Purgatoire des innocents
- Автор: Giébel Karine
- Год: 2013
- Язык: французский
- Год: Éditions Fleuve Noir
- ISBN: 978-2265097841
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Purgatoire des innocents». Краткое содержание книги:
Elle le fixe avec hargne, finit par lui sourire. C’est crispé, mais elle ne parvient pas à faire mieux.
— Alors, ma petite chatte, raconte-moi un peu… Quel était ton rôle dans tout ça, hein ?
— Elle n’est au courant de rien, intervient William.
Patrick lève les yeux au ciel.
— Écoute, je ne vais pas te le répéter cent fois : tu parles quand je te le demande. Le reste du temps, tu fermes ta grande gueule. Sinon, je vais être obligé de m’énerver.
William serre les mâchoires, Christel prend le relais.
— Je ne sais pas à qui Raphaël prévoyait de remettre ces bijoux. C’était lui le chef, lui qui décidait.
— Vraiment ? Alors explique-moi pourquoi ton mec, qui est d’ailleurs en train de pourrir dans mon garage, a essayé de se casser avec le butin. S’il a tenté de le prendre, c’est qu’il savait quoi en faire, non ?
Christel hésite à répondre. Mais le regard de Patrick la persuade de trouver une réponse.
— Fred ne connaissait pas ce commanditaire. Mais…
— Mais ?
— Il s’est dit qu’on pourrait démanteler les bijoux et faire fondre l’or. En le vendant à plusieurs endroits, gramme après gramme. Ça aurait pris un certain temps, et surtout, ça n’aurait plus du tout eu la même valeur. Mais c’était toujours mieux que de partir les mains vides.
— Et qu’auriez-vous fait avec les joyaux ?
— On s’en serait débarrassés.
Papa écarquille les yeux.
— Pas le choix. Ces cailloux, c’est de la dynamite. Une bombe à retardement prête à t’exploser à la gueule. De quoi te faire choper illico et finir ta vie en taule. Alors, on aurait fait en sorte que personne les retrouve.
Patrick s’intéresse à nouveau à William.
— Si ton frangin avait pu livrer tout ça à son commanditaire, combien aurait-il obtenu en échange ?
Le jeune homme n’a plus envie de répondre ; il regarde droit devant lui. Il fixe Sandra, absorbée dans la contemplation silencieuse du butin.
Il ne la reconnaît pas.
— Je t’ai posé une question, Willy…
— Va te faire foutre.
Patrick secoue la tête, d’un air un peu désolé.
— Je vais être obligé de sévir, tu sais…
William braque ses yeux clairs au fond des siens.
— Va te faire foutre, répète-t-il en détachant chaque syllabe.
Patrick s’éloigne ; les deux prisonniers le voient poser le collier, ôter ses gants. Puis s’emparer du colt. Leurs cœurs s’affolent de concert. Pourtant, ils tentent de ne rien laisser paraître.
Sandra, quant à elle, ne bouge toujours pas. Hypnotisée par les pierres, comme si elle était seule dans la pièce. Comme si elle était ailleurs.
Comme si tout cela ne la regardait pas le moins du monde.
Papa est de retour face à ses otages, le calibre en main. Il fixe William, le jeune homme se prépare à un torrent de menaces. « Parle ou je te descends. » Du genre compte à rebours. « Tu as dix secondes pour me dire… »
Mais Patrick ne dit rien. Il ajuste son tir et appuie sur la détente. Sans sommation.
William sursaute en même temps que Christel hurle de douleur.
Deuxième genou explosé.
— Au moins, elle ne se sauvera pas quand je m’occuperai d’elle ! rigole Patrick.
Le jeune braqueur a le souffle coupé, la bouche ouverte.
L’arme change de trajectoire, pour viser à présent le ventre de Christel.
— T’as envie de voir à quoi ressemblent ses tripes ?
— Vingt pour cent ! hurle William.
— Vingt pour cent de quoi ?
— De la valeur estimée des bijoux !
