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Le lundi commence le samedi [Понедельник начинается в субботу - fr]

Электронная книга - «Le lundi commence le samedi [Понедельник начинается в субботу - fr]». Краткое содержание книги:

Vous êtes un programmeur scientifique et très réaliste.
Mais soudain vous voici propulsé dans un institut de chercheurs passionnés pour qui le lundi commence le samedi et qui ont pour collaborateurs : des Pythies, Merlin l’Enchanteur … et un ex-Grand Inquisiteur !
Alors vous commencez à vous poser quelques questions pratiques sur le bon usage de la science et de la technique. Et les réponses que vous trouvez sont tout à fait fantastiques !
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De nouveau, la pénombre d’un temps aspatial m’enveloppa. Je ne pouvais détacher mes yeux du Mur de Fer, j’étais dévoré de curiosité. Pour ne pas perdre de temps, je parcourus d’un trait un million d’années. Des bouquets de champignons atomiques montaient dans le ciel, de l’autre côté du mur. Je me réjouis quand la lumière jaillit de nouveau, mais quand je me fus arrêté je poussai un cri de désappointement.

L’imposant Panthéon-Refrigerator se dressait à proximité. Un stelloplane sphérique rouillé descendait du ciel. L’endroit était désert, les blés ondulaient. La sphère se posa. Le pilote en combinaison bleue en sortit ; la jeune fille en rose, couverte d’escarres, se montra sur le seuil du Panthéon. Ils se dirigèrent l’un vers l’autre et se prirent par la main. Gêné, je détournai les yeux. Le pilote bleu et la jeune fille rose commencèrent à parler.

Je descendis de ma machine pour me dégourdir les jambes et m’aperçus alors que le ciel au-dessus du mur était d’une pureté inhabituelle. On n’entendait ni bruit d’explosions ni crépitement d’armes à feu. Enhardi, je me dirigeai vers l’embrasure de communication.

De l’autre côté du mur s’étendait un champ absolument plat, coupé en deux par un profond fossé. A gauche du fossé, il n’y avait pas âme qui vive, le champ était parsemé de petites coupoles métalliques à ras du sol. A droite, au fond de l’horizon, des cavaliers caracolaient. Je vis aussi un homme en armure, à la peau sombre, assis au bord du fossé, les jambes pendantes. Une sorte de mitraillette à très gros canon pendait sur sa poitrine. L’homme mâchait lentement, crachait à tout instant et me regardait sans manifester beaucoup d’intérêt. Tout en tenant la porte, je l’observais sans oser engager la conversation. Il avait l’air vraiment bizarre. Un peu sauvage. Dieu sait qui ça pouvait être.

Il sortit une bouteille plate de son armure, la déboucha avec les dents, but au goulot, cracha dans le fossé et dit d’une voix enrouée :

— Hello ! You from that side ?

— Oui, répondis-je. C’est-à-dire, yes.

— And how is it gowing on out side ?

— So, so. And how is it gowing on here ?

— It is O. K., dit-il flegmatiquement.

Au bout d’un certain temps, je lui demandai ce qu’il faisait ici. Au début il se montra réticent, puis il bavarda. Il me dit qu’à gauche du fossé, l’humanité vivait ses derniers jours sous la botte de robots cruels. Les robots étaient devenus plus intelligents que les hommes, s’étaient emparés du pouvoir, jouissaient de tous les agréments de la vie et avaient relégué les hommes sous terre, et là, les malheureux travaillaient à la chaîne. A droite du fossé, sur le territoire qu’il gardait, les hommes avaient été réduits en esclavage par des êtres venus d’une planète voisine. Eux aussi s’étaient emparés du pouvoir, avaient imposé un régime féodal et usaient pleinement du droit de cuissage. Ils menaient la belle vie, et les hommes qui étaient dans leurs bonnes grâces récoltaient quelques faveurs par-ci, par-là. A vingt milles d’ici, dans la direction du fossé, se trouvait un pays où les hommes avaient été réduits en esclavage par des créatures, débarquées d’Altaïr, des virus doués de raison qui envahissaient le corps de l’homme et l’obligeaient à se soumettre à leur volonté. Encore plus loin à l’ouest, il y avait une grande colonie de la Fédération Galactique. Les hommes, là aussi, étaient réduits en esclavage, mais leur vie était supportable, parce que son excellence le gouverneur général les engraissait pour la boucherie et enrôlait certains d’entre eux dans la garde personnelle de A-u 3 562, Sa Majesté l’empereur de Galaxie. Il existait aussi des régions colonisées par des parasites, par des plantes, par des minéraux doués de raison. Et enfin, au-delà des montagnes, s’étendaient des terres colonisées par des êtres au sujet desquels on racontait des histoires invraisemblables …

Il s’interrompit lorsque des soucoupes volantes passèrent au-dessus de nous en lâchant des bombes qui faisaient des loopings. « Ça recommence … », grogna l’homme. — Il se mit à plat ventre, leva sa mitraillette et ouvrit le feu sur les cavaliers qui cavalcadaient dans le lointain. Je reculai, fermai la porte et, le dos au mur, écoutai les bombes siffler, hurler et gronder. Le pilote en bleu et la fille en rose, sur les marches du Panthéon, ne se décidaient pas à conclure leur dialogue. Je regardai prudemment par la porte : les globes de feu des explosions grossissaient lentement au-dessus de la plaine. Les cloches métalliques se soulevaient l’une après l’autre, il en sortait des hommes barbus, pâles, déguenillés, tenant des leviers à la main. Des cavaliers en armure sabraient mon interlocuteur de tout à l’heure qui criait et se protégeait avec sa mitraillette …

Je fermai la porte et abaissai soigneusement le loquet.

Je me remis en selle. J’avais envie de parcourir des millions d’années encore, de voir la Terre agonisante décrite par Wells, mais quelque chose s’était détraqué dans ma machine, l’embrayage ne marchait pas. J’appuyai une fois, deux fois, puis une troisième fois de toutes mes forces, j’entendis une détonation, les blés mouvants se dressèrent, j’eus l’impression de me réveiller. J’étais assis sur l’estrade de la petite salle de conférences. Des regards admiratifs étaient posés sur moi.

— Que se passe-t-il avec l’embrayage ? demandai-je. en cherchant du regard la machine, disparue. J’étais revenu seul.

— Ça ne fait rien ! s’écria Louis Sedlovoï. Je vous remercie infiniment. Vous m’avez rendu un fier service … C’était vraiment intéressant, n’est-ce pas, camarades ?

L’auditoire fit entendre un murmure d’assentiment.

— Mais j’ai déjà lu tout ça quelque part, fit d’un ton sceptique l’un des grands maîtres du premier rang.

— Mais voyons ! Mais bien sûr, voyons ! dit Louis. Puisqu’il a voyagé