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Электронная книга - «Souvenirs De La Maison Des Morts». Краткое содержание книги:

La maison des morts, c'est le bagne de Sibérie où Dostoïevsky a purgé comme condamné politique une peine de quatre années de travaux forcés et de six ans de «service militaire». Il faut noter l'actualité des réflexions sur le pouvoir et la violence dont Dostoïevski a parsemé ces Souvenirs. Comment ne pas penser également aux bagnes qui ont marqué ensuite la Russie, à Staline, au Goulag.
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On dîna. Le cochon de lait d’Akim Akimytch était admirablement rôti. Je ne pus m’expliquer comment cinq minutes après la sortie du major il y eut une masse de détenus ivres tandis qu’en sa présence tout le monde était encore de sang-froid. Les figures rouges et rayonnantes étaient nombreuses; des balalaïki [22] firent bientôt leur apparition. Le petit Polonais suivait déjà en jouant du violon un riboteur qui l’avait engagé pour toute la journée et auquel il raclait des danses gaies. La conversation devint de plus en plus bruyante et tapageuse. Le dîner se termina cependant sans grands désordres. Tout le monde était rassasié. Plusieurs vieillards, des forçats sérieux, s’en furent immédiatement se coucher, ce que fit aussi Akim Akimytch qui supposait probablement qu’on devait absolument dormir après dîner les jours de fête. Le vieux-croyant de Starodoub, après avoir quelque peu sommeillé, grimpa sur le poêle, ouvrit son livre; il pria la journée entière et même fort tard dans la soirée, sans un instant d’interruption. Le spectacle de cette «honte» lui était pénible, comme il le disait. Tous les Tcherkesses allèrent s’asseoir sur le seuil; ils regardaient avec curiosité, mais avec une nuance de dégoût, tout ce monde ivre. Je rencontrai Nourra: «Aman, Aman, me dit-il dans un élan d’honnête indignation et en hochant la tête, – ouh! Aman! Allah sera fâché!» Isaï Fomitch alluma d’un air arrogant et opiniâtre une bougie dans son coin et se mit au travail, pour bien montrer qu’à ses yeux ce n’était pas fête. Par-ci par-là des parties de cartes s’organisaient. Les forçats ne craignaient pas les invalides, on plaça pourtant des sentinelles pour le cas où le sous-officier arriverait à l’improviste, mais celui-ci s’efforçait de ne rien voir. L’officier de garde fit en tout trois rondes; les détenus ivres se cachaient vite, les jeux de cartes disparaissaient en un clin d’œil; je crois qu’au fond il était bien résolu à ne pas remarquer les désordres de peu d’importance. Être ivre n’était pas un méfait ce jour-là. Peu à peu tout le monde fut en gaieté. Des querelles commencèrent. Le plus grand nombre cependant était de sang-froid, en effet il y avait de quoi rire rien qu’à voir ceux qui étaient sortis. Ceux-là buvaient sans mesure. Gazine triomphait, il se promenait d’un air satisfait près de son lit de camp, sous lequel il avait caché son eau-de-vie, enfouie à l’avance sous la neige derrière les casernes, dans un endroit secret; il riait astucieusement en voyant les consommateurs arriver en foule. Il était de sang-froid et n’avait rien bu du tout, car il avait l’intention de bambocher le dernier jour des fêtes, quand il aurait préalablement vidé les poches des détenus. Des chansons retentissaient dans les casernes. La soûlerie devenait infernale, et les chansons touchaient aux larmes. Les détenus se promenaient par bandes en pinçant d’un air crâne les cordes de leur balalaïka, la touloupe jetée négligemment sur l’épaule. Un chœur de huit à dix hommes s’était même formé dans la division particulière. Ils chantaient d’une façon supérieure avec accompagnement de guitares et de balalaïki. Les chansons vraiment populaires étaient rares. Je ne me souviens que d’une seule, admirablement dite:

Hier, moi jeunesse

J’ai été au festin…

C’est au bagne que j’entendis une variante à moi inconnue auparavant. À la fin du chant étaient ajoutés quelques vers:

Chez moi jeunesse,

Tout est arrangé.

J’ai lavé les cuillers,

J’ai versé la soupe aux choux,

J’ai gratté les poteaux de porte,

J’ai cuit des pâtés.

Ce que l’on chantait surtout, c’étaient les chansons dites «de forçats». L’une d’elles, «Il arrivait…», tout humoristique, raconte comment un homme s’amusait et vivait en seigneur, et comme il avait été envoyé à la maison de force. Il épiçait son «bla-manger de Chinpagne», tandis que maintenant

On me donne des choux à l’eau

Que je dévore à me fendre les oreilles.

