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Le lundi commence le samedi [Понедельник начинается в субботу - fr]

Электронная книга - «Le lundi commence le samedi [Понедельник начинается в субботу - fr]». Краткое содержание книги:

Vous êtes un programmeur scientifique et très réaliste.
Mais soudain vous voici propulsé dans un institut de chercheurs passionnés pour qui le lundi commence le samedi et qui ont pour collaborateurs : des Pythies, Merlin l’Enchanteur … et un ex-Grand Inquisiteur !
Alors vous commencez à vous poser quelques questions pratiques sur le bon usage de la science et de la technique. Et les réponses que vous trouvez sont tout à fait fantastiques !
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J’allai chez Roman, car j’avais très envie de lui raconter mes aventures. Roman, le menton dans la main, debout devant la table de laboratoire, regardait un petit perroquet vert. Le perroquet était mort, ses yeux étaient voilés d’une pellicule blanchâtre.

— Que lui est-il arrivé ? demandai-je.

— Je ne sais pas. Il est mort comme tu vois.

— Où l’as-tu trouvé ?

— Je suis étonné moi-même, dit Roman.

— Il est peut-être faux ? suggérai-je.

— Mais non, c’est bel et bien un perroquet.

— Vitia a dû s’asseoir une fois de plus sur l’oumklaïdet.

Nous nous penchâmes sur le perroquet pour l’examiner. Une de ses pattes était baguée.

— Photon, lut Roman. — Et des chiffres … Dix-neuf zéro cinq soixante-treize.

— Bien, fit une voix familière.

Nous nous retournâmes.

— Bonjour, dit U-Janus en s’approchant de la table. Il sortait de son laboratoire situé au fond de la pièce. L’expression de son visage était triste et fatiguée.

— Bonjour, Janus Polyeuctovitch, répondîmes-nous d’une seule voix avec toute la déférence possible.

Janus regarda le perroquet et dit : « Bien. » Il prit l’oiseau, très délicatement, très tendrement, caressa son aigrette rouge vif et murmura :

— Hé bien, que t’est-il arrivé, petit Photon ?

Il voulut ajouter quelque chose, mais il se tut après un bref regard dans notre direction. D’un pas lent de vieillard, il alla à un four électrique, ouvrit la porte et jeta le petit corps vert.

— Roman Pétrovitch. Ayez la bonté de l’allumer, s’il vous plaît.

Roman s’exécuta. Il avait l’air de quelqu’un qu’une idée insolite vient de frapper. U-Janus, la tête penchée, attendit quelques instants, puis il ramassa soigneusement la cendre chaude et, ouvrant la fenêtre, dispersa au vent les restes de l’oiseau. Avant de partir, il dit à Roman qu’il désirait le voir dans son bureau d’ici une demi-heure.

— C’est bizarre, murmura Roman en le suivant des yeux.

— Qu’est-ce qui est bizarre ?

— Tout est bizarre.

Moi aussi, je trouvais étrange la présence de ce perroquet vert que Janus Polyeuctovitch avait l’air de si bien connaître, cette crémation, ces cendres jetées au vent, mais je brûlais de l’envie de raconter mon voyage dans le futur décrit. Roman écoutait, distrait, le regard ailleurs, hochant la tête à contretemps. Soudain, il me dit : « Continue, continue, j’écoute … », se pencha pour prendre la corbeille à papier qui était sous la table et se mit à fouiller dans les paperasses et les morceaux de bande magnétique. Quand j’eus terminé mon récit, il me demanda :

— Ce Sedlovoï, il n’a pas essayé de voyager dans le présent décrit ? A mon avis, ce serait beaucoup plus amusant.

Pendant que je méditais cette suggestion et appréciais l’humour de Roman, celui-ci renversa le contenu de la corbeille par terre.

— Qu’y a-t-il ? Tu as perdu le brouillon de ta thèse ?

— Tu comprends, Sacha, dit-il en me regardant d’un air absent, c’est vraiment étonnant. Hier, j’ai nettoyé le four et j’y ai trouvé une plume verte à demi calcinée. Je l’ai jetée dans la corbeille et elle n’est plus là.

— Quelle plume ?

— Tu comprends, les oiseaux verts sont très rares sous nos latitudes. Le perroquet qu’on vient de brûler était vert.

— Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? La plume, tu l’as trouvée hier.

— C’est bien ça le hic, dit Roman en remettant les saletés dans la corbeille.

