La voix des morts [Speaker for the Dead - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Серия: Ender (fr) #2
- Год: 1987
- Язык: французский
- Год: OPTA
- ISBN: 2-7201-0300-4
- Переводчик: Daniel Lemoine
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «La voix des morts [Speaker for the Dead - fr]». Краткое содержание книги:
Serait-ce Lusitania ? Là vivent les piggies, drôles de petits cochons à l’esprit agile. Des êtres étranges, véritable énigme pour les hommes. N’ont-ils pas assassiné, sans mobile apparent, le scientifique qui les étudiait ? Une mort mystérieuse et rituelle. Ender s’est jure de découvrir la vérité sur ce meurtre. Malgré la peur et l’incompréhension des hommes.
La paix régnera-t-elle un jour entre des races aussi différentes ? Les hommes, les piggies et… pourquoi pas les doryphores ?
Ce blasphème avait fortement contrarié Ouanda. Mais, un an plus tard, ils avaient vu les piggies allumer le feu avec les pages de Saint-Jean, tandis que La Reine et l’Hégémon était tendrement enveloppée dans des feuilles. Cela fit beaucoup de peine à Ouanda, au début, et Miro comprit qu’il était sage de ne pas ironiser.
Humain ouvrit l’ouvrage à la dernière page. Miro remarqua que, dès l’instant où il eut ouvert le livre, tous les piggies se rassemblèrent en silence. La danse du beurre cessa. Humain toucha le dernier mot.
— Le Porte-Parole des Morts, murmura-t-il.
— Oui, je l’ai rencontré hier soir.
— C’est le vrai Porte-Parole. Rooter l’a dit.
Miro leur avait indiqué qu’il y avait de nombreux Porte-Parole et que l’auteur de La Reine et l’Hégémon était certainement mort. Apparemment, ils ne pouvaient toujours pas renoncer à espérer que celui qui était venu fût le vrai, celui qui avait écrit le livre sacré.
— Je crois que c’est un bon Porte-Parole, dit Miro. Il s’est montré tendre avec ma famille et je crois que l’on peut lui faire confiance.
— Quand viendra-t-il nous Parler ?
— Je ne le lui ai pas encore demandé. Cela exige de la réflexion. Il faudra du temps.
Humain bascula la tête en arrière et hurla.
Est-ce l’heure de ma mort ? se demanda Miro.
Non. Les autres touchèrent tendrement Humain, puis l’aidèrent à envelopper l’ouvrage puis à l’emporter. Miro se leva pour partir. Les piggies ne le regardèrent pas s’en aller. Sans ostentation préméditée, ils étaient tous occupés. Il aurait tout aussi bien pu être invisible.
Ouanda le rejoignit juste avant la lisière de la forêt, où les buissons les cachaient à ceux qui auraient pu les observer depuis Milagre… Mais, en réalité, personne ne prenait la peine de regarder en direction de la forêt.
— Miro, appela-t-elle d’une voix contenue.
Il se retourna juste à temps pour la prendre dans ses bras ; elle avait un tel élan qu’il dut reculer en trébuchant pour ne pas tomber.
— Veux-tu me tuer ? demanda-t-il – du moins il essaya : elle l’embrassait, ce ne lui permettait guère de terminer ses phrases.
Finalement, il renonça à parler et répondit à ses baisers, intensément. Puis elle recula avec brusquerie.
— Tu deviens trop entreprenant, dit-elle.
— Cela arrive chaque fois qu’une femme se jette sur moi et m’embrasse dans la forêt.
— Calme-toi, Miro, il y a encore beaucoup de chemin à faire. (Elle le prit par la ceinture, l’attira contre elle, l’embrassa à nouveau.) Deux ans encore avant que nous puissions nous marier sans le consentement de ta mère.
Miro ne tenta même pas de protester. Il ne se souciait guère de l’interdiction ecclésiastique de la fornication, mais il comprenait à quel point il était vital, dans une communauté fragile telle que Milagre, que les traditions liées au mariage soient strictement respectées. Des communautés importantes et stables peuvent absorber une quantité raisonnable d’accouplements marginaux ; Milagre était beaucoup trop petite. Ce qu’Ouanda faisait sous l’impulsion de la foi, Miro le faisait par réflexion logique – en dépit de milliers d’occasions, ils étaient aussi chastes que des moines. Toutefois, si Miro avait cru un instant qu’ils seraient dans l’obligation d’appliquer les vœux de chasteté dans le mariage qui étaient exigés des Filhos du monastère, la virginité d’Ouanda aurait aussitôt été gravement menacée.
