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Электронная книга - «Souvenirs De La Maison Des Morts». Краткое содержание книги:

La maison des morts, c'est le bagne de Sibérie où Dostoïevsky a purgé comme condamné politique une peine de quatre années de travaux forcés et de six ans de «service militaire». Il faut noter l'actualité des réflexions sur le pouvoir et la violence dont Dostoïevski a parsemé ces Souvenirs. Comment ne pas penser également aux bagnes qui ont marqué ensuite la Russie, à Staline, au Goulag.
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Le cabaretier, non sans quelque respect pour le consommateur et avec une nuance de mépris pour l’ami expansif, car celui-ci boit au compte d’autrui et se fait régaler, prend une tasse et la remplit d’eau-de-vie.

– Non, Stepka (Étiennet), c’est toi qui dois payer, parce que tu me dois de l’argent.

– Eh! Je ne veux pas me fatiguer la langue à te parler, répond Stepka.

– Non, Stepka, tu mens, assure le premier, en prenant la tasse que le cabaretier lui tend – tu me dois de l’argent; il faut que tu n’aies pas de conscience; tiens, tes yeux mêmes ne sont pas à toi, tu les as empruntés comme tu empruntes tout. Canaille, va! Stepka! en un mot, tu es une canaille!

– Qu’as-tu à pleurnicher? regarde, tu répands ton eau-de-vie! Puisqu’on te régale, bois! crie le cabaretier à l’ami expansif – je n’ai pas le temps d’attendre jusqu’à demain.

– Je boirai, n’aie pas peur, qu’as-tu à crier? Mes meilleurs souhaits à l’occasion de la fête, Stépane Doroféitch! dit celui-ci poliment en s’inclinant, sa tasse à la main, du côté de Stepka, qu’une minute auparavant il avait traité de canaille. «Porte-toi bien et vis cent ans, sans compter ce que tu as déjà vécu!» Il boit, grogne un soupir de satisfaction et s’essuie. – En ai-je bu auparavant, de l’eau-de-vie! dit-il avec un sérieux plein de gravité, en parlant à tout le monde sans s’adresser à personne en particulier – mais voilà, mon temps finit. Remercie-moi, Stépane Doroféitch!

– Il n’y a pas de quoi.

– Ah! tu ne veux pas me remercier, alors je raconterai à tout le monde ce que tu m’as fait; outre que tu es une grande canaille, je te dirai…

– Eh bien, voilà ce que je te dirai, vilain museau d’ivrogne? interrompt Stepka qui perd enfin patience. Écoute et fais bien attention, partageons le monde en deux, prends-en une moitié et moi l’autre, et laisse-moi tranquille.

– Ainsi tu ne me rendras pas mon argent.

– Quel argent veux-tu encore, soûlard?

– Quand tu… me le rendras dans l’autre monde, eh bien, je ne le prendrai pas. Notre argent, c’est la sueur de notre front, c’est le calus que nous avons aux mains. Tu t’en repentiras dans l’autre monde, tu rôtiras pour ces cinq kopeks.

– Va-t’en au diable!

– Qu’as-tu à me talonner? Je ne suis pas un cheval.

– File! allons, file!

– Canaille!

– Forçat!

Et voilà les injures qui pleuvent, plus fort encore qu’avant la régalade.

Deux amis sont assis séparément sur deux lits de camp, l’un est de grande taille, vigoureux, charnu, un vrai boucher: son visage est rouge. Il pleure presque, car il est très-ému. L’autre, vaniteux, fluet, mince, avec un grand nez qui a toujours l’air d’être enrhumé et de petits yeux bleus fixés en terre. C’est un homme fin et bien élevé, il a été autrefois secrétaire et traite son ami avec un peu de dédain, ce qui déplaît à son camarade. Ils avaient bu ensemble toute la journée.

– Il a pris une liberté avec moi! crie le plus gros, en secouant fortement de sa main gauche la tête de son camarade. «Prendre une liberté» signifie frapper. Ce forçat, ancien sous-officier, envie secrètement la maigreur de son voisin; aussi luttent-ils de recherche et d’élégance dans leurs conversations.

– Je te dis que tu as tort… dit d’un ton dogmatique le secrétaire, les yeux opiniâtrement fixés en terre d’un air grave, et sans regarder son interlocuteur.

– Il m’a frappé, entends-tu! continue l’autre en tiraillant encore plus fort son cher ami. – Tu es le seul homme qui me reste ici-bas, entends-tu! Aussi je te le dis: il a pris une liberté.

– Et je te répéterai qu’une disculpation aussi piètre ne peut que te faire honte, mon cher ami! réplique le secrétaire d’une voix grêle et polie – avoue plutôt, cher ami, que toute cette soûlerie provient de ta propre inconstance.

L’ami corpulent trébuche en reculant, regarde bêtement de ses yeux ivres le secrétaire satisfait, et tout à coup il assène de toutes ses forces son énorme poing sur la figure maigrelette de celui-ci. Ainsi se termine l’amitié de cette journée. Le cher ami disparaît sous les lits de camp, éperdu…

Une de mes connaissances entre dans notre caserne, c’est un forçat de la section particulière, extrêmement débonnaire et gai, un garçon qui est loin d’être bête, très-simple et railleur sans méchante intention: c’est précisément celui qui, lors de mon arrivée à la maison de force, cherchait un paysan riche, déclarait qu’il avait de l’amour-propre et avait fini par boire mon thé. Il avait quarante ans, une lèvre énorme, un gros nez charnu et bourgeonné. Il tenait une balalaïka, dont il pinçait négligemment les cordes; un tout petit forçat à grosse tête, que je connaissais très-peu, auquel du reste personne ne faisait attention, le suivait comme son ombre. Ce dernier était étrange, défiant, éternellement taciturne et sérieux; il travaillait dans l’atelier de couture et s’efforçait de vivre solitaire, sans se lier avec personne, Maintenant qu’il était ivre, il s’était attaché à Varlamof comme son ombre, et le suivait, excessivement ému, en gesticulant, en frappant du poing la muraille et les lits de camp: il pleurait presque. Varlamof ne le remarquait pas plus que s’il n’eût pas existé. Le plus curieux, c’est que ces deux hommes ne se ressemblaient nullement; ni leurs occupations, ni leurs caractères n’étaient communs. Ils appartenaient à des sections différentes et demeuraient dans des casernes séparées. On appelait ce petit forçat: Boulkine.

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