Purgatoire des innocents
- Автор: Giébel Karine
- Год: 2013
- Язык: французский
- Год: Éditions Fleuve Noir
- ISBN: 978-2265097841
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Purgatoire des innocents». Краткое содержание книги:
— Toi, par contre, tu ne m’es d’aucune utilité. Sauf si…
— Je peux essayer de me renseigner, coupe William. Je peux essayer de trouver un fourgue.
— Vraiment ? Je croyais que tu ne connaissais personne.
— Je… Je connais quelques types qui pourraient peut-être…
— C’est bien vague, tout ça.
— Je ferai ce que je pourrai, jure William. Mais à condition que vous ne touchiez pas à Christel.
Patrick le considère avec étonnement.
— C’est ta petite amie ?
— Non…
— Elle n’est pas à toi et tu te soucies d’elle ? Qu’est-ce que ça peut te faire ?
— Je ne veux pas que vous la touchiez, c’est tout.
— Oh… Tu veux jouer les chevaliers blancs, c’est ça ? Et qu’est-ce qu’elle te donnera en échange, hein ? J’ai l’impression que tu n’as pas encore compris comment elles fonctionnent !
William essaie de dévier la conversation, tentant d’en savoir un peu plus sur son ennemi.
— De quelles filles parliez-vous tout à l’heure ? ose-t-il.
— Deux gamines que j’ai ramassées sur le trottoir.
— Sur le… trottoir ?
— Oui, à la sortie de l’école.
Will reste bouche bée.
— Ne me dis pas que t’as jamais goûté à ça ? ajoute papa.
— T’es complètement barge ! Tu as kidnappé deux gamines qui sortaient de l’école ? C’est… c’est ça que tu faisais pendant que…
— Eh oui ! Pendant que tu te prélassais sur mon canapé et que tu prenais ma femme pour ton infirmière personnelle, j’enlevais deux petites collégiennes… ça t’en bouche un coin, non ?
Papa éclate de rire.
— Et c’est à cause d’elles que ton frangin a baissé sa garde. Je l’ai emmené dans la pièce où elles étaient attachées, j’ai allumé la lumière. Et il est resté comme un con ! Tellement surpris qu’il n’a rien vu venir.
— Espèce d’enfoiré…
— Allons, fiston, tu devrais me féliciter pour mon intelligence, te montrer beau joueur !
— Je méprise ta race ! envoie William.
Christel tente de lui donner un coup de coude dans le dos.
Le faire taire avant qu’il ne soit trop tard.
— Je sais, répond Patrick. Je connais les mecs de ta race. J’ai été en taule, tu sais… En fait tu me détestes parce tu m’envies. Parce que, bien plus que toi, je suis un homme libre. Qui n’hésite pas à enfreindre les lois humaines pour vivre comme bon lui semble. Qui n’hésite pas à réaliser ses phantasmes.
— Des phantasmes de malade mental ! Putain de pédophile…
Deuxième coup de coude.
— Non. Je suis comme tous les hommes. Sauf que je ne m’embarrasse pas de votre stupide morale judéo-chrétienne !
Papa s’assoit carrément, prêt à donner un cours magistral. Will voudrait pouvoir se boucher les oreilles pour y échapper.
Non, ce type n’est pas fou. C’est seulement un pervers de la pire espèce.
Sandra, qui se tenait jusque-là sagement dans un coin de la pièce, s’éclipse dans l’escalier.
— Tu sais lire, fiston ?
— Pour qui tu me prends, connard ?
Cette fois, Christel lui file carrément un coup avec l’arrière de son crâne, William grimace de douleur.
— Ta copine a raison, soupire Patrick. Tu devrais y aller mollo sur les insultes.
William prend une profonde inspiration.
Gagner du temps. Ne pas signer son arrêt de mort tout de suite.
— Oui, je sais lire, dit-il d’un ton plus calme.
