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La voix des morts [Speaker for the Dead - fr]

Электронная книга - «La voix des morts [Speaker for the Dead - fr]». Краткое содержание книги:

3 000 ans ont passé depuis le massacre des doryphores. Mais seulement vingt-six ans pour Ender Wiggin. Paradoxe de la relativité du temps dans l’espace ! Hanté par sa participation au génocide d’un peuple, Ender poursuit sa quête : trouver une planète où il pourra enfin déposer le cocon de la reine des doryphores.
Serait-ce Lusitania ? Là vivent les piggies, drôles de petits cochons à l’esprit agile. Des êtres étranges, véritable énigme pour les hommes. N’ont-ils pas assassiné, sans mobile apparent, le scientifique qui les étudiait ? Une mort mystérieuse et rituelle. Ender s’est jure de découvrir la vérité sur ce meurtre. Malgré la peur et l’incompréhension des hommes.
La paix régnera-t-elle un jour entre des races aussi différentes ? Les hommes, les piggies et… pourquoi pas les doryphores ?
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Jane lui parlait aimablement, tentant de le pousser à lui répondre, mais Ender refusait de se laisser prendre à son jeu. Il ne voulait pas que les prêtres voient ses lèvres bouger ; une fraction considérable de l’Eglise considérait les implants tels que celui qu’il portait à l’oreille comme un sacrilège, une tentative d’amélioration d’un corps que Dieu avait créé parfait.

— Combien de prêtres cette communauté peut-elle entretenir, Ender ? dit-elle, feignant l’émerveillement.

Ender aurait aimé répliquer qu’elle en possédait déjà le nombre exact dans ses archives. Un de ses plaisirs consistait à faire des déclarations désagréables lorsqu’il n’était pas en mesure de répondre, ni même de reconnaître publiquement qu’elle lui parlait à l’oreille.

— Des inutiles qui ne se reproduisent même pas. S’ils ne copulent pas, l’évolution n’exige-t-elle pas qu’ils disparaissent ?

Bien entendu, elle savait que les prêtres effectuaient l’essentiel du travail administratif lié à la gestion de la communauté. Ender élabora ses réponses comme s’il pouvait les exprimer. Si les prêtres n’étaient pas là, le gouvernement, le commerce ou les associations grandiraient et se chargeraient du fardeau. Une hiérarchie rigide apparaissait toujours sous la forme de la force conservatrice de la société, maintenant son identité en dépit des changements auxquels elle était exposée. Faute d’un défenseur puissant de l’orthodoxie, la communauté se désintégrerait inévitablement. Une orthodoxie puissante est contraignante mais absolument essentielle. Valentine n’avait-elle pas traité ce sujet dans son livre sur Zanzibar ? Elle avait comparé la classe ecclésiastique au squelette des vertébrés…

Simplement pour lui montrer qu’elle était capable de prévoir son argumentation même lorsqu’il ne pouvait pas l’exprimer, Jane fournit la citation ; par jeu, elle parla avec la voix de Valentine, dont elle avait manifestement enregistré les caractéristiques dans l’intention de le torturer.

— Les os sont durs et, en eux-mêmes, paraissent morts et inertes, mais ils s’enracinent sur le squelette et le manœuvrent ; et le reste du corps exécute tous les mouvements de la vie.

Il ne s’attendait pas que la voix de Valentine lui fasse aussi mal, certainement plus mal que ce que Jane avait prévu. Il ralentit le pas. Il se rendit compte que c’était son absence qui le rendait aussi sensible à l’hostilité des prêtres. Il avait affronté le lion calviniste dans son repaire, il avait marché, philosophiquement nu, parmi les charbons ardents de l’Islam et les fanatiques shintoïstes avaient hurlé des menaces de mort sous ses fenêtres, sur Kyoto. Mais, toujours, Valentine était là, dans la même ville, respirant le même air, subissant le même climat. Elle l’encourageait lorsqu’il partait ; au retour de la confrontation, sa conversation expliquait jusqu’à ses échecs, lui apportant des lambeaux de victoire jusque dans la défaite. Il n’y a qu’une dizaine de jours que je l’ai quittée, et déjà elle me manque.

— À gauche, je crois, dit Jane. (Il lui fut reconnaissant d’utiliser sa voix habituelle.) Le monastère se trouve sur le flanc ouest de la colline, au-dessus du Laboratoire du Zenador.

