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Face aux feux du Soleil [The Naked Sun - fr]

Электронная книга - «Face aux feux du Soleil [The Naked Sun - fr]». Краткое содержание книги:

Nous connaissons déjà Elijah Baley et Daneel R. Olivaw qui menèrent une difficile enquête dans Les cavernes d’acier.
C’est désormais sur la lointaine planète Solaria qu’ils vont devoir exercer leur talent. Sur ce monde, les hommes n’acceptent plus de se rencontrer physiquement mais se « visionnent » grâce à des projections télévisées.
Or, un meurtre a été commis, un meurtre apparemment impossible puisque aucun Solarien n’aurait eu la force nerveuse suffisante pour s’approcher d’un de ses compatriotes. Qui plus est, un robot semble impliqué, ce qui est absurde, puisque les lois de la robotique interdisent à ces êtres de métal de causer le moindre tort aux hommes.
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— Est-ce la seule chose dont il vous entretenait, uniquement de Robotique ?

— Oui, la plupart du temps. Oh ! vous savez, ce sujet lui tient tellement à cœur. Il était toujours à essayer de m’expliquer ça. Jamais il n’a abandonné.

— Et vous, avez-vous appris quelque chose ?

— Rien de rien. Pas même les bases les plus élémentaires. Tout cela m’a toujours paru un tel fatras. Alors, parfois il se mettait en colère. Mais quand il se mettait à m’en raconter, je plongeais dans l’eau, si nous étions à proximité d’un lac, et je l’arrosais d’éclaboussures.

— Vous l’arrosiez ? Mais vous venez de me dire que vous ne vous parliez qu’en stéréovision.

— Quel Terrien entêté, dit-elle en riant. J’arrosais son image, si vous préférez, qu’il se tînt dans sa pièce, ou sur ses domaines. Bien sûr, l’eau ne pouvait l’atteindre, mais il se courbait pour l’éviter malgré tout. Regardez-moi cela !

Baley regarda. Ils avaient fait le tour d’un endroit boisé et arrivaient maintenant à une clairière au milieu de laquelle s’étendait une pièce d’eau purement ornementale. De petites murettes en brique rayonnaient, séparant la clairière en plusieurs parties. Des fleurs poussaient à profusion, mais en parterres méthodiques.

Baley sut que c’était des fleurs d’après les microfilms qu’il avait visionnés.

En quelque sorte, elles s’apparentaient aux formes lumineuses que créait Gladïa, et Baley pensa que Gladïa s’inspirait des fleurs pour les concevoir. Il en effleura une, avec précaution, puis regarda tout autour de lui. Les jaunes et rouges étaient en majorité.

En se retournant pour jeter un regard circulaire, Baley entrevit le soleil. Il dit, avec une certaine gêne.

— Le soleil est bas sur l’horizon.

— C’est la fin de l’après-midi, répondit Gladïa de loin. (Elle avait couru jusqu’à la pièce d’eau et s’était assise sur un banc de pierre au bord du bassin.) Venez donc ici, lui cria-t-elle en agitant la main. Vous pourrez toujours rester debout si vous n’aimez pas le contact de la pierre.

Baley s’avança lentement :

— Chaque jour, descend-il aussi bas ? s’inquiéta-t-il et aussitôt il regretta d’avoir posé la question. Si la planète tournait sur elle-même, le soleil devait obligatoirement être bas sur l’horizon le matin et le soir. Ce n’était qu’à midi qu’il était haut dans le ciel.

Néanmoins, de se morigéner ne pouvait faire disparaître une image mentale stéréotypée remontant à sa prime enfance. Il savait bien qu’il existait un quelque chose qui s’appelait la nuit ; il en avait même fait l’expérience tout récemment, avec toute la masse de la planète s’interposant heureusement entre le soleil et lui. Il savait aussi qu’il y avait des nuages qui masquaient d’une grisaille protectrice l’effrayant éclat des extérieurs. Néanmoins, à chaque fois qu’il se représentait la surface d’une planète, il avait toujours la même vision d’une fournaise de lumière, avec un soleil au zénith.

Il jeta un bref regard par-dessus son épaule, tout juste suffisant pour lui permettre une vision fugitive du soleil. Il se demanda à quelle distance pouvait se trouver la maison, s’il éprouvait le besoin de rentrer.

Gladïa lui désignait du doigt l’autre bout du banc.

— C’est plutôt près de vous, ne croyez-vous pas ? dit Baley.

Elle écarta ses mains fluettes, paumes en dehors.

— Je m’y fais. C’est vrai, vous savez.

