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Purgatoire des innocents

Электронная книга - «Purgatoire des innocents». Краткое содержание книги:

Je m'appelle Raphaël, j'ai passé quatorze ans de ma vie derrière les barreaux. Avec mon frère, William, nous venons de dérober trente millions d'euros de bijoux. Ç'aurait dû être le coup du siècle, ce fut un bain de sang. Deux morts, un blessé grave. Le blessé, c'est mon frère. Alors, je dois trouver une planque où il pourra reprendre des forces.
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— Pourquoi ?

Elles peinent à comprendre ce qu’il marmonne, tant sa prononciation est altérée.

— Il ne faut pas vous rendormir, répète Jessica. Il va revenir !

Mais de qui parle-t-elle ? Qui va revenir ? Et qui est-elle ?

Il parvient à remuer légèrement, mais ne voit toujours que ce sol clair et répugnant de crasse.

Il redresse un peu la tête, elle retombe aussitôt lourdement sur les carreaux. Ça résonne jusque dans sa colonne.

Il sent son estomac qui se soulève, approche dangereusement de ses lèvres.

— Où je… suis ?

— Vous êtes…

Jessica aimerait bien le savoir. Elle réfléchit pour détourner la question.

— Vous êtes venu nous voir ce matin, quand on était attachées. Vous étiez avec l’autre homme, celui qui nous a enlevées ! Et il vous a tapé dessus, comme un malade !

Raphaël referme les yeux. Est-il encore en prison ? Non, il en est sorti. Mais où, alors ?

— Ne vous rendormez pas ! implore Jessica.

Raphaël lutte, de toutes ses forces. Il voudrait obéir à la voix.

Mais il se sent aspiré par le néant. Par le vide. Le rien.

Y retourner, y rester.

*

— Tu vas les tuer, c’est ça ?

William ne peut s’empêcher de poser la question.

— Évidemment, répond Patrick. J’ai pas envie de retourner en taule, tu sais ! Alors, je suis bien obligé de les tuer pour les empêcher de parler… Mais je dois t’avouer que ce n’est pas seulement par obligation. J’y prends même un sacré pied !

Patrick lui adresse un petit clin d’œil qui se voudrait complice, la nausée de William empire. Comme il ne va pas tarder à se pisser dessus, il voudrait au moins éviter de gerber.

— C’est Sandra qui m’a appris, ajoute-t-il. Appris qu’il fallait les tuer. Avant, je les laissais en vie. J’avais ce désir en moi, elle a su me révéler. Comme quoi, les femmes…

— J’adorais ma mère, dit soudain William. Elle est morte quand j’avais 19 ans. Et c’est Raph qui s’est occupé de moi. Enfin, à distance, parce que la plupart du temps, il était en prison, mais…

Will retient un sanglot, Patrick sourit avec tendresse.

— Je comprends ton chagrin, fiston. Mais ne t’en fais pas : bientôt, tu ne penseras plus à lui, je t’assure. Puisque tu seras mort.

*

La nuit approche.

Mais les filles ne le savent pas.

Leur soleil se résume désormais à un néon capricieux.

Jessica a abandonné, elle a cessé de crier. Assise en tailleur sur son grabat, elle attend, tricotant lentement le désespoir.

Une maille à l’endroit, une maille à l’envers.

Aurélie prend sa bouteille d’eau, Jessie lève les yeux.

— N’y touche pas, je t’ai dit !

— Mais j’ai soif ! gémit Aurélie.

— Y a du poison dedans ! J’en suis sûre… Ou de la drogue ! Tu peux pas savoir.

Aurélie repose la bouteille sur le matelas, obéissante.

Les rôles se sont intervertis depuis qu’elles sont ici. Jessica se révèle dotée d’un plus grand sang-froid, on dirait que c’est elle l’aînée.

— Tu crois qu’il va nous… le mec, tu crois que…

— Oui, répond Jessica.

— Tu crois que ça fait mal ?

Jessica ferme les yeux.

— Avec lui, ça fera mal.

Aurélie reprend la bouteille et la vide d’un trait.

— Venez m’aider… !

Les filles tournent la tête vers Raphaël.