Il longea la faculdade, où les enfants étudiaient les sciences à partir de douze ans. Et là, tassé sur lui-même, le monastère attendait. Le contraste entre le monastère et la cathédrale le fit sourire. Les Filhos étaient presque ostentatoires dans leur rejet de la majesté. Il n’était pas surprenant que la hiérarchie s’accommode mal de leur présence. Le jardin du monastère était en lui-même une manifestation de rébellion… Tout ce qui n’était pas jardin portager était abandonné aux buissons et aux hautes herbes.

Le supérieur s’appelait Dom Cristão, naturellement ; une supérieure se serait appelée : Dona Cristão. Sur cette planète, du fait qu’il n’y avait qu’une escola baixa et une faculdade, il n’y avait qu’un principal ; avec une simplicité élégante, le mari dirigeait le monastère et sa femme les écoles, de sorte que toutes les responsabilités de l’ordre étaient réunies au sein de la même union. Ender avait dit à San Angelo, dès le début, que le fait que les directeurs de monastères ou d’écoles se fassent appeler « Monsieur le Chrétien » ou « Madame la Chrétienne », titres qui revenaient de droit à tous les fidèles du Christ, était le summum de l’orgueil et ne manifestait pas la moindre humilité.

San Angelo s’était contenté de sourire – parce que, naturellement, c’était exactement ce qu’il pensait. Arrogant dans son humilité, voilà comme il était, et c’était en partie pour cette raison que je l’aimais.

Dom Cristão vint l’accueillir dans la cour au lieu de l’attendre dans son escritorio – un des éléments de la discipline de l’ordre consistait à se mettre délibérément dans l’embarras dans l’intérêt de ceux que l’on servait.

— Porte-Parole Andrew ! cria-t-il.

— Dom Ceifeiro ! répondit Ender…

Ceifeiro, moissonneur, était le titre officiel des supérieurs de l’ordre ; les principaux des écoles étaient appelés Aradores, laboureurs, et les moines chargés de l’enseignement portaient le titre de Semeadores, semeurs.

Le Ceifeiro sourit du fait que le Porte-Parole rejetait son titre habituel : Dom Cristão. Il savait à quel point le fait d’exiger que les gens s’adressent aux Filhos par leur titre ou en leur donnant le nom qu’ils avaient choisi relevait de la manipulation. Comme disait San Angelo : « Lorsqu’ils vous donnent votre titre, ils reconnaissent que vous êtes chrétien ; lorsqu’ils vous appellent par votre nom, ils prononcent eux-mêmes un sermon. »

Il prit Ender par les épaules, sourit et dit :

— Oui, je suis le Ceifeiro. Et vous, qu’êtes-vous pour nous – une invasion de mauvaises herbes ?

— Partout où je vais, je m’efforce d’être un puceron.

— Prenez garde, dans ce cas, sinon l’ivraie de notre Seigneur des Moissons risque de vous brûler.

— Je sais – la damnation est à portée de main, et il n’existe pour moi aucun espoir de repentir.

— Les prêtres sont chargés du repentir. Notre tâche consiste à former les esprits. Vous avez bien fait de venir.

— Vous avez bien fait de m’inviter. J’en étais réduit aux menaces les plus rudes pour persuader les gens de m’adresser la parole.

Le Ceifeiro comprit, naturellement, que le Porte-Parole savait que l’invitation était la conséquence directe de sa menace d’inquisition. Mais le Frère Amai préférait que la conversation reste détendue.

— Alors, est-il vrai que vous avez connu San Angelo ? Etes-vous l’homme qui a Parlé sa mort ?

Ender montra les hauts buissons qui apparaissaient au-dessus du mur de la cour.

— Il aurait approuvé le désordre de votre jardin. Il aimait provoquer le cardinal Aquila et je suis convaincu que votre Evêque Peregrino plisse le nez d’un air dégoûté face à votre façon d’entretenir votre jardin.

Dom Cristão lui adressa un clin d’œil.

— Vous connaissez pratiquement tous nos secrets. Si nous vous aidons à découvrir les réponses à vos questions, partirez-vous ?

— On peut l’espérer. Depuis que je suis Porte-Parole, mon séjour le plus long a été l’année et demie que j’ai passée à Reykjavik, sur Trondheim.

— J’aimerais que vous nous promettiez la même brièveté ici. Je ne vous demande pas cela pour moi, mais pour la tranquillité d’esprit de ceux qui portent une soutane beaucoup plus lourde que la mienne.

Ender donna la seule réponse susceptible de tranquilliser l’esprit de l’évêque :

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