Purgatoire des innocents
- Автор: Giébel Karine
- Год: 2013
- Язык: французский
- Год: Éditions Fleuve Noir
- ISBN: 978-2265097841
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Purgatoire des innocents». Краткое содержание книги:
Christel éclate en sanglots, pose sa tête sur l’épaule de William. Il ferme les yeux, essaie de se contenir encore.
Mais les larmes le submergent à son tour.
Raphaël, où es-tu ? Pas possible que tu sois mort. Tu ne peux pas m’avoir abandonné…
Jessie, où es-tu ?
C’est pas possible que tu sois morte. Pas possible que tu te sois sauvée. Que tu m’aies abandonnée… Tu n’as pas le droit !
Laurence et Michel Durieux sont dans la cuisine, seuls. Incapables de s’en occuper, ils ont confié Sébastien, leur jeune fils, à la sœur de Laurence.
Ils fixent leurs assiettes, sans pouvoir avaler autre chose que des bouffées d’oxygène saturé d’angoisse.
Ils voudraient se rendre utiles, chercher Jessica. Mais les enquêteurs leur ont demandé de rester chez eux, près du téléphone. Alors, ils obéissent.
De toute façon, où la chercheraient-ils ?
Le monde leur semble soudain aussi vaste qu’hostile. Ils se noient dans une mare d’impuissance.
Quoi de pire que de rien pouvoir faire pour sa propre enfant ?
Michel prend la main de sa femme. Glacée comme la mort qui ricane déjà dans leur dos.
— Elle va revenir, murmure-t-il. Je sais qu’elle va revenir, qu’ils vont la retrouver.
— Tu ne sais rien. Personne ne sait rien. Peut-être qu’elle est déjà…
— Tais-toi ! implore son mari. Tais-toi, s’il te plaît. Tu n’as pas le droit de penser ne serait-ce qu’une seconde qu’elle est morte. T’entends ?
Il a les larmes aux yeux, broie la main de sa femme dans la sienne.
— Elle a disparu depuis bientôt vingt-quatre heures, murmure Laurence.
— Elle va revenir.
Laurence retire sa main, la coince entre ses cuisses.
— Je sens qu’elle souffre.
Michel ferme les yeux. Aucune épreuve plus atroce que celle qu’ils traversent depuis la veille. Ils ne savent rien, sinon qu’elle n’est plus là.
Ils ne savent rien, sinon qu’ils risquent de ne plus jamais la revoir.
Ils ne savent rien, sinon que leur paisible vie risque de s’arrêter, net.
Le téléphone sonne, Michel se précipite. Il décroche avant la seconde sonnerie. Laurence le rejoint et voit son visage se déformer, lentement.
Elle cesse de respirer, Michel raccroche.
— Il y a un témoin qui… Un gosse qui a vu deux adolescentes monter dans un fourgon blanc, hier soir, pas très loin du collège.
Les jambes de Laurence se dérobent. Elle s’accroche au mur, trouve une chaise où s’écrouler.
Cette fois, c’est sûr. Ils ont basculé en enfer.
Patrick s’éloigne un peu, Sandra se bouche les oreilles. Il appuie sur la détente et la serrure du placard vole en éclats. Il aurait pu aller chercher la clef dans le blouson de Raphaël ou bidouiller le verrou avec un tournevis, mais trouve plus distrayant de se servir du Double Eagle. Comme dans ces films d’action dégoulinants de testostérone.
Lui qui n’a pourtant jamais tué personne.
Jamais avec une arme à feu, en tout cas.
Trop facile, trop banal. Trop vulgaire.
Toujours des lames tranchantes, des objets contondants, des cordes, ou à mains nues.
Il considère que les armes à feu sont réservées à ceux qui manquent d’imagination ou sont pressés. À ceux qui ne vénèrent pas l’acte de mise à mort.
Il monte sur la pointe des pieds pour attraper le sac de sport contenant les bijoux, le pose au milieu de la table.
