Purgatoire des innocents
- Автор: Giébel Karine
- Год: 2013
- Язык: французский
- Год: Éditions Fleuve Noir
- ISBN: 978-2265097841
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Purgatoire des innocents». Краткое содержание книги:
Le jeune homme essaie d’obtempérer. Mais la douleur dans sa jambe droite est intolérable.
— Tu te mets à genoux ou je te descends, menace Patrick.
Will y parvient enfin, la souffrance faisant éclore quelques larmes dans ses yeux.
— Ça a l’air de faire mal, on dirait… Mais le pire, c’est dans ta tête, je suppose. Tu dois te demander ce qui est arrivé à ton grand frère, hein ?
— Qu’est-ce que tu lui as fait, espèce de fils de pute ?
— Je sais ce que tu es en train de penser… Tu te dis : « Ce mec est un gendarme, il ne peut pas descendre quelqu’un comme ça ! » Sauf que j’ai un scoop pour toi : je ne suis pas plus gendarme que toi enfant de chœur !
Il se met à rire, William retient ses larmes, comme il peut.
— Mais la photo… J’ai vu ta photo dans l’album ! se remémore le jeune homme avec une sorte de rage.
— La photo ? Ah oui, celle où je suis en uniforme… Après mon service, j’étais réserviste dans la gendarmerie, explique papa avec un brin de nostalgie.
Les fesses décollées du siège, Christel est désormais prête à bondir. Elle attend juste le moment opportun.
Mais son petit manège n’a pas échappé aux sens aiguisés de Patrick. Au moment où elle passe à l’attaque, il détourne l’arme et appuie sur la détente.
Sans la moindre hésitation.
Détonation fracassante, hurlement bestial. La panthère s’effondre, juste à côté de William qui la reçoit quasiment dans ses bras.
— Chris !
— Lâche-la, ordonne Patrick. Garde les mains sur la tête…
La jeune femme se tord de douleur, Patrick n’a pas tiré au hasard. La neutraliser, mais pas la tuer. Pas encore.
Il vient de lui pulvériser un genou, de quoi la mettre hors service pendant un moment.
Sandra garde une main devant sa bouche, comme pour retenir ses propres cris.
— Bien visé, non ? s’amuse Patrick. Je ne vais pas la refroidir, ce serait du gâchis, tu ne crois pas ?
Will considère, ébahi, la jeune femme qui pousse des gémissements pathétiques. Puis ses yeux reviennent vers celui qui tient l’arme.
— Vous avez tué mon frère ? demande-t-il d’une voix chancelante.
Patrick s’assoit sur un banc, croise ses jambes.
— À ton avis ? Tu crois vraiment qu’il aurait accepté de me filer son arme, sinon ?
Les lèvres du jeune homme se mettent à trembler.
— C’est qu’il ne va pas tarder à chialer, le grand garçon !
Non, William ne pleure pas. Il a juste la respiration coupée.
— Mais comme il me fallait rester discret, je pouvais pas tirer sur ton abruti de frangin. Alors, il a enduré une mort bien plus lente… C’est qu’il a la tête dure, tu sais ! Enfin, il avait… Maintenant, je pense que même toi, tu ne pourrais pas le reconnaître !
William tremble de plus en plus. Il hésite. Se relever, se jeter sur lui. Il aura reçu une balle avant même d’être debout, il le sait. Mais ça n’a plus d’importance. Maintenant que Raph n’est plus là, maintenant que sa vie n’a plus de sens.
Pourtant, la douleur le cloue au sol.
Il ne reverra plus son frère, ça le terrasse plus sûrement que n’importe quelle arme.
— Je l’ai battu à mort, relate le psychopathe d’une voix neutre. Ça a pris un certain temps.
— Je vais te buter, souffle William.
— Ah oui ? Et comment ?
Le jeune homme ferme les yeux. C’est la fin. Il n’espère plus qu’une chose, c’est que ce type va l’exécuter. Lui tirer une balle en pleine tête. L’achever.
