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Les petits dieux [Small Gods - fr]

Электронная книга - «Les petits dieux [Small Gods - fr]». Краткое содержание книги:

Or il advint qu’en ce temps-là le grand dieu Om s’adressa à Frangin, l’Elu :
“Psst !”
Frangin s’arrêta au milieu d’un coup de binette et fit du regard le tour du jardin du temple. “Pardon ?” lança-t-il.
C’était une belle journée de printemps prime. Les moulins à prière tournaient joyeusement dans le vent qui tombait des montagnes. En altitude, un aigle solitaire décrivait des cercles.
Frangin haussa les épaules et retourna à ses melons.
Le grand dieu Om s’adressa derechef à Frangin l’Elu :
“T’es sourd, mon gars ?”
Une lourde responsabilité attend le jeune novice : prévenir une guerre sainte. Car il est des hérétiques, voyez-vous, pour prétendre, contrairement au dogme de l’Eglise, que le monde est plat et qu’il traverse l’univers sur le dos d’une immense tortue…
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— J’y suis jamais allé, à Ankh-Morpork, fit Honorbrachios. Enfin, on apprend à tout âge. Vivre c’est apprendre. C’est ce que je dis toujours. » Il se tourna face au soldat. « De force.

— Y a des exilés à Ankh, dit Simonie. Vous en faites pas. Vous serez en sécurité là-bas.

— Incroyable ! lança Honorbrachios. Quand on pense que ce matin je savais même pas que j’étais en danger. »

Il se carra dans le bateau.

« Té, la vie dans ce monde, reprit-il, c’est pour ainsi dire comme se trouver dans une caverne. Qu’est-ce qu’on sait de la réalité ? Car tout ce qu’on voit de la vraie nature de l’existence, c’est rien d’autre, mettons, que des ombres fantaisistes et déroutantes projetées sur la paroi intérieure de la caverne par la lumière invisible et aveuglante de la vérité absolue dont elles nous donnent ou non une petite idée, et nous, chercheurs troglodytes de la sagesse, bé, on peut seulement élever nos voix vers l’invisible et demander humblement : « Allez vaï, fais-nous le lapin difforme… c’est celui que je préfère. » »

Vorbis tisonna les cendres du pied. « Pas d’os », dit-il.

Les soldats, immobiles, restaient silencieux. Les flocons gris duveteux retombèrent et s’envolèrent un peu plus loin, emportés par la brise de l’aube.

« Et pas la bonne espèce de cendre », ajouta Vorbis.

Le sergent ouvrit la bouche pour dire quelque chose.

« Soyez sûr que je sais de quoi je parle », dit Vorbis.

Il se rendit nonchalamment à la trappe calcinée et la tâta du bout du pied.

« On a suivi le tunnel, fit le sergent du ton de qui espère contre toute expérience qu’une attitude serviable empêchera la colère d’éclater. Ça débouche du côté des quais.

— Mais si on y entre par les quais, il ne débouche pas ici », songea tout haut Vorbis. Les cendres fumantes exerçaient visiblement sur lui une fascination infinie.

Le front du sergent se plissa.

« Comprenez ? fit Vorbis. Les Ephébiens ne construiraient pas une sortie qui serait une entrée. Les esprits qui ont conçu le labyrinthe ne fonctionnent pas de cette façon-là. Il y aurait des… des vannes. Des successions de pierres à mécanisme, peut-être. Des croche-pieds qui ne crachent les pieds que dans un sens. Des lames vrombissantes qui jaillissent des murs quand on ne s’y attend pas.

— Ah.

— Très sournois et compliqué, à n’en pas douter. »

Le sergent se passa une langue sèche sur les lèvres. Il ne lisait pas dans Vorbis comme dans un livre parce qu’il n’avait jamais existé de livre comme Vorbis. Mais le diacre avait un mode habituel de pensée qu’on finissait par reconnaître au bout d’un moment.

« Vous voulez que je prenne l’escouade et que je remonte le tunnel depuis les quais, dit-il d’une voix caverneuse.

— J’allais vous le suggérer, fit Vorbis.

— Oui, monseigneur. »

Vorbis tapota l’épaule du sergent.

« Mais ne vous inquiétez pas ! dit-il d’un ton joyeux. Om protégera ses fidèles fervents.

— Oui, monseigneur.

— Et le dernier homme me ramènera un rapport détaillé. Mais d’abord… ils ne sont pas en ville ?

— Nous l’avons fouillée de fond en comble, monseigneur.

