Le lundi commence le samedi [Понедельник начинается в субботу - fr]
- Автор: Стругацкий Аркадий Натанович, Стругацкий Борис Натанович
- Год: 1974
- Язык: французский
- Год: Éditions Denoël
- Переводчик: Bernadette du Crest
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Le lundi commence le samedi [Понедельник начинается в субботу - fr]». Краткое содержание книги:
Mais soudain vous voici propulsé dans un institut de chercheurs passionnés pour qui le lundi commence le samedi et qui ont pour collaborateurs : des Pythies, Merlin l’Enchanteur … et un ex-Grand Inquisiteur !
Alors vous commencez à vous poser quelques questions pratiques sur le bon usage de la science et de la technique. Et les réponses que vous trouvez sont tout à fait fantastiques !
— Sacha, dit Stella en me fixant de ses honnêtes yeux gris, viens.
— Où ( Je savais très bien où. )
— Faire le journal.
— Pourquoi ?
— Roman te le demande instamment, parce que Cerbère aboie. Il ne reste que deux jours et rien n’est prêt.
Cerbère Psoiévitch Diomine, le chef du personnel, était le tuteur et le censeur de notre journal.
— Écoute, on le fera demain, d’accord ?
— Demain, je ne peux pas, dit Stella. Demain je pars pour Soukhoumi. Enregistrer des babouins. Vybegallo dit qu’il faut enregistrer le chef. Il a peur d’en approcher parce que le singe le jalouse. Allez, viens, Sacha.
Je so.upirai, rangeai mes papiers et suivis Stella, parce que, seul, j’étais incapable de faire des vers. C’était toujours elle qui trouvait le premier vers et l’idée directrice. En poésie, c’est l’essentiel, il me semble.
— Où va-t-on ? demandai-je. Au comité local ?
— C’est occupé. Alfred se fait passer un savon. Pour le thé. Mais Roman veut bien qu’on aille chez lui.
— Il faut parler de quoi ? Des douches encore ?
— Oui, de ça aussi. Des douches, du mont Chauve. Il faut stigmatiser Homa Brutus.
— Brutus Homa est un goujat.
— Toi aussi, Brutus, dit Stella.
— Ça c’est une idée. Il faudra la développer.
Dans le laboratoire de Roman, le journal, une grande feuille de papier Whatman absolument vierge, était étalé sur la table. A côté, parmi les pots de gouache, les pulvérisateurs et les textes, il y avait Alexandre Drozd, la cigarette aux lèvres. Sa chemise, ouverte comme toujours, laissait voir son ventre poilu et rebondi.
— Bonjour, dis-je.
— Salut, répondit Drozd tout en tournant les boutons de son transistor.
— Alors, qu’est-ce que vous avez là-dedans ? dis-je en ramassant pêle-mêle les papiers.
Les articles n’étaient pas très nombreux. Il y avait l’éditorial qui s’intitulait : « Préparons ce jour de fête ». Une note de Cerbère Psoiévitch, « Résultats de l’analyse de l’état d’exécution des ordres de la direction sur la discipline du travail pendant la fin du premier trimestre et le début du second ». Un article du professeur Vybegallo : « Notre devoir, c’est celui que nous avons envers les exploitations urbaines et régionales que nous parrainons ». Un compte rendu de Volodia Potchkine sur la « Conférence nationale de magie électronique ». Une lettre de domovoï « Quand se décidera-t-on à installer le chauffage central à vapeur au troisième étage ? ». Un article du président du comité de la cantine : « Ni chair ni poisson », six pages serrées tapées à la machine. Il commençait par ces mots : « L’homme a besoin de phosphore autant que d’air ». Une note de Roman sur les travaux du service des Problèmes Inaccessibles. La rubrique « Nos anciens » était illustrée par des souvenirs de Cristobal Junta : « De Séville à Grenade. 1547. » Il y avait encore quelques entrefilets dans lesquels on critiquait : le désordre de la caisse de secours mutuel ; la pagaïe dans l’organisation du travail de l’équipe de pompiers volontaires ; la tolérance de jeux de hasard dans le vivarium. Il y avait quelques caricatures. L’une représentait un Homa Brutus au nez violet. Une autre ridiculisait les douches : on y voyait un garçon tout nu, bleu de froid, grelottant sous une douche glacée.