— Donc, vingt pour cent de trente millions d’euros, c’est bien ça ?
— Oui… Oui. Arrête, ne tire pas !
Le doigt est toujours sur la détente, Christel tourne de l’œil et s’effondre comme une poupée de chiffon sur l’épaule de son complice, avant de toucher terre.
— Tu vois, quand tu veux.
— Putain, mais t’es complètement malade !
Patrick met le colt à la ceinture de son pantalon.
— Donc, ça représente six millions d’euros que vous auriez partagés en quatre… Un million et demi chacun. Pas mal !
Tandis que papa fait ses comptes, le regard épouvanté de William s’est bloqué sur la jeune femme évanouie.
— Comment t’as pu faire ça, nom de Dieu ! murmure-t-il.
— C’est simple : tu armes, tu vises et tu tires. Et n’insulte pas le Seigneur sous mon toit, je te prie.
14 h 30
— Tu es sûr qu’il est mort ? demande Sandra.
Ils s’apprêtent à pénétrer dans la petite maison, Patrick s’immobilise. Il fixe sa femme un instant, avant de répondre :
— Je n’aime pas le regard qui va avec ta question, ma douce…
Sandra baisse immédiatement la tête.
— Tu as envie qu’il soit encore en vie ?
— Bien sûr que non ! s’empresse-t-elle d’assurer.
— Tu n’es pas heureuse que je l’aie tué ?
— Si, bien entendu… j’aurais même aimé le tuer de mes propres mains. J’ai essayé, d’ailleurs ! Tu as vu le bandage sur son bras ? C’est moi qui l’ai blessé avec un couteau de cuisine…
— Je préfère ça, ajoute Patrick.
Elle le suit dans le couloir obscur, jusqu’à la porte du fond. Il appuie sur l’interrupteur, Sandra reste un instant sur le seuil. Elle contemple d’abord Raphaël, étendu par terre ; il est salement amoché. Sang coagulé sur le front et les tempes. Nez cassé, de toute évidence. Main droite enflée, sans doute plusieurs doigts brisés.
Il est allongé sur le côté, replié sur lui-même. Sur sa dernière souffrance.
Elle se garde bien d’approcher du corps, s’intéresse alors aux deux filles ligotées.
Une blonde et une brune.
— Elles te plaisent ? s’impatiente Patrick.
Sandra hoche la tête.
— Elle est mignonne, exactement comme tu me l’avais décrite… Mais pourquoi l’autre ? demande-t-elle en fixant Aurélie. Ce n’était pas prévu…
— Elle était constamment collée à sa copine. Alors, j’ai dû improviser.
— Bien sûr… Tu sais toujours comment faire.
— Ça pue, ici, constate Patrick.
Il enjambe Jessica et, à l’aide d’une clef, ouvre la fenêtre coulissante équipée d’un double vitrage phonique. Même si la maison est isolée du reste du monde, mieux vaut être prudent.
Puis, à l’aide d’une autre clef, il débloque la serrure du volet en bois massif.
Un courant d’air frais traverse enfin la pièce.
— Je n’ai pas eu le temps de faire le ménage, s’excuse Sandra. Je n’ai pas pu, à cause de…
— Je sais, ma chérie, dit Patrick. Ne t’en fais pas.
— Tu vas les laisser ensemble ?
— Je crois que oui.
— Et où va dormir la deuxième ?
— Je vais récupérer un autre lit, voilà tout.
— On devrait les séparer, suggère Sandra.
— On verra. Viens m’aider.
Ils passent dans la pièce d’à côté, en ramènent un second grabat, identique à celui qui trône déjà dans ce qu’ils nomment la chambre. Avec le même matelas rayé, taché d’auréoles. Ils le placent contre le mur, face à l’autre. Chacun d’un côté de la fenêtre.
La pièce contient aussi une armoire en chêne, comme celles que l’on trouvait dans les salles de classe d’antan, ainsi qu’une commode en pin et une chaise paillée.