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Le bûcher d'un roi

Электронная книга - «Le bûcher d'un roi». Краткое содержание книги:

Le destin des Sept Royaumes est sur le point de basculer. A l’Est, Daenerys, dernière descendante de la Maison Targaryen, secondée par ses terrifiants dragons arrivés à maturité, règne sur une cité de mort et de poussière, entourée d’ennemis. Mais alors que certains voudraient la voir passer de vie à trépas, d’autres entendent rallier sa cause, tel Tyrion Lannister, le Lutin, dont la tête vaut de l’or depuis qu’il s’est rendu coupable du meurtre de son père, Tywin. Au Nord, où se dresse l’immense Mur de glace et de pierre qui garde la frontière septentrionale des Royaumes, Jon Snow, le bâtard de feu Eddard Stark, a été élu 998e Commandant en chef de la Garde de Nuit, mais ses adversaires se dissimulent des deux côtés du Mur, y compris parmi les troupes de Stannis Baratheon qui ont élu domicile dans ces contrées glacées…
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— Mais vous, vous n’étiez pas si timide. » Tyrion voyait assez aisément où l’histoire allait les mener.

« Mon père m’a forgé une longue épée pour marquer mon seizième anniversaire, enchaîna Canard, mais son aspect a tellement plu à Lorent qu’il l’a prise pour lui et que mon foutu père a pas osé la lui refuser. Quand je me suis plaint, Lorent m’a dit face à face que j’avais la main faite pour un marteau, pas pour une épée. Alors, je suis allé chercher un marteau et je l’ai frappé avec, jusqu’à ce qu’il ait les deux bras et la moitié des côtes cassées. Après ça, disons que j’ai dû quitter le Bief un peu précipitamment. J’ai passé la mer pour rejoindre la Compagnie Dorée. Là, j’ai travaillé quelques années à la forge comme apprenti, et puis ser Harry Paisselande m’a pris comme écuyer. Quand Griff en aval a fait savoir qu’il avait besoin de quelqu’un pour aider à former son fils aux armes, Harry m’a envoyé à lui.

— Et Griff t’a adoubé chevalier ?

— Un an plus tard. »

Haldon Demi-Mestre eut un fin sourire. « Raconte à notre petit ami comment tu as hérité de ton nom, vas-y.

— Un chevalier peut pas avoir un seul nom, insista le gaillard, et, ma foi, on se trouvait près d’une mare quand il m’a adoubé, j’ai levé les yeux et j’ai vu des canards, alors… Non, ris pas. »

Juste après le coucher du soleil, ils quittèrent la route pour se reposer dans une cour envahie par les herbes folles près d’un vieux puits de pierre. Tyrion sauta à terre pour dégourdir ses mollets perclus de crampes tandis que Canard et Haldon abreuvaient les chevaux. Un chiendent brun et tenace et des arbrisseaux jaillissaient des interstices des pavés et des murs moussus de ce qui avait dû être une immense demeure de pierre. Après s’être occupés des bêtes, les cavaliers partagèrent un repas simple de porc salé et de haricots blancs froids, arrosé de bière. Tyrion trouva que cette chère modeste le changeait agréablement de tous les riches mets qu’il avait ingurgités en compagnie d’Illyrio. « Ces coffres que nous vous avons apportés, commenta-t-il pendant que tout le monde mastiquait. J’ai d’abord supposé : de l’or pour la Compagnie Dorée. Jusqu’à ce que je voie ser Rolly porter un coffre sur une épaule. S’il était rempli de pièces, il ne l’aurait jamais soulevé aussi aisément.

— Simplement des armures, répondit Canard avec un haussement d’épaules.

— Des vêtements, aussi, intervint Haldon. Des tenues de cour pour l’ensemble du groupe. De belles laines, des velours, des manteaux de soie. On ne se présente pas devant une reine avec une piètre mise… Ni les mains vides. Le maître a eu la bonté de nous fournir des présents convenables. »

Quand se leva la lune, ils étaient remontés en selle, trottant vers l’est sous une mante d’étoiles. L’ancienne route valyrienne luisait devant eux comme un long ruban d’argent qui serpentait par bois et par vaux. Durant un petit moment, Tyrion Lannister se sentit presque en paix. « Lomas Grand-pas a dit vrai. La route est une merveille.

— Lomas Grand-pas ? s’enquit Canard.

— Un scribe, mort depuis longtemps, expliqua Haldon. Il a passé sa vie à voyager de par le monde et à écrire sur les pays qu’il visitait dans deux livres qu’il a appelés Les Merveilles et Les Merveilles de l’homme.