— Ce n’est pas très drôle, dis-je. Tu crois que c’est la peine de rajouter des vers ?
— Oui, Stella soupira. J’ai essayé toutes les dispositions possibles pour les rubriques, il reste encore de la place.
— Drozd n’a qu’à dessiner quelque chose, des épis de blé, des pensées épanouies. Hein, Alexandre ?
— Travaillez, travaillez, dit Drozd. Je dois faire le titre.
— Tu parles, trois mots.
— Sur un fond de ciel étoilé, ajouta Drozd d’un ton grave. Et une fusée. Plus les titres des articles. Et je n’ai pas encore déjeuné. Et je n’ai même pas déjeuné ce matin.
— Va manger, conseillai-je.
— Je n’ai pas de quoi, maugréa-t-il d’une voix irritée. J’ai acheté un magnétophone. D’occasion. Au lieu de perdre votre temps à des idioties, vous feriez mieux de me faire des sandwiches. Au beurre et à la confiture. Fabriquez-en une dizaine pendant que vous y êtes.
Je sortis un rouble et le lui montrai de loin.
— Quand tu auras fini ton titre, tu l’auras.
— Pour toujours ? dit Drozd avec élan.
— Non, je te l’avance.
— C’est toujours ça … Seulement, dis-toi bien que je vais mourir. Les spasmes ont déjà commencé. Mes extrémités refroidissent.
— Il ment, affirma Stella. Sacha, mettons-nous à cette table et travaillons.
Nous disposâmes les caricatures devant nous dans l’espoir que l’inspiration viendrait. Puis Stella dit :
— A Brutus prenez garde, il faut toujours qu’il chaparde.
— Chaparde ? Il a volé quelque chose ?
— Non, il s’est battu et il a fait du scandale. C’était pour la rime.
Nous attendîmes de nouveau l’inspiration.
— Raisonnons logiquement, proposai-je. Nous avons Homa Brutus. Il s’est saoulé, il s’est bagarré. Qu’a-t-il fait encore ?
— Il a accosté des jeunes filles, dit Stella. Il a cassé des carreaux.
— Bon. Quoi encore ?
— Il a été grossier.
— C’est bizarre, intervint Drozd. J’ai travaillé à la cabine de projection avec ce Brutus. Je l’ai trouvé tout à fait normal.
— Et alors ? dis-je.
— Ben, rien …
— Tu peux nous donner une rime à Brutus ?
— Minus.
— Ça ne va pas.
Stella récita d’un ton inspiré :
— Camarade, devant toi, Brutus le mauvais sujet, Ramène-le dans la bonne voie, à coups de martinet.
— Non, dit Drozd. Vous faites l’éloge des châtiments corporels.
— Tu as fini ton titre ? demandai-je.
— Non, répondit Drozd d’un ton malicieux.
— Eh bien, fais-le !
— Les ivrognes comme Brutus, déshonorent notre institut, dit Stella.
— Ça, c’est bien, approuvai-je. On le mettra à la fin. Note-le. Ça fera une morale, neuve et originale.
— Qu’est-ce qu’elle a d’original ? demanda le candide Drozd.
Je ne daignai pas lui répondre.
— Maintenant, il faut décrire tous ses méfaits, dis-je. Par exemple : il s’est battu comme un chiffonnier, il a juré comme un charretier.
— C’est très mauvais, décréta Stella.
Je me pris la tête dans les mains et regardai la caricature. Drozd, penché en avant, nous présentait son postérieur. Il avait les jambes en cerceau dans ses jeans trop étroits. J’eus une inspiration. « Les genoux sens devant derrière ! » dis-je. Comme dans la chanson !
— Il était un petit grillon, les genoux sens devant derrière, dit Stella.
— Oui, confirma Drozd sans se retourner. Moi aussi je la connais : « Tous les invités s’en allèrent, les genoux sens devant derrière », chanta-t-il.
— Attends, attends. Je me sentais inspiré. Il s’est bagarré hier, voilà le résultat, traîné au commissariat, les genoux sens devant derrière.
— Pas mal, apprécia Stella.
— Tu comprends, encore deux strophes, et comme refrain, les genoux sens devant derrière. Étant rond comme une bille, il a couru après les filles. Quelque chose dans ce genre-là …