Face aux feux du Soleil [The Naked Sun - fr]
- Автор: Азимов Айзек
- Год: 1961
- Язык: французский
- Переводчик: Andre-Yves Richard
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Face aux feux du Soleil [The Naked Sun - fr]». Краткое содержание книги:
C’est désormais sur la lointaine planète Solaria qu’ils vont devoir exercer leur talent. Sur ce monde, les hommes n’acceptent plus de se rencontrer physiquement mais se « visionnent » grâce à des projections télévisées.
Or, un meurtre a été commis, un meurtre apparemment impossible puisque aucun Solarien n’aurait eu la force nerveuse suffisante pour s’approcher d’un de ses compatriotes. Qui plus est, un robot semble impliqué, ce qui est absurde, puisque les lois de la robotique interdisent à ces êtres de métal de causer le moindre tort aux hommes.
Il eut une pensée émue pour les foules, dans les express, se bousculant, se cognant, courant çà et là, sur les tapis roulants, et inévitablement, pendant un instant, il fut en proie aux affres de la nostalgie.
— Vous n’avez pas besoin de rester planté là, dit Gladïa.
— Mais cela ne va-t-il pas vous gêner si je me rapproche ?
— Non, je ne le pense pas. Je vous dirai quand je trouverai que vous êtes assez près.
En mesurant ses pas, Baley se rapprocha, tandis que Gladïa le regardait, les yeux écarquillés.
Elle dit brusquement :
— Voudriez-vous voir quelques-unes de mes œuvres en plasto-color ?
Baley était à deux mètres d’elle. Il s’arrêta net et la regarda. Elle semblait si menue, si frêle. Il essaya de se la représenter, tenant quelque chose dans sa main (mais quoi, vraiment ?) et frappant furieusement le crâne de son mari. Il essaya de se l’imaginer, folle de rage, en proie à une fureur homicide, sous l’effet de la colère.
Il dut reconnaître en son for intérieur qu’il y arrivait. Même une petite bonne femme de cinquante kilos pouvait fracasser un crâne si elle tenait une arme appropriée et était suffisamment hors d’elle-même. Et Baley avait connu des meurtrières (sur Terre bien sûr) qui, dans leur état normal, étaient aussi inoffensives que des agneaux.
— Qu’est-ce que c’est ce plasto-colorisme, Gladïa ? demanda-t-il.
— Des formes esthétiques, répondit-elle.
Baley se souvint de ce qu’avait dit Leebig à propos des œuvres de Gladïa. Il acquiesça :
— Oui, j’aimerais bien en voir quelques-unes.
— Eh bien, suivez-moi alors.
Baley conserva les deux mètres de distance qui les séparaient. Après tout, ce n’était jamais que le tiers de ce que Klorissa avait exigé.
Ils entrèrent dans une pièce qui rutilait de lumière : elle brillait de mille feux, dans toutes les directions, déployant le spectre de l’arc-en-ciel.
Gladïa avait un air satisfait de propriétaire. Elle se retourna vers Baley, quêtant son appréciation du regard.
La réponse de Baley dut correspondre à ce qu’elle espérait, bien qu’il n’eût dit mot. Il pivota lentement sur lui-même, essayant de comprendre ce que ses yeux voyaient, car ce n’était que purs jeux de lumière, sans objet matériel.
Les émanations lumineuses reposaient sur de vastes socles. C’était de la géométrie animée, des « mobiles » faits de lignes et de courbes de couleurs pures, se fondant en un tout bariolé, mais conservant cependant des identités distinctes. Il n’y avait pas la plus vague ressemblance entre deux spécimens.
Baley chercha ses mots et, n’arrivant pas à s’exprimer, se contenta de dire :
— Est-ce prévu pour avoir une signification quelconque ?
L’agréable contralto de Gladïa s’enfla de rire :
— Aucune autre signification que celle que vous voulez bien lui accorder. Ce ne sont que des jeux de lumière qui évoquent la colère, le bonheur, la surprise ou n’importe quel sentiment que j’éprouvais lorsque je les ai créés. Je pourrais fabriquer un lieu de lumière spécialement pour vous, une sorte de portrait si vous voulez. Mais je crains qu’il ne soit pas très bon, cependant, car je devrais improviser sous l’impulsion du moment.
— Vraiment ? Mais ce serait très intéressant.
— Comme vous voudrez, dit-elle, et se précipitant vers une émanation lumineuse, dans un coin de la pièce, elle passa près de lui, presque à le frôler. Elle ne parut pas s’en apercevoir d’ailleurs.