— Ce Porte-Parole, dit Ouanda. Tu sais ce que je pense de l’idée de l’amener ici.
— C’est ton catholicisme qui parle, pas ton esprit rationnel.
Il voulut l’embrasser, mais elle baissa la tête et, au moment critique, Miro ne put que poser les lèvres sur son nez. Il embrassa celui-ci passionnément, jusqu’au moment où elle le repoussa en riant.
— Tu es sale et mal élevé, Miro. (Elle s’essuya le nez avec sa manche.) Nous avons déjà envoyé la méthode scientifique au diable quand nous avons entrepris de les aider à améliorer leur niveau de vie. Nous avons dix ou vingt ans devant nous avant que les satellites ne commencent à déceler des conséquences visibles. À cette époque, ce que nous aurons fait sera peut-être irréversible. Mais nous n’avons pas la moindre chance si nous autorisons un inconnu à prendre part au projet. Il parlera.
— Peut-être, et peut-être pas. Moi aussi j’ai été un inconnu, tu sais.
— Extérieur, mais jamais inconnu.
— Il aurait fallu que tu le voies, hier soir, Ouanda. D’abord avec Grego, et ensuite quand Quara s’est réveillée en pleurant…
— Des enfants désespérés et seuls… Qu’est-ce que cela prouve ?
— Et Ela qui riait. Et Olhado qui tenait vraiment sa place au sein de la famille.
— Quim ?
— Il a renoncé à crier que l’infidèle devait rentrer chez lui.
— Je suis contente pour ta famille, Miro, j’espère qu’il pourra la guérir définitivement, vraiment… Je sens déjà la différence chez toi, il y a des mois que tu n’as pas paru aussi optimiste. Mais ne l’amène pas ici.
Miro se mordit l’intérieur de la joue pendant quelques instants, puis s’éloigna. Ouanda le rejoignit en courant, le prit par le bras. Ils étaient à découvert, mais l’arbre de Rooter se dressait entre eux et la porte.
— Ne me laisse pas comme ça ! dit-elle sauvagement. Ne t’en va pas sans répondre !
— Je sais que tu as raison, accorda Miro, mais je ne peux pas ignorer ce que je ressens. Lorsqu’il était chez nous, c’était comme si… c’était comme si Libo s’y était trouvé.
— Papa haïssait ta mère, Miro… Il ne serait jamais allé chez elle.
— C’était comme s’il l’avait fait. Chez nous, le Porte-Parole était comme Libo se comportait toujours au laboratoire. Comprends-tu ?
— Et toi ? Il entre, se conduit comme votre père aurait dû le faire, et vous vous roulez tous par terre comme de jeunes chiots.
L’expression méprisante de son visage était exaspérante. Miro eut envie de la frapper. Mais il se contenta de poursuivre son chemin, frappant l’arbre de Rooter du plat de la main. En un quart de siècle, il avait atteint quatre-vingts centimètres de diamètre et son écorce rugueuse lui meurtrit la main.
Elle le rejoignit.
— Excuse-moi, Miro, je ne voulais pas…
— Tu étais sincère, mais c’était stupide et égoïste…
— Oui, je…
— Ce n’est pas parce que mon père était une ordure que je suis prêt à me rouler par terre devant le premier homme qui me caresse la tête…
Elle lui toucha les cheveux, la poitrine, la taille.
— Je sais, je sais, je sais…
— Parce que je sais reconnaître la bonté chez un homme – pas seulement un père, un homme bon. Je connaissais Libo, n’est-ce pas ? Et quand je te dis que ce Porte-Parole, cet Andrew Wiggin, est comme Libo, tu dois m’écouter, et pas éluder ce que je dis comme si c’étaient les niaiseries d’un cão !
— J’écoute. Je veux le rencontrer, Miro.
Miro ne comprit pas ce qu’il lui arrivait. Il pleurait. Cela faisait partie de ce que le Porte-Parole pouvait faire, même lorsqu’il n’était pas présent. Il avait ouvert tous les recoins clos du cœur de Miro et, à présent, Miro ne pouvait plus empêcher ce qu’il ressentait de se manifester.
— Et tu as raison, souffla Miro d’une voix cassée par l’émotion. Je l’ai vu entrer, avec sa caresse bienfaisante, et je me suis dit : Si seulement c’était lui, mon père (Il se tourna vers Ouanda, sans chercher à cacher ses yeux rouges et ses joues couvertes de larmes.) Exactement comme je me disais chaque jour, en revenant du Laboratoire du Zenador : Si seulement Libo pouvait être mon père, si seulement je pouvais être son fils !