Purgatoire des innocents
- Автор: Giébel Karine
- Год: 2013
- Язык: французский
- Год: Éditions Fleuve Noir
- ISBN: 978-2265097841
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Purgatoire des innocents». Краткое содержание книги:
— Voilà, ce sera parfait ! se réjouit papa. Maintenant, je te laisse faire.
Il ferme la fenêtre à clef, puis la porte. Tout a une serrure, ici. Papa est très organisé.
Il s’installe sur la chaise, non loin du corps de Raphaël. Les jambes croisées, il s’apprête à se délecter du spectacle.
Le premier jour est toujours si particulier. Unique.
Sandra commence par Aurélie.
D’instinct, elle sait que celle-ci ne lui opposera aucune résistance.
« Viens, ma douce, les filles nous attendent… Il faut qu’on aille s’occuper d’elles, maintenant. »
De quelles filles parlait-il ? De ses juments ? Ou… de vraies filles ?
William échafaude un tas d’hypothèses, ne comprend rien à ce qui se passe dans cette maudite baraque.
La seule chose dont il est sûr, c’est qu’ils sont au purgatoire.
La seule chose évidente, c’est que papa est un psychopathe. Un putain de malade mental.
Et qu’ils sont très mal barrés, pour ne pas dire condamnés.
William se concentre avant d’essayer une dernière fois.
Efforts démesurés.
Impossible de se détacher, même en se contorsionnant dans tous les sens.
Alors, épuisé, vaincu par la douleur qui frappe jusque dans sa tête, il abandonne et appuie son crâne contre celui de Christel. Une onde de peur les traverse, les unissant dans la souffrance.
Dans la mort annoncée.
Obéissant aux ordres de son cher mari, Sandra les a attachés dos à dos. Ils sont réunis dans une étreinte qui n’a rien de sensuel. Du scotch au niveau du sternum et du cou.
William a l’impression d’étouffer. Lente strangulation.
Sans compter qu’ils ont toujours les poignets liés dans le dos, les chevilles enroulées dans le ruban adhésif. Contraints d’attendre sagement le retour des tortionnaires dans le silence le plus complet, mis à part les plaintes de Christel qui se vide lentement de son sang.
Tous les deux sont bâillonnés, bien sûr.
« Comme ça, plus de messes basses ! » a ricané papa. « Ils ne pourront rien fomenter contre nous, ma douce… »
Impossible d’échanger la moindre parole, le moindre regard. De se soutenir dans l’épreuve.
Mais Christel parvient à croiser ses doigts avec ceux de Will et les serre éperdument.
Il ferme les yeux, revoit ceux de Sandra. Il a réussi à capter son regard, quelques secondes, pendant qu’elle exécutait sa sale besogne.
Sandra, méconnaissable.
Dire qu’il éprouvait de la sympathie pour cette nana… ! Depuis que son mari a ôté le masque, on dirait que c’est elle qui en a passé un sur son visage. Comme sur ses émotions.
Un robot docile qui obéit aux injonctions de son créateur, sans se poser la moindre question. Il semble avoir pris possession de son âme, la manipule comme un pantin. Simple marionnette dénuée de libre arbitre.
Et on dirait que ça la soulage de s’abandonner ainsi.
Mais ce que Will a vu dans les yeux de Sandra va bien au-delà. Ça le glace encore jusqu’aux os.
Colère, haine, souffrance. Peur.
Jouissance.
Sandra avait vu juste.
Aurélie n’a pas montré le moindre signe de rébellion. Même libérée de ses liens, elle n’a pas osé se révolter, se laissant dévêtir entièrement. Sans un mot, sans un cri.
Les yeux débordants de frayeur, elle a consenti au rituel.
Vêtue d’une sorte de tunique beige en coton épais et rêche qui lui arrive aux genoux, elle est désormais assise sur son lit. Un poignet menotté aux barreaux. Tremblante de la tête aux pieds.