Elle toucha quelque chose sur le socle qui soutenait le « mobile » de lumière et toute la splendeur éthérée des couleurs s’évanouit sans vaciller.
— Oh, ne faites pas ça ! s’écria Baley, haletant de surprise.
— Bah, ce n’est rien. J’en étais fatiguée, de toute façon. Pour les autres, je vais me contenter de les atténuer pour que leur éclat ne vienne pas me troubler.
Elle ouvrit une porte dissimulée dans la paroi et déplaça un rhéostat. Aussitôt les couleurs pâlirent jusqu’à devenir presque invisibles.
— Vous n’avez pas un robot pour le faire à votre place ? demanda Baley. Un robot pour manier les commandes.
— Chut, allons ! dit-elle avec une certaine impatience. Je ne veux aucun robot dans cette pièce. C’est mon petit domaine à moi.
Elle le regarda et fronça les sourcils.
— Je ne vous connais pas assez. C’est là où gît la difficulté.
Elle ne regardait pas le socle, mais ses doigts reposaient légèrement sur la surface polie de la plaque supérieure. Ses dix doigts étaient crispés dans l’attente.
Elle déplaça un doigt, décrivant un demi-cercle au-dessus de la plaque polie. Un segment d’une lumière jaune soutenu grandit et se plaça à l’oblique, au-dessus du socle. Le doigt recula imperceptiblement et la lumière prit une teinte légèrement moins accentuée.
Elle la contempla alors un instant.
— Je crois que ça y est. Une espèce de puissance, mais sans lourdeur.
— Jehoshaphat ! dit Baley.
— Vous aurais-je offensé ?
Ses doigts se relevèrent et la flèche oblique de lumière dorée demeura immobile et solitaire.
— Oh non, pas du tout. Mais qu’est-ce que c’est ? Comment réalisez-vous cela ?
— C’est assez difficile à expliquer, dit Gladïa en considérant le socle d’un air méditatif, d’autant plus que je ne le comprends pas très bien moi-même. A ce que l’on me dit, c’est une sorte d’illusion d’optique. Nous érigeons des champs de force à différents niveaux énergétiques. En fait, ce sont des proliférations de l’hyperespace, qui n’ont aucune des propriétés de l’espace normal. Selon leur niveau énergétique, l’œil humain aperçoit des lumières de plusieurs teintes. Je contrôle formes et couleurs par la chaleur de mes doigts, touchant des endroits précis du socle. Il y a tout un réseau de relais à l’intérieur du socle.
— Vous voulez dire que si je mettais mon doigt là… dit Baley en s’avançant.
Gladïa lui laissa la place. Il posa son index hésitant sur la surface du socle et sentit une légère vibration.
— Allez-y, Elijah ! Déplacez votre doigt, dit Gladïa.
Ce que fit Baley, et un zig-zag de lumière d’un gris sale grimpa en dents de scie, coupant la lumière dorée. Baley enleva son doigt comme s’il s’était brûlé et Gladïa éclata d’un rire frais, pour se montrer aussitôt toute contrite.
— Je n’aurais pas dû rire, dit-elle. C’est vraiment très difficile à réaliser, même pour des gens qui ont une longue pratique.
Et sa main se déplaça d’un mouvement léger, mais trop rapide pour que Baley la suive des yeux. La monstruosité qu’il venait de créer disparut, laissant la barre de lumière jaune à sa solitude originelle.
— Mais comment avez-vous appris à réaliser de tels tours de force ? s’étonna Baley.
— J’ai essayé, encore et sans me lasser. C’est un nouvel aspect de l’art, vous le voyez bien, et il n’y a qu’une ou deux personnes à posséder véritablement le tour de…
— Oui, et vous êtes la meilleure dans ce domaine, dit Baley, l’air sombre. Sur Solaria, tous ceux à qui je m’adresse sont uniques dans leur spécialité.
— Mais il n’y a pas de quoi rire ! Certaines de mes œuvres ont été vues. J’ai réalisé des spectacles de lumière.
Elle releva agressivement le menton. Elle était visiblement très fière d’elle-même.
— Laissez-moi continuer votre portrait, reprit-elle.
De nouveau, ses doigts se déplacèrent sur le socle.
Il y avait bien peu de lignes courbes dans la structure luminescente qui se manifestait sous la pression de ses doigts. Tout était à angles aigus, irradié d’un bleu dominant.