— Voyons un peu ça, dit-il en se frottant les mains.
Sandra s’assoit sur un des bancs, attendant sagement de découvrir le butin. Son mari enfile des gants de chirurgien et commence à extirper les joyaux du sac, avec des gestes précautionneux. Certains sont encore dans leur écrin, d’autres dans des chiffons. Il étale les bijoux en ordre parfait sur la table, Sandra reste bouche bée.
Jamais elle n’a vu quelque chose d’aussi extraordinaire. Colliers, bracelets, bagues, broches… Diamants, émeraudes, saphirs, rubis, améthystes rivalisent de beauté. Explosion de couleurs, de délicatesse.
Un rayon de soleil timide entrant par la fenêtre suffit à faire étinceler les parures de mille feux. Leur éclat sans pareil se reflète dans les yeux de jade. Fascinés.
— Pas mal, hein bébé ?
— C’est magnifique, murmure Sandra avec un sourire de gamine émerveillée.
Elle approche sa main d’une bague, Patrick la stoppe d’un geste brutal.
— Ne touche à rien !
Il tourne la tête vers William.
— Joli travail ! On dirait que ton frangin était un bon, non ?
— Le meilleur, murmure Will comme s’il se parlait à lui-même.
Patrick vient se poster devant lui :
— Et que comptiez-vous faire de tout ça ?
William sourit méchamment.
— C’était pour offrir à la reine d’Angleterre ! Te voilà bien emmerdé, hein papa ? Toutes ces pierres, qui valent une fortune… Tu sais à combien est estimé le contenu de ce sac ?
— Non, mais tu vas me le dire.
— Un peu plus de trente millions d’euros.
Patrick émet un sifflement d’admiration un peu exagéré.
— Coquette somme, dis-moi !
— Mais sans Raphaël, ça ne vaut plus rien ! annonce William. Strictement plus rien !
— Allons, fiston, je suis sûr que tu sais comment transformer tout ça en monnaie sonnante et trébuchante…
— Moi ? Non ! Raphaël a fait le coup pour un commanditaire, à l’étranger. Je ne connais même pas son nom. Désolé, mais je ne peux vraiment rien pour toi ! Le seul qui pouvait t’aider, c’était mon frère.
Une lance traverse le cœur de William.
C’était mon frère.
J’avais un frère.
— Tu mens, répond Patrick d’un ton posé. Je sens que tu mens.
— Non, je sais que dalle.
Papa soupire. Il s’accorde un instant de réflexion tout en admirant le collier qu’il tient dans ses mains.
— Ce sont des pièces uniques, sorties tout droit des ateliers d’un des plus grands joailliers suisses, poursuit William. Les photos de chacun de ces bijoux et de chacune des pierres qui les composent circulent déjà partout en Europe. Tu pourras jamais les fourguer. À personne.
— Nous verrons.
— C’est tout vu.
Les deux hommes s’affrontent du regard.
— Alors, il va falloir que tu remplaces ton grand frère, petit…
Will secoue la tête.
— Je te dis que je ne connais même pas le nom du fourgue.
— Tu en connais sûrement un autre.
— Des types capables d’écouler ce genre de marchandises ? Ça court pas les rues ! Alors non, je n’en connais pas. Je ne vois vraiment pas ce que je pourrais faire pour toi. Et puis je ne risque pas d’aider l’enfant de salaud qui a buté mon frère. Tu peux crever !
— Tu es décidément aussi con que ton frangin… Tu te crois en position de refuser ?
— T’as qu’à me tuer, balance froidement William. Ça ne changera rien à ton problème. Je ne peux pas transformer ces cailloux en fric. Et je suis sûr que tu es suffisamment intelligent pour le comprendre.
— Hmm… Ce que je comprends, c’est que tu n’es pas disposé à coopérer.
Patrick arrache soudain le bâillon de Christel.
— Et toi, ma jolie ? Montre-toi plus coopérative que ce crétin et je ne serai pas ingrat.