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Purgatoire des innocents

Электронная книга - «Purgatoire des innocents». Краткое содержание книги:

Je m'appelle Raphaël, j'ai passé quatorze ans de ma vie derrière les barreaux. Avec mon frère, William, nous venons de dérober trente millions d'euros de bijoux. Ç'aurait dû être le coup du siècle, ce fut un bain de sang. Deux morts, un blessé grave. Le blessé, c'est mon frère. Alors, je dois trouver une planque où il pourra reprendre des forces.
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Des pieds en forme de têtes de lions, Jessica a remarqué ce détail insignifiant.

Puis il y a eu l’épreuve de l’eau à peine tiède dont la femme l’a aspergée des pieds à la tête. Avant de lui donner une serviette pour s’essuyer et cette seule tunique pour s’habiller.

— On est chez des fous, murmure Jessie. Des fous…

— Mais qu’est-ce qu’ils veulent ? gémit Aurélie. Putain… Tu crois que… tu crois qu’ils vont demander une rançon à tes parents ?

Jessica la regarde enfin avec tristesse. Et secoue la tête.

— Ils ont pas de fric, mes parents. On ne rentrera pas chez nous… Jamais, dit-elle en regardant le corps allongé près de la porte.

Aurélie reste bouche bée. Puis ses lèvres se referment doucement sur le silence.

Sur le calvaire qui les attend.

Elles sont trop loin pour se toucher. Mais comme le ravisseur a laissé le volet ouvert, elles peuvent au moins se voir.

Et se parler.

Sauf qu’elles ne savent déjà plus quoi se dire. Aucun mot capable d’exprimer leur détresse ou de leur apporter ne serait-ce qu’une once d’espoir.

C’est alors que des pas résonnent à nouveau dans le couloir. Les deux captives échangent un regard affolé.

— Ils reviennent ! chuchote Aurélie avec effroi.

La clef tourne dans la serrure, le couple maléfique est déjà de retour. Sandra dépose sur chaque lit une petite bouteille d’eau en plastique ainsi qu’un sandwich au jambon.

— Il faut s’occuper de lui, maintenant, dit Patrick en regardant Raphaël.

— Tu veux qu’on l’enterre ? présume Sandra.

— Non. Il va rester ici.

Sandra ne comprend pas, Patrick se met à rire.

— Mais tu m’as dit qu’il… Il est vivant ? s’étonne-t-elle.

— Évidemment qu’il est vivant ! Je ne suis pas un idiot, tu sais.

— Bien sûr, murmure Sandra.

— Ceci dit, tu devrais tout de même vérifier. C’est toi le toubib après tout. J’ai peut-être cogné un peu trop fort.

Sandra s’approche pour la première fois de ce corps familier. Elle se penche, pose un index sur la carotide.

— Son cœur bat, dit-elle.

— Je savais qu’il était résistant le bougre !…

Elle s’attarde sur son visage. Affreusement abîmé, qui reflète pourtant une étrange sérénité.

— Mais je ne sais pas s’il va survivre longtemps, ajoute la vétérinaire.

— On verra bien… Attends-moi là, je reviens.

Patrick s’éclipse dans le couloir, elle l’entend fouiller dans les cartons de la pièce d’à côté. Elle jette un œil aux filles, pétrifiées sur leur lit.

Prise d’une sorte de vertige, elle s’appuie au mur.

— Madame, je voudrais rentrer chez moi ! implore Aurélie.

Le foyer où elle ne s’est jamais sentie chez elle, lui semble soudain le plus bel endroit du monde. Elle donnerait tout pour pouvoir y retourner. Elle serait même prête à y passer sa vie entière.

— La ferme ! répond Sandra.

— Je veux rentrer chez moi ! gémit encore la gamine.

Sandra se jette brusquement sur elle, l’attrape par les épaules et la secoue brutalement.

— Tu ne rentreras jamais chez toi ! Alors tais-toi ! Tais-toi, nom de Dieu !

Patrick revient à ce moment-là dans la pièce, armé de plusieurs cordes.

— Qu’est-ce qui se passe ?

— Rien, répond Sandra en lâchant Aurélie. Elle veut rentrer chez elle.

Patrick sourit.

— C’est normal. Mais bientôt, elle n’y pensera plus. Elle ne se souviendra plus comment c’était, chez elle…

Aurélie se remet à pleurer tandis que son ravisseur s’agenouille près de Raphaël, le fait basculer sur le ventre et lui attache les poignets dans le dos. Il passe ensuite aux chevilles.

Des nœuds bien serrés. Avant de le remettre face au plafond.

— Voilà, dit-il en se relevant. Il peut se réveiller, maintenant.

Il passe dans la salle de bains, en ressort muni d’un seau plein d’eau froide. Il le jette à la face de Raphaël. Il a une sorte de réaction, simple réflexe. Des tressaillements sur son visage, ses paupières qui bougent mais ne s’ouvrent pas.

— Je crois qu’il va roupiller encore un peu.

— Il ne reviendra pas, augure Sandra.

— Mais si, ma douce. Il est costaud. Mais son frangin ne doit pas savoir qu’il est encore en vie, compris ?

Sandra hoche la tête.

Ils referment les volets avant de disparaître.

Jessica et Aurélie attendent un bon moment avant de retrouver la parole. Ils ont laissé, volontairement ou non, la lumière allumée dans la salle d’eau. Elles ne sont donc pas dans l’obscurité. Juste dans la pénombre.

Antichambre des ténèbres.

— Monsieur ? chuchote Jessica. Monsieur, vous m’entendez ?…

Elle aperçoit la masse sombre du corps inerte.

— Monsieur, réveillez-vous, je vous en prie… Réveillez-vous ! On a besoin de vous !

CHAPITRE 30

Parfois, les nuits où la lune est pleine ou presque, et où la terre crache son brouillard à la gueule du ciel, je regarde par la fenêtre et je les vois.

Ce n’est ni un rêve ni un cauchemar. Elles sont bien là. À l’orée du bois, non loin de l’étang.

Silhouettes opalescentes, exhumées du passé, qui flottent dans les prémices de l’aube, cherchant peut-être leur chemin.

Cherchant peut-être pourquoi.

Pourquoi elles sont là. Ou ne sont plus là.

Après s’être toutes regroupées, comme si elles s’étaient donné rendez-vous, elles approchent de la maison, essaient même d’en ouvrir la porte.

Elles hurlent, mais je n’entends rien.

Elles menacent, mais je ne crains rien.

Elles accusent, mais ça ne m’atteint pas.

Elles pleurent, mais ça ne me touche pas.

Simples anges inoffensifs qui sortent de terre au lieu de descendre des cieux pour venir hanter mon enfer à la recherche d’un paradis.

Leur paradis.

Sauf que le Paradis, ça n’existe pas. J’ai beau le leur répéter, elles s’acharnent à revenir.

Elles ne m’écoutent pas.

Personne ne m’a jamais écoutée.

Parfois, les nuits où la lune est pleine ou presque, et où la terre crache son brouillard à la gueule du ciel, je les vois.

Parmi elles, il y a moi.

Moi, avant.

Moi, morte.

Et la chose qui parle et qui marche à ma place me regarde, là-haut, derrière la fenêtre.

Son sourire est le plus abominable qui soit.

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