Le Standinge. Le savoir-vivre selon Bérurier [fr]
- Автор: Дар Фредерик
- Год: 1999
- Язык: французский
- Год: Fleuve Noir
- ISBN: 2-265-06719-9
- Жанр: Иронические детективы
Электронная книга - «Le Standinge. Le savoir-vivre selon Bérurier [fr]». Краткое содержание книги:
Ce qu'il faut faire pour accéder aux belles manières est aussi important que ce qu'il convient d'éviter.
Celui qui se mouche dans les rideaux et boit l'eau de son rince-doigts est condamné.
Avec ce book, on va essayer d'acquérir une couche de vernis à séchage instantané. Pour cela, suivez le guide et, pareil à Béru, vous deviendrez des milords !
— Tu entends, beau distributeur de pralines, reprends-je avec hargne, rogne et grogne, c’est scié pour toi. Tu as intérêt à ne plus charger ton passif, sinon tu ne seras jamais solvable !
Il me semble percevoir un léger bruit de pas, au-dessus. Le zigoto se déplace. Est-ce une ruse ? Je brandis mon oreille aiguisée : pas d’erreur, il vient de pénétrer dans une chambre et les lattes du plancher grincent sous son poids. Soudain, un coup de feu étouffé par le silencieux claque, produisant un bruit creux, métallique et plutôt ridicule.
Un instant je me demande si ça ne serait pas sur Sa Majesté qu’il vient de défourailler, mais à la réflexion, Béru n’a pas eu le temps matériel d’emprunter une échelle et de faire le siège du donjon. Alors ?
Je me décide et, l’arme au poing, l’alarme en tête et la larme à l’œil, je repique un assaut éclair dans ce foutu escadrin. Sur ma lancée j’en avale la moitié. Je vois alors déboucher d’une porte un zig baraqué à la hussarde. Il est en manches de chemise. Il porte une cravate de soie peinte dont le motif représente le « Naufrage du Titanic » en couleurs naturelles. Il a les cheveux gris taillés en brosse, la peau ocre et d’épais sourcils. Sa pétoire fume encore… Le silencieux donne à l’arme un aspect beaucoup plus inquiétant. Il la tient appuyée contre sa hanche, à la tueur. Je pige pourquoi il m’a raté il y a un instant. Môssieur est habitué à défourailler d’une certaine manière, le poignet appuyé contre la hanche. Quand il est obligé d’allonger le bras, il perd de sa précision. Comme je connais ses intentions à mon égard, je me dis (mais beaucoup plus vite que je ne l’écris) qu’il vaut mieux prendre les devants et lui souhaiter la Saint-Tu-tues le premier. Alors je l’assaisonne dans la foulée. Je lui virgule le chargeur avant qu’il ait eu le temps de comprendre. Il a encore la force d’appuyer sur sa détente. Voilà la rampe de bois constellée de pointillés. Et puis le zig qui s’est bloqué mes huit pruneaux dans le garde-manger culbute en avant. Sa tête pend curieusement au-dessus de la première marche tandis que le sang se met à pisser vilain de son bide en charpie.
Comme disait l’autre : s’il aime les fleurs il va en avoir bientôt.
J’achève de monter et je l’enjambe. Ce qui m’intrigue, c’est le coup de pétoire que j’ai entendu quelques secondes plus tôt. Je bondis dans la pièce qu’il vient de quitter et j’ai du mal à retrouver mon souffle. Le gars Mathias est là, la frime en compote… Il est assis par terre, le dos contre un radiateur de chauffage central. Ses deux poignets sont enchaînés au moyen de menottes dont la chaîne décrit un tour mort autour de la tuyauterie. Il a un foulard de soie sur la bouche. Mais ce bâillon est désormais inutile parce qu’avec la valda que l’autre manche vient de lui cigogner dans la tirelire, le bon Rouquin ne doit plus avoir envie de raconter sa vie. La balle lui a fait sauter un morceau de couvercle. Ça bouillonne mochement par la blessure. On dirait que son cerveau fait des bulles. Le sang empourpre sa tignasse déjà rouge. Il ressemble à un clown. Je m’agenouille à son côté et je passe la main sur sa poitrine. Ça bat toujours à l’intérieur.
Pauvre grand, va ! Lui qui était si fiérot de sa bobonne en cloche et qui attendait son mouflet avec tant de ferveur !
Un bruit, tout proche. C’est le Gravos qui escalade les remparts. Il vient de pénétrer au premier par une fenêtre dont il a disloqué les chétifs volets. Il s’annonce, le composteur prêt pour la fête.
