un passant charitable le secoua du pied pour l’éveiller et s’éloigna en radotant la phrase sacramentelle:
– La boisson! si on peut se mettre dans des états pareils!
André quitta la place Louvois sans se retourner pour voir la maison maudite. Ses premiers pas furent chancelants, puis il se raffermit, et nul n’aurait pu désormais le prendre pour un homme ivre. Il se dirigea vers la rue Saint-Honoré; les portes de l’église Saint-Roch s’ouvraient; il fut le premier à en franchir le seuil.
Il prit ce même bas-côté par où il avait gagné, un mois auparavant, la chapelle de la Vierge; en passant, il tressaillit parce qu’il reconnut la place où il avait vu les mariés, mais il ne s’arrêta pas.
Il ne s’arrêta qu’à la place où il avait déjà parlé à Dieu. Il regarda en face le crucifix et dit au-dedans de lui-même:
– Les hommes m’ont frappé innocent; Dieu m’a brisé à l’heure où j’accomplissais la loi de pardon. Ce qui me reste de cœur est à l’enfant sans mère, mais ce qui me reste de force appartient à la vengeance. Je n’espère plus, je ne crois plus. L’enfant sera riche par moi; par moi, l’assassin de mon bonheur sera puni; je le jure!
André partit de Paris ce jour-là. Le surlendemain, à la brune, un homme pénétra dans le logis de Madeleine, la nourrice, en enleva l’enfant de Julie Maynotte.
André passa le détroit à la fin de cette même semaine et gagna Londres, la ville libre par excellence. Là il était bien sûr de n’être point inquiété.
André croyait qu’à Londres un ouvrier habile peut faire fortune. Pour accomplir le projet qui désormais était son but dans la vie, il fallait de l’argent. André se mit au travail avec ardeur. Au bout d’un mois, il avait conquis une place de premier ordre dans le premier atelier du Strand. Tout allait bien. Un jour, qu’il traversait la rue, il crut reconnaître, derrière les portières fermées d’un équipage, les vénérables cheveux blancs du colonel et les grands yeux de Mlle Fanchette, tout chargés d’étincelles.
Le lendemain de ce jour, au moment où il rentrait chez lui, un constable l’arrêta sur le pas de sa porte, au nom du roi.
La nuit précédente, un vol avait été commis chez l’armurier du Strand. Comme André protestait de son innocence, le chef constable lui dit en ricanant du gosier:
– Je donnerais une guinée pour savoir vos rubriques à vous autres Habits-Noirs et surtout votre histoire, là-bas, à Caen. Vous nous étiez recommandé par un riche gentleman de France, qui a le foreign-office dans sa poche, et nous savons que vous êtes un gaillard de talent!
Perquisition ayant été faite dans l’humble logis d’André, quatre paires de pistolets de prix furent trouvés entre le matelas et la paillasse de son lit.
Le colonel avait fait sa dernière affaire.
– Diable de garçon! dit le chef constable. Avant d’être pendu, vous aurez bien le temps de nous conter l’histoire du brassard!
Deuxième partie Trois-Pattes!
I L’Aigle de Meaux n° 2
Derrière la basilique de Saint-Denis, les nuages tumultueux s’amassaient pour former le lit d’or, de pourpre et d’émeraude, où se couche notre soleil d’été. Au loin, Paris s’enveloppait déjà d’une vapeur laiteuse au-dessus de laquelle apparaissait encore le dôme du Panthéon, qui semblait assis dans une gloire argentée.
C’était le dernier dimanche du mois de septembre, en l’année 1842. Il faisait chaud, mais les deux berges du canal de l’Ourcq, mouillées par une récente averse, brillaient aux rayons obliques du soleil. Le vent du nord-ouest emportait vers les hauteurs de Romainville les perfides parfums de Pantin, et à la station de Bondy, on ne subissait déjà plus qu’à moitié l’influence délétère de Paris. J’ai dit la station de Bondy, non qu’il y eût alors un chemin de fer dans ces parages, mais parce que, du bassin de la Villette à Meaux, le service des bateaux-poste venait d’être organisé, excitant une joie folle et des espérances exagérées sur les deux rives de l’Ourcq, qui aspirait sérieusement à devenir un fleuve, mais est resté un cours d’eau moins considérable que le Danube.
Six heures du soir sonnaient au lourd clocher de Bondy; L’Aigle de Meaux n° 2 filait entre deux plates-bandes de gazon, à cinquante pas de son fougueux attelage. Il y avait des curieux sur les rives pour le regarder passer, mais son pont, hélas! était presque désert. Le capitaine, revêtu pourtant d’un galant uniforme, riche et guerrier, avait compté trois fois son personnel payant, avec mélancolie. Ses rêves n’étaient pas couleur de rose, et il ne faut point s’étonner de la distraction qui l’empêcha de répondre à l’un de ses voyageurs, demandant à quelle distance on était encore du château de Boisrenaud.
Ce voyageur n’était pas, il faut le dire, de ceux dont le costume et la tournure imposent. C’était un homme de trente ans ou à peu près, de taille moyenne, maigre dans la partie supérieure de son corps, mais possédant une paire de mollets admirables qu’il mettait en évidence avec une naïve fierté. Sa physionomie, peu accentuée et très douce, exprimait sur toutes choses le contentement de soi-même. Il portait, malgré la chaleur, un paletot de peluche frisée, de nuance tendre, usé aux coudes et trop étroit, une cravate noire, roulée sur un col de baleines, si haut et si raide que ses joues, un peu flasques, retombaient de chaque côté comme des linges mouillés, une chemise invisible et un pantalon noir collant dans des chaussons de lisière. Sur sa tête, coiffée de cheveux blondâtres, un vieux chapeau gris perchait, ombrageant le sourire de ses traits longs et plats. Il se tenait droit, cambrait le jarret et souriait aux dames discrètement.
Il y avait des dames, entre autres une très belle jeune fille à l’air souffrant, timide et fier, qui venait de rabattre son voile de tulle noir, pour ne point répondre aux politesses intempestives de deux malotrus. Elle rêvait, en faisant semblant de lire; sa toilette n’était pas loin de parler d’indigence, et cependant toute sa personne, depuis ses pieds charmants, chaussés de trop fortes semelles, jusqu’à ses doigts mignons, déplorablement gantés, trahissait un tel cachet de distinction, qu’un lovelace parisien eût regardé à deux fois avant de se lancer contre elle.
Ses grands yeux d’un bleu obscur, frangés de longs cils noirs, hardiment recourbés et contrastant ave les riches nuances de ses cheveux blonds, s’étaient relevés à demi quand notre voyageur, au vieux chapeau gris, avait prononcé le nom du château de Boisrenaud, et autour de ses paupières quelque chose brillait qui ressemblait à des larmes.