— Bien. Et te souviens-tu de ces livres pour enfants que tu as eus entre les mains ?
— Pas vraiment…
— Et les jouets ?
— Quoi, les jouets ?
— Les filles, on leur offre des poupées, pour qu’elles apprennent à être de bonnes mères. On leur offre des mini fers à repasser, des dînettes pour qu’elles comprennent tout de suite ce pour quoi elles sont faites. Être au service des hommes. Quant aux garçons, ils ont des jeux qui leur apprennent à construire, à voyager, à se battre. Et dans les livres, eh bien c’est pareil. Les illustrations montrent des petites filles timorées qui sont sagement à la maison et des garçons dégourdis qui explorent les grands espaces…
— Et alors ?
— Laisse-moi finir, tu veux ? De toute façon, tu n’as pas grand-chose d’autre à faire que de m’écouter, non ?… Donc, dès la plus tendre enfance, chacun connaît son rôle dans notre belle société. L’homme est fait pour dominer la femme, c’est ainsi depuis que nous existons. D’accord avec ça, petit ?
— Peut-être. Mais dominer ne veut pas dire…
— Dominer veut dire ce que ça veut dire, coupe Patrick avec une pointe d’agacement. C’est un verbe on ne peut plus clair, il me semble ! Alors oui, certaines essayent depuis des lustres de prendre une place qui n’est pas la leur. Mais jamais elles ne prendront notre place. Tu es toujours d’accord ?
— C’est évident.
— Bon, on progresse… Alors dis-moi, pourquoi toutes ces conneries ? Je veux une femme, il me suffit de la prendre, non ? Et en l’occurrence, je trouve plus excitant de prendre une femme avant qu’elle ne devienne une pute. C’est-à-dire quand elle est encore vierge.
— Mais ce n’est pas une femme ! explose soudain William. C’est une gamine !
— Vraiment ? Elle est en âge de donner la vie, n’est-ce pas cela être une femme ?
William secoue la tête. Il patauge dans la boue, jusqu’au menton. Ne sait plus trop à quoi se raccrocher. Mon Dieu, Raphaël, pourquoi n’as-tu pas descendu ce salopard ?
— J’ai juste le courage d’enfreindre des lois qui ne sont que le reflet de l’hypocrisie qui nous entoure. La femme n’est là que pour nous servir et nous donner du plaisir. Et faire des enfants pour perpétuer la race. Rien d’autre.
— Et l’amour, ça te dit rien ?
— L’amour ? ricane Patrick.
— Tu aimes Sandra, non ?
Patrick semble surpris par la question.
— On n’aime jamais que soi, fiston. Soi-même et personne d’autre.
En haut de l’escalier, Sandra se fige, la main crispée sur la rampe en bois.
Elle retient sa respiration.
— Alors oui, j’aime Sandra. Parce qu’elle n’est qu’une partie de moi.
Will, 11 ans
Il est face au tableau noir. Pourtant, il ne le voit pas.
Le professeur parle. Pourtant, il ne l’entend pas.
Le jeune William est ailleurs, comme souvent. Perdu dans ses pensées, comme dans son existence.
Il se demande si c’est à cause de lui que son père est parti, juste avant sa naissance. Quelle autre explication ?
Il ne voulait pas de lui, cela semble évident.
Cruellement évident.
Mais pourquoi décider de le rejeter avant même de le connaître ? Ça n’a guère de sens.
Alors, William se pose la question. Encore et encore. Il espère qu’il les a quittés pour une femme. Qu’il y a au moins de l’amour derrière cet abandon…
Sa mère n’en parle jamais, elle a jeté toutes les photos. Heureusement que Raphaël en a gardé une. William sait au moins à quoi ressemble son paternel.
Il ressemble à Raphaël.
Il y a quelques mois encore, c’est lui qui passait parfois le chercher à la sortie de l’école. Alors qu’il pouvait très bien rentrer tout seul…