Baley s’assit, la regardant en face pour tourner le dos au soleil.

Elle se pencha en arrière, vers l’eau du bassin, et cueillit une petite fleur ressemblant à une tulipe dont l’extérieur était jaune et l’intérieur veiné de blanc, l’ensemble plutôt pastel.

— C’est une plante indigène, dit-elle, mais la plupart des fleurs qui sont là ont une origine terrienne.

Des gouttelettes s’écoulaient de la tige brisée tandis que timidement Gladïa offrait la fleur à Baley.

Celui-ci tendit la main avec non moins de timidité.

— Vous avez tué cette fleur, dit-il.

— Ce n’est qu’une fleur ! Il y en a des milliers d’autres. (Puis, brusquement, alors que les doigts de l’inspecteur n’avaient fait qu’effleurer le calice doré, elle retira brutalement sa main ; ses yeux lançaient des éclairs :) Ou, peut-être sous-entendez-vous que je pourrais aussi facilement tuer un être humain parce que j’ai coupé une fleur ?

— Mais, je ne sous-entends rien du tout, dit Baley de son ton le plus conciliant. Puis-je la voir de plus près ?

Ce n’était pas que Baley éprouvât, en fait, un désir quelconque de toucher cette fleur. Elle avait poussé dans un sol humide, et des effluves marécageux s’en dégageaient encore. Comment se faisait-il que ces gens si désireux d’éviter le moindre contact d’un Terrien, et même d’un des leurs, puissent être aussi insoucieux de la plus élémentaire saleté ?

Néanmoins, il tint la tige entre le pouce et l’index et regarda la fleur. Le calice se composait de plusieurs morceaux minces à la texture veloutée, incurvée, et réunis au cœur de la fleur. A l’intérieur, il y avait un renflement blanchâtre et convexe, humide de liquide, et frangé de cils sombres qui ondulaient légèrement sous la brise.

— Vous sentez son odeur ? demanda Gladïa.

Immédiatement, Baley prit conscience du parfum qui s’en dégageait. Il s’inclina un peu plus pour mieux le respirer et dit :

— Elle a comme un parfum de femme.

Gladïa, d’amusement, applaudit :

— Comme c’est bien d’un Terrien ! Ce que vous vouliez dire, en réalité, c’est que le parfum d’une femme a la même odeur que cette fleur.

Baley acquiesça, la mine lugubre. Il commençait à se fatiguer d’être à l’extérieur. Les ombres s’allongeaient, le paysage s’assombrissait. Néanmoins, il était résolu à ne pas céder. Il voulait qu’elle enlevât ces murailles de lumière grisâtre qui obscurcissait le portrait que Gladïa avait fait de lui. C’était une idée parfaitement farfelue, mais il y tenait.

Gladïa reprit la fleur à Baley, qui la laissa faire, quoique à regret. Lentement, elle effeuillait les pétales :

— Chaque femme a son odeur personnelle, je suppose, dit-elle.

— Tout dépend du parfum qu’elle emploie, répondit Baley avec une sereine indifférence.

— Imaginez que vous êtes assez près pour le sentir. Je ne me mets pas de parfum, parce qu’il n’y a jamais personne assez près pour l’apprécier, sauf aujourd’hui. Mais, j’y pense, vous respirez souvent des parfums, vous en respirez même tout le temps. Sur la Terre, votre femme est toujours avec vous, n’est-ce pas ? (Elle restait les yeux baissés, s’intéressait à la fleur, en fronçant les sourcils, tout en la mettant soigneusement en menus morceaux.)

— Ma femme n’est pas toujours avec moi, dit Baley. Pas à chaque instant.

— Mais la plupart du temps, oui ? Et chaque fois qu’il vous prend envie de…

Brusquement, Baley changea de sujet :

— Pourquoi le Dr Leebig essayait-il de vous faire comprendre la Robotique ? En avez-vous idée ?

La fleur effeuillée ne comportait plus que la tige et le renflement interne. Gladïa la fit tourner entre ses doigts, puis la jeta dans le bassin : elle flotta un instant à la surface de l’eau.

— Je pense qu’il désirait me prendre comme aide, dit-elle finalement.

— Il vous l’a dit lui-même, Gladïa ?

— En quelque sorte, oui, vers la fin. Je pense qu’il s’impatientait. De toute façon, il me demanda si je ne trouverais pas intéressant de travailler sur des robots. Bien sûr que non, lui ai-je répondu : je ne saurais trouver travail plus ingrat. Alors, il s’est mis en colère, mais vraiment.

— Et, après cela, il n’a plus jamais fait de promenade avec vous ?

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