— Et personne n’est sorti par la porte ? Donc ils sont partis par la mer.

— On a retrouvé tous les bateaux de guerre éphébiens, seigneur Vorbis.

— Cette baie pullule de petits bateaux.

— Qui ne peuvent aller nulle part ailleurs qu’au large, monseigneur. »

Vorbis contempla au-dehors la mer Circulaire. Elle emplissait le monde d’un horizon à l’autre. Au-delà s’étendaient la tache des plaines de Sto et la ligne dentelée des montagnes du Bélier jusqu’aux sommets imposants que les hérétiques appelaient le Moyeu mais qui étaient, il le savait, le Pôle, visible malgré la courbure du monde uniquement grâce à la déformation de la lumière dans l’atmosphère, la même déformation qu’elle subissait dans l’eau… et il distingua une traînée blanche qui ondulait au-dessus de l’océan au loin.

Vorbis avait une très bonne vue, surtout depuis une hauteur.

Il ramassa une poignée de cendres grises, autrefois les Principes de navigation de Daikiri, et les laissa s’écouler entre ses doigts.

« Om nous envoie un vent favorable, dit-il. Descendons sur les quais. »

L’espoir agita une main optimiste dans l’océan d’abattement du sergent.

« Vous n’allez pas nous demander d’explorer le tunnel, monseigneur ? dit-il.

— Oh non. Vous le ferez à notre retour. »

Tefervoir tâta doucement la sphère de cuivre avec un bout de fil de fer tandis que le Bateau sans nom ballottait au milieu des vagues.

« Vous pouvez pas lui taper dessus ? fit Simonie qui saisissait mal la différence entre l’homme et la machine.

— C’est un moteur philosophique, expliqua Tefervoir. Que ça ne sert à rien de lui taper dessus.

— Mais vous avez dit que les machines pouvaient être nos esclaves.

— Bé, pas du genre qu’on tabasse. Les buses sont bouchées par du sel. Quand l’eau sort de la boule, elle laisse le sel.

— Pourquoi ?

— Bé, je n’en sais rien, moi. L’eau, elle aime voyager léger, sans trop de bagages.

— On est encalminés ! Vous pouvez rien y faire ?

— Si, attendre que ça refroidisse, puis nettoyer la boule et remettre de l’eau dedans. »

Simonie regarda autour de lui d’un œil affolé.

« Mais on est encore en vue d’la côte !

— Toi, peut-être », fit Honorbrachios. Assis au milieu du bateau, les mains croisées sur sa canne, on aurait dit un vieillard qu’on emmène rarement prendre l’air et qui trouve la sortie agréable.

« Vous tracassez pas. Personne ne peut nous voir là où on est », dit l’apprenti philosophe. Il tripota le mécanisme. « En tout cas, l’hélice, elle m’emmouscaille un peu. Elle était prévue pour déplacer l’eau le long du bateau, pas pour déplacer le bateau sur l’eau.

— Elle fait n’importe quoi, alors ? lança Simonie. Autant dire qu’on a plus d’hélice, hélas.

— C’est là qu’est l’os », ajouta joyeusement Honorbrachios.

Frangin, étendu au bout pointu, plongeait les yeux dans l’eau. Un petit calmar passa d’un coup de siphon, juste sous la surface. Il se demanda ce que c’était…

… et sut qu’il s’agissait du calmar entonnoir commun, de la classe des céphalopodes, phylum des mollusques, qu’il possédait une structure cartilagineuse interne au lieu d’un squelette, ainsi qu’un système nerveux très développé et de grands yeux qui formaient des images, assez semblables à ceux des vertébrés.

Les renseignements flottèrent un moment au premier plan de son esprit puis s’évanouirent.

« Om ? chuchota Frangin.

— Quoi ?

— Qu’est-ce que tu fais ?

— J’essaye de dormir un peu. Les tortues ont besoin de beaucoup de sommeil, tu sais. »

Simonie et Tefervoir étaient courbés au-dessus du moteur philosophique. Frangin contempla la sphère…

… une sphère de rayon r, dont le volume est donc V = (4/3) (pi) rrr, et la superficie A = 4 (pi) rr…

« Oh, mon dieu…

— Quoi encore ? » fit la voix de la tortue.

Le visage d’Honorbrachios se tourna vers Frangin qui s’agrippait la tête.

« C’est quoi, un pi ? »

Honorbrachios tendit une main et calma le novice.

« Qu’est-ce qui se passe ? demanda Om.

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