— Il s’est encore réveillé ! chuchote Aurélie.

Jessica soupire. Elle n’y croit plus vraiment. Pourtant, elle essaye encore.

— Peut-être qu’il délire…

Elle s’éclaircit la voix et s’écrie :

— On ne peut pas venir vous aider, monsieur. On est attachées ! A-tta-chées !

Raphaël a ouvert les yeux. Il tente de se souvenir, de comprendre. Où il se trouve et pourquoi. Pourquoi il ne parvient pas à bouger. Pourquoi il a si mal.

— Il vous a frappé, dit la voix. Vous vous rappelez pas ?

Une voix de femme. Non, une voix d’enfant. Un peu haut perchée. Chargée d’angoisse.

— Il m’a… frappé… ?

— Oui ! Il vous a cogné avec une batte de base-ball ! enchaîne Aurélie.

— Et il a dit qu’il allait s’occuper de votre frère ! renchérit Jessica.

Elle a deviné le mot magique.

Électrochoc.

— Mon frère ?

— Vous vous souvenez ? espère Jessica.

— Will… !

Le cerveau de Raphaël se remplit d’un seul coup. Une déferlante lui submerge le crâne.

Jusqu’à sortir par ses yeux.

— Il chiale, non ? chuchote Aurélie.

— Je sais pas… On dirait, répond Jessie. Monsieur, vous pleurez ? Vous avez mal ?

Raphaël essaie de recouvrer une respiration normale, mais sa cage thoracique semble être en mille morceaux.

— Qui êtes-vous ?

— Je m’appelle Aurélie et elle, c’est Jessie. Ce malade nous a kidnappées quand on sortait du collège, hier ! Vous m’entendez ?

— Oui…

— Vous êtes de la police ? Monsieur, vous êtes de la police ?

Tant d’espoir dans cette question…

— Non.

— Mais vous aviez un pistolet sur vous, hier ! rappelle Jessica avec une sorte de rage.

— Un pistolet, oui…

— Il vous l’a pris ! Il est parti avec !

Les larmes continuent à couler des yeux de Raphaël. Au fur et à mesure que les souvenirs affluent.

Le braquage qui tourne mal, Will blessé. Fred, sa tête qui explose.

Sandra. Son mari, le gendarme, qui l’emmène ici… Pourquoi, déjà ?

Et ces deux filles, par terre. Ligotées.

Ensuite, ce n’est plus qu’un gouffre de douleur.

— Je suis attaché ?

Sa bouche est sèche comme un désert, ses lèvres démesurément enflées. Parler est un supplice.

Vivre encore, est un supplice.

— Ouais ! répond Aurélie. Vous avez les chevilles et les poignets attachés avec de la corde.

Soudain, les filles se taisent, le sang s’épaissit dans leurs veines.

Les pas dans le couloir, la clef dans la serrure, la poignée qui tourne.

La lumière qui leur arrache les yeux.

Il est là.

Il leur sourit. Non, il sourit.

— Alors mes petites chéries, on papote ?

Il referme la porte, la clef disparaît au fond de la poche de son pantalon. Il jette un œil à Raphaël, s’immobilise.

— Tiens, tiens…

Incapable de relever la tête, Raphaël ne voit qu’une paire de chaussures boueuses.

Mais cette voix, il la reconnaît.

Avec le pied, Patrick le fait basculer sur le dos, lui arrachant un cri de douleur lorsque sa colonne touche le sol.

Papa s’accroupit et le contemple en souriant.

— Comment tu te sens, champion ? Mais je rêve ou… tu pleures ?

Il se met à rire, Raphaël ferme les yeux.

— Je le crois pas ! Tu chiales comme une fillette ?

Il tousse, un peu de sang colore ses lèvres.

— C’est pas la forme, on dirait… tu as perdu ta langue ou quoi ? Où est donc passée ton éloquence ? Où est le beau parleur qui voulait baiser ma femme, hein ?

Les yeux gris, vides de haine mais remplis de souffrance, parviennent enfin à se raccrocher à ceux de Patrick.

— Tu me déçois, mec… Je m’attendais à autre chose de ta part.

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