— Par ici ! lui dis-je.
Quand il découvre le spectacle, il blêmit drôlement.
— Mathias, balbutie-t-il, c’est la carne que t’as rectifiée dans le couloir qui lui a fait ça ?
— Hélas ! je lamente. Le type a compris qu’il était perdu et il a voulu empêcher Mathias de parler !
Sa Pomme examine la blessure.
— Pour un professeur de trous de balles, dit-il, c’est vraiment dérisoire de finir commak !
Puis, tressaillant :
— Attends, y a peut-être de l’espoir. Il vit toujours. J’ai idée que la balle a dévié sur l’os qui pute car elle a pénétré en saintonge !
J’y regarde de plus près.
— C’est pourtant vrai qu’elle est ressortie, la dragée ; vise-la, dans la plinthe, près du tuyau. Vite ! Une ambulance !
Une demi-plombe plus tard, Mathias est aux urgences à l’hôpital Edouard-Herriot où on va le trépaner. Il ne reste plus à son beau-père qu’à convoquer les séraphistes de service pour une grand-messe noire en musique. C’est le moment de monopoliser tous les saints de bonne volonté, et les anges gardiens de la paix, et les archanges diplômés, et les bienheureux en puissance, et aussi la Big Family ; Dieu, son fils, le Saint-Esprit d’Eloi, Marie, Joseph, l’âne, tout le tremblement afin que le chirurgien de service réussisse un petit miracle.
Nous sommes très abattus, Bérurier et moi. Vidés, soudain, par la tragédie. Ça se passait dans la bonhomie. Une filature pépère, et puis brusquement on a culbuté en plein drame. Le tortionnaire de Mathias n’avait aucun papelard sur lui. L’identité judiciaire essaie de l’identifier, comme sa fonction l’indique. Au Standing Hôtel, les Dolorosa ne sont pas encore rentrés. J’ai donné des ordres pour qu’une planque y soit organisée afin qu’on les saute dès leur retour. J’ai hâte d’éclaircir cette histoire. Vous aussi, je suppose, hein, mes jolies rombières ? Ça vous file les fourmillements dans les contacteurs, ces mystères accumuloncés (comme dit Béru). Vous voudriez en avoir le cœur net (pour une fois, mes friponnes). Eh bien vous allez être obligées de faire comme Charles, c’est-à-dire d’attendre pour connaître la vérité sur Monsieur X…
— On va se rabattre sur le mec de l’Ecole, hein ? s’inquiète Béru.
— Oui, mon grand, on va.
Nous voilà donc repartis pour Saint-Cyr.
En cours de route, tandis que nous attaquons les premiers contreforts des Monts d’Or, Bérurieur soliloque :
— Le Mathias, dans le fond, il sentait ce qui allait lui arriver, tu ne trouves pas, San-A ?
Frappé, je murmure :
— C’est vrai, Gros, il le sentait.
— Qu’est-ce qu’il pouvait donc savoir, pour qu’on lui ferme le bec à coups de pétard ?
— Il ne savait rien, mais les autres croyaient qu’il savait.
— Quoi donc ? ingénuise l’Ineffable.
Je fais avec la bouche un bruit que d’autres préfèrent produire avec leur hémisphère sud.
— Le jour où nous le saurons, Gros, la vérité sera écrite en lettres de feu sur la façade de l’Ecole !
Béru rit.
— Ce jour est pas si tellement éloigné, Gars, promet-il. Avec le petit dégourdoche dont à qui on va dire deux mots, je te promets des informations de première avant longtemps.
Las ! son optimisme est pour le moins inopportun vu que notre client n’est pas encore rentré at school, comme disent les habitants de la Grande-Bretagne qui parlent couramment l’anglais !
Une longue attente commence.
Le camarade Racreux me refile des tuyaux à propos de l’intéressé. Il s’agit d’un certain Abel Cantot, originaire de Bordeaux. Il est arrivé depuis peu de temps à l’Ecole. Je fonce chez m’sieur le directeur pour lui réclamer le dossier du gars. Maintenant on joue brèmes sur table avec le patron. Il m’avoue savoir qui je suis depuis mon arrivée et je le complimente sur sa discrétion. La fiche de Cantot ne nous apprend rien de très important. Il a été secrétaire dans un commissariat de la banlieue parisienne après avoir été inspecteur à Bordeaux. Gars bien noté, de grande valeur, selon sa notice explicative. Voilà qui est de plus en plus troublant, non ?