Parce que ça fait vraiment trop mal.
Sauf que ce n’est pas ce que Raphaël aurait voulu.
Il aurait voulu qu’il survive.
Il aurait voulu la vengeance.
Le regard de William croise celui de Christel.
Elle souffre le martyre.
Attachée, comme lui, mains derrière le dos.
Assise par terre, comme lui, adossée au canapé.
Sandra vient de finir de les ligoter, sous la surveillance de son mari. Qui peut enfin poser l’arme sur la table. Tout est sous contrôle. Il est vraiment le meilleur.
— Bébé, bâillonne cette folle, s’il te plaît. Que je n’entende plus ses gémissements exaspérants. Ça m’épuise…
Sandra reprend le rouleau de scotch, en colle un morceau sur les lèvres de Christel.
Puis elle attend, debout, bras ballants. Elle fixe le sol, faisant en sorte que ses yeux ne croisent surtout pas ceux de William.
— Sandra ?
Elle a un léger sursaut puis se retourne vers son mari.
— Oui ?
— Qu’est-ce que tu attends pour venir embrasser papa, ma chérie ?
CHAPITRE 29
12 h 30
C’est l’heure du déjeuner.
Pour Patrick et Sandra, attablés dans la cuisine mais qui n’ont pas échangé une parole.
Christel a eu droit à un garrot posé à la va-vite par la vétérinaire ; chiffon blanc, désormais rouge, noué autour de sa rotule explosée.
Son front perle de sueur, ses yeux se sont déjà affreusement creusés sous l’effet de la douleur.
— Tu tiens le choc ? chuchote William.
Elle cligne deux fois des paupières pour le rassurer, le jeune homme lui adresse en retour un sourire qui a quelque chose de désespéré.
— Je sais ce que ça fait de recevoir une bastos… Je sais que ça fait mal à en crever. Courage, je vais faire tout ce que je peux pour nous sortir de là, je te le promets.
Cette fois, c’est dans le regard de Christel que se reflète l’abattement. Comment y croire, ne serait-ce qu’un instant ?
Eux qui se prenaient pour les loups dans la bergerie ; eux, devenus agneaux sans défense.
— Je me demande pourquoi ce salaud ne nous a pas butés… Et s’il est pas gendarme, qu’est-ce qu’il est, putain ?
William entend un bruit, relève la tête. Patrick arrive droit sur lui, le jeune homme avale sa salive.
— Pas de messes basses, les enfants…
Pas possible, ce type s’est fait greffer des oreilles bioniques !
Il se campe devant les deux jeunes gens, sa fameuse serviette de table nouée autour du cou, une fourchette à la main.
Visiblement, papa n’est pas du genre à supporter qu’on le dérange en plein repas.
— Je ne veux pas vous entendre, sauf si je vous donne la parole, explique-t-il calmement. Vos parents ne vous ont donc rien appris ?
Christel le fusille du regard. Elle rêve de l’insulter, le bâillon l’en empêche. Elle voudrait le frapper, le scotch l’en empêche. Mais ses yeux félins disent tout, mieux que n’importe quelle injure.
— Toi, il va falloir que je te dresse, sourit Patrick.
Un cri de rage traverse le bâillon, elle tente de lui filer un coup de pied vicelard avec sa jambe valide.
Patrick esquive puis, sans préavis, lui plante la fourchette dans le haut du bras. Le couvert en argent s’enfonce jusqu’au manche, les yeux de Christel manquent de jaillir hors de leurs orbites. Un hoquet soulève sa poitrine, un hurlement reste coincé dans sa gorge.
Patrick retire la fourchette, lentement, avant de la porter à ses lèvres.
— Exquis…
— T’es complètement barge ! s’écrie Will avec horreur.
— Plus un mot, sinon je reviens. Mais cette fois, ce sera avec autre chose qu’une fourchette. Suis-je clair ?
Il rejoint sa femme, qui a assisté à la scène depuis le seuil de la cuisine.