Qu’est-ce que je fais là ? Qu’est-ce qu’ils me veulent ?
Secte ? Sacrifice ?
C’est maintenant au tour de Jessica.
Sandra l’attrape à bras-le-corps, la fait asseoir contre le mur, arrache son bâillon. Puis à l’aide d’une paire de ciseaux, elle découpe le scotch qui lui emprisonne les chevilles.
À partir de ce moment, Jessica engage la lutte. Contrairement à Aurélie, elle n’a pas l’intention de se laisser faire.
Pourtant, hier encore, on aurait juré le contraire. On aurait juré qu’Aurélie se rebellerait et Jessica se montrerait docile.
Aujourd’hui, dans l’adversité, les rôles sont inversés.
— Me touchez pas ! hurle Jessica.
Elle tente de mordre cette inconnue, froide comme la mort. Lui file des coups de pied.
— Du calme, ordonne Sandra. Laisse-toi faire.
— Me touche pas ! Me touche pas !
Sandra parvient à lui ôter ses chaussures et son pantalon avec une étonnante dextérité. Mais il va maintenant falloir libérer ses poignets.
À l’autre bout de la pièce, Patrick sourit. Jessica tient toutes ses promesses, il ne s’est pas trompé.
Sandra n’arrive plus à contenir la furie, il décide donc d’intervenir. Le voyant approcher, l’adolescente se tétanise.
Sandra s’écarte, papa s’accroupit devant la gamine. Il effleure sa joue.
— Alors, Jessica, tu as décidé d’être une mauvaise fille ? Tu veux nous donner du fil à retordre ?
Elle se tait, les yeux exorbités, le souffle court.
— Mais pour qui tu te prends, dis-moi ? Tu crois que je vais laisser une merdeuse faire sa loi ici ?
Il pose une main sur sa jambe nue, elle hurle.
Aurélie aussi.
— Tu as vu ce que j’ai fait à cet homme, tout à l’heure ? Tu veux que je te fasse la même chose ?
Comme elle ne répond toujours pas, il décide de se montrer plus persuasif. Il lui colle une gifle qui l’envoie au tapis. Sa tempe heurte violemment le sol, elle gémit de douleur. Une force colossale la remet d’aplomb, dos à la cloison. Elle sent un liquide chaud couler de son nez, jusque dans sa bouche. Le goût métallique sur sa langue.
En face, le visage de son tortionnaire qui lui sourit.
Un sourire qui a quelque chose de tendre.
— Tu veux que je continue ? Que je te frappe jusqu’à ce que tu en crèves ?
Il balance ces horreurs d’une voix douce et calme.
— Regarde-le, dit-il en la forçant à tourner la tête vers Raphaël.
Jessica se met à pleurer à chaudes larmes.
— Tu veux finir comme lui ? Tu veux que tes parents aillent te voir à la morgue ?
— N… Non ! hurle-t-elle.
— Non ? Alors tu vas te laisser faire, d’accord ?
— Oui… Oui.
— Parfait. Tu vois, je savais que tu pouvais être une gentille fille. C’est pour ça que je t’ai choisie. Alors ne me déçois pas, Jessica.
— Tu crois qu’ils vont nous tuer ? chuchote Aurélie.
Jessica ne répond pas. Elle a encore du mal à respirer. Comme si une main puissante continuait à l’étrangler.
Les deux bourreaux viennent de quitter la pièce. Jessie est assise en face de son amie, sur son matelas pourri.
Dans la même tenue qu’elle. Un poignet menotté à un barreau du lit, comme elle.
Il a fallu qu’elle se déshabille, comme elle, sous le regard du ravisseur. Intolérable humiliation, atteinte à sa pudeur.
Mais ce n’était que le début.
Escortée par la femme, elle a dû ensuite passer dans la pièce d’à côté, celle qui communique avec leur chambre par une porte coulissante. Une sorte d’infâme salle d’eau, avec un lavabo et une baignoire sur pieds.