III

Les vers ne sont pas naturels, personne ne parle en vers … Ne vous abaissez jamais jusqu’à la poésie, mon garçon.

Ch. Dickens.

Le lendemain matin, quand j’entrai dans la salle d’électronique, Aldan n’était toujours pas réparé. Les techniciens, assis par terre, furieux de n’avoir pas dormi, vouaient Cristobal Junta à tous les diables. Ils le traitaient de Scythe, de Barbare, de Hun qui aurait jeté son dévolu sur la cybernétique. Leur désespoir était si grand qu’ils écoutèrent mes conseils et essayèrent de les suivre. Mais quand leur patron arriva, ils m’éloignèrent tout de suite de l’ordinateur. Je m’installai à mon bureau et observai Sabaoth Baalovitch Un aux prises avec la machine.

Il était très vieux, mais solide et vigoureux. Il avait le teint hâlé, sa calvitie brillait, ses joues étaient soigneusement rasées. Son costume de tussor blanc était impeccable. Nous éprouvions tous de la vénération pour lui. Je l’avais entendu un jour admonester Modeste Matviéievitch, et le terrible administrateur, respectueusement incliné, répétait : « Oui. C’est de ma faute ? Cela ne se reproduira plus … » Une énergie monstrueuse émanait de toute sa personne. Nous avions remarqué qu’en sa présence les montres avançaient et que les pistes des particules élémentaires, déformées par un champ magnétique, se redressaient. Mais il n’était pas magicien. Magicien en exercice tout au moins. Il ne passait plus les murailles, ne translatait personne et ne se fabriquait jamais de doubles bien qu’il travaillât énormément. Directeur du service de Maintenance, il connaissait dans leurs moindres détails tous les appareils de l’institut. Il était aussi ingénieur-conseil de l’usine de Technique Magique de Kitejgrad. De plus, il s’occupait de toutes sortes de choses fort éloignées de sa profession.

Je n’avais appris son histoire que tout récemment. Aux premiers temps du monde, Sabaoth Baalovitch Un avait été le grand mage de l’univers. Cristobal Junta et Gian Giacomo étaient les disciples de ses disciples. En son nom, on chassait les esprits malfaisants. En son nom, on cachetait les bouteilles de djinns. Le roi Salomon lui avait écrit des lettres enthousiastes et avait érigé des temples en son honneur. Il paraissait tout puissant, et vers le milieu du xvie siècle, il l’était devenu. En trouvant la solution numérique de l’équation intégro-différentielle de la Perfection Suprême, posée par je ne sais quel titan avant la période glaciaire, il avait acquis la possibilité d’accomplir n’importe quel prodige. Chaque mage a ses limites. Certains ne sont pas capables de réduire la végétation des oreilles. D’autres maîtrisent parfaitement la loi généralisée de Lomonossov-Lavoisier, mais sont impuissants devant le deuxième principe de thermodynamique. D’autres, — ils sont très peu nombreux — peuvent arrêter le temps, mais uniquement dans l’espace riemannien et ce pour une brève durée. Sabaoth Baalovitch était tout-puissant. Il pouvait tout. Et il ne pouvait rien. Parce que la condition limite de l’équation de la Perfection était que le prodige ne fît de tort à personne. A aucun être raisonnable. Ni sur terre ni dans une autre partie de l’univers. Or personne, pas même Sabaoth Baalovitch, ne pouvait imaginer un pareil prodige. Sabaoth Baalovitch abandonna pour toujours la magie et devint le directeur du service de Maintenance de l’institut.

Sa venue au laboratoire arrangea tout. Les mouvements devinrent rationnels, les plaisanteries acerbes s’arrêtèrent. Je pris un dossier et me préparais à travailler quand Stella, le mignonne sorcière aux yeux gris, stagiaire chez Vybegallo, vint me chercher pour préparer le prochain journal mural. Stella et moi faisions partie du comité de rédaction, nous composions les poésies satiriques, les fables et les légendes des caricatures. De plus, c’était moi qui dessinais la boîte aux idées vers laquelle volent des lettres ailées. En principe, le dessinateur du journal était mon homonyme, Alexandre Ivanovitch Drozd, opérateur de cinéma, entré à l’institut par je ne sais quelle voie. Mais il était plutôt spécialisé dans les titres. Le rédacteur en chef était Roman Oïra-Oïra, le rédacteur-adjoint Volodia Potchkine.

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