La chanson suivante, trop connue, était aussi à la mode:

Auparavant je vivais,

Gamin encore, je m’amusais

Et j’avais mon capital…

Mon capital, gamin encore, je l’ai perdu

Et j’en suis venu à vivre dans la captivité…

et cætera. Seulement on ne disait pas capital chez nous, mais copital, que l’on faisait dériver du verbe copit (amasser). Il y en avait aussi de mélancoliques. L’une d’elles, assez connue, je crois, était une vraie chanson de forçats:

La lumière céleste resplendit,

Le tambour bat la diane,

L’ancien ouvre la porte,

Le greffier vient nous appeler.

On ne nous voit pas derrière les murailles

Ni comme nous vivons ici.

Dieu, le Créateur céleste, est avec nous,

Nous ne périrons pas ici… etc.

Une autre chanson encore plus mélancolique, mais dont la mélodie était superbe, se chantait sur des paroles fades et assez incorrectes. Je me rappelle quelques vers:

Mon regard ne verra plus le pays

Où je suis né;

À souffrir des tourments immérités

Je suis condamné toute ma vie.

Le hibou pleurera sur le toit

Et fera retentir la forêt.

J’ai le cœur navré de tristesse,

Je ne serai pas là-bas.

On la chante souvent, mais non pas en chœur, toujours en solo. Ainsi, quand les travaux sont finis, un détenu sort de la caserne, s’assied sur le perron; il réfléchit, son menton appuyé sur sa main, et chante en traînant sur un fausset élevé. On l’écoute, et quelque chose se brise dans le cœur. Nous avions de belles voix parmi les forçats.

Cependant le crépuscule tombait. L’ennui, le chagrin et l’abattement reparaissaient à travers l’ivresse et la débauche. Le détenu qui, une heure avant, se tenait les côtes de rire, sanglotait maintenant dans un coin, soûl outre mesure. D’autres en étaient déjà venus aux mains plusieurs fois ou rôdaient en chancelant dans les casernes, tout pâles, cherchant une querelle. Ceux qui avaient l’ivresse triste cherchaient leurs amis pour se soulager et pleurer leur douleur d’ivrogne. Tout ce pauvre monde voulait s’égayer, passer joyeusement la grande fête, – mais, juste ciel! comme ce jour fut pénible pour tous! Ils avaient passé cette journée dans l’espérance d’une félicité vague qui ne se réalisait pas. Pétrof accourut deux fois vers moi: comme il n’avait que peu bu, il était de sang-froid, mais jusqu’au dernier moment, il attendit quelque chose, qui devait arriver pour sûr, quelque chose d’extraordinaire, de gai et d’amusant. Bien qu’il n’en dit rien, on le devinait à son regard. Il courait de caserne en caserne sans fatigue… Rien n’arriva, rien à part la soûlerie générale, les injures idiotes des ivrognes et un étourdissement commun de ces têtes enflammées. Sirotkine errait aussi, paré d’une chemise rouge toute neuve, allant de caserne en caserne, joli garçon, comme toujours, fort propret; lui aussi, doucement, naïvement, il attendait quelque chose. Peu à peu le spectacle devint insupportable, répugnant, à donner des nausées; il y avait pourtant des choses visibles, mais j’étais tout triste sans motif. J’éprouvais une pitié profonde pour tous ces hommes, et je me sentais comme étranglé, étouffé au milieu d’eux. Ici deux forçats se disputent pour savoir lequel régalera l’autre. Ils discutent depuis longtemps; ils ont failli en venir aux mains. L’un d’eux surtout a de vieille date une dent contre l’autre: il se plaint en bégayant, et veut prouver à son camarade que celui-ci a agi injustement quand il a vendu l’année dernière une pelisse et caché l’argent. Et puis, il y avait encore quelque chose… Le plaignant est un grand gaillard, bien musclé, tranquille, pas bête, mais qui, lorsqu’il est ivre, veut se faire des amis et épancher sa douleur dans leur sein. Il injurie son adversaire en énonçant ses griefs, dans l’intention de se réconcilier plus tard avec lui. L’autre, un gros homme trapu, solide, au visage rond, rusé comme un renard, avait peut-être bu plus que son camarade, mais ne paraissait que légèrement ivre. Ce forçat a du caractère et passe pour être riche; il est probable qu’il n’a aucun intérêt à irriter son camarade, aussi le conduit-il vers un cabaretier; l’ami expansif assure que ce camarade lui doit de l’argent et qu’il est tenu de l’inviter à boire «s’il est seulement ce qu’on appelle un honnête homme».

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[22] Espèce de guitare.

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