— Un de mes oncles me les a offerts quand j’étais tout enfant, dit Tyrion. Je les ai lus jusqu’à ce qu’ils tombent en pièces.

— Les dieux ont créé sept merveilles, et les mortels, neuf, récita le Demi-Mestre. Quelque peu impie de la part des mortels de dépasser les dieux de deux points, mais que veux-tu ? Les routes de pierre de Valyria comptent parmi les neuf de Grand-pas. La cinquième, je crois.

— La quatrième », corrigea Tyrion, qui avait gravé les seize merveilles dans sa mémoire quand il était jeune. Son oncle Gerion aimait le déposer sur la table au cours des banquets et les lui faire réciter. Et ça ne me déplaisait pas, hein ? Me tenir là, entre les tranchoirs, tous les yeux braqués sur moi, pour prouver quel brillant petit lutin j’étais. Par la suite, des années durant, il avait chéri le rêve de voir le monde un jour pour découvrir par lui-même les merveilles de Grand-pas.

Lord Tywin avait mis fin à cet espoir dix jours avant le seizième anniversaire de son nain de fils, lorsque Tyrion avait demandé à partir accomplir un circuit des neuf Cités libres, ainsi que ses oncles l’avaient fait à son âge. « On pouvait se reposer sur mes frères pour ne point attirer la honte sur la maison Lannister, avait répondu son père. Aucun d’eux n’a encore jamais épousé de catin. » Et lorsque Tyrion lui avait fait observer que, dans dix jours, il serait adulte, libre de voyager à sa guise, lord Tywin avait répliqué : « Nul n’est libre. Seuls les enfants et les imbéciles en croient autrement. Mais va, je t’en prie. Porte la tenue bicolore et fais le poirier pour amuser les seigneurs des épices et les rois des fromages. Veille seulement à payer toi-même ton voyage et abandonne toute idée de retour. » À ces mots, la volonté de défi du garçon s’était écroulée. « Si c’est une occupation utile que tu cherches, tu en auras une », avait alors ajouté son père. Et ainsi, pour marquer son accession à l’âge d’homme, Tyrion avait reçu la charge de toutes les canalisations et citernes à l’intérieur de Castral Roc. Peut-être espérait-il que je tomberais dans l’une d’elles. Mais, sur ce point, Tywin avait été déçu. Jamais les écoulements ne s’étaient mieux effectués que lorsqu’il en avait la charge.

J’ai besoin d’une coupe de vin, pour laver ma bouche du goût de Tywin. Une outre ferait encore mieux l’affaire.

Ils chevauchèrent toute la nuit, Tyrion dormant par à-coups, somnolant contre le pommeau pour se réveiller en sursaut. De temps en temps, il commençait à glisser de côté sur la selle, mais ser Rolly l’empoignait et le redressait d’une saccade. Quand arriva l’aube, le nain avait mal aux jambes et les fesses râpées et échauffées.

Ce fut le jour suivant qu’ils atteignirent le site de Ghoyan Drohe, planté au bord du fleuve. « La légendaire Rhoyne », dit Tyrion en apercevant le lent cours d’eau verte du sommet d’une butte.

« La Petite Rhoyne, rectifia Canard.

— Ça, on peut le dire. » Une assez charmante rivière, sans doute, mais la moindre branche du Trident est deux fois plus large, et le courant des trois va plus fort. La cité ne lui laissa pas plus vive impression. Ghoyan Drohe n’avait jamais été un très grand centre, Tyrion s’en souvenait à travers les chroniques historiques, mais l’endroit avait eu du charme, une cité de canaux et de fontaines, verdoyante et florissante. Jusqu’à la guerre. Jusqu’à l’arrivée des dragons. Mille ans plus tard, les roseaux et la vase asphyxiaient les canaux, et des mares d’eau stagnante engendraient des nuées de mouches. Les moellons fracassés des temples et des palais s’enlisaient de nouveau dans le sol, et de vieux saules noueux poussaient dru sur les berges.

Au sein de cette misère demeuraient quelques habitants, entretenant de petits jardins parmi les herbes folles. Le bruit des sabots ferrés qui sonnaient sur l’ancienne route valyrienne envoya promptement la plupart d’entre eux dans les terriers hors desquels ils avaient rampé, mais les plus hardis s’attardèrent au soleil, le temps de regarder passer les cavaliers, avec des prunelles ternes et incurieuses. Une fillette nue crottée de boue jusqu’aux genoux semblait incapable de détacher les yeux de Tyrion. Elle n’avait encore jamais vu de nain, comprit-il, et moins encore de nain sans nez. Il fit une grimace et lui tira la langue, et la gamine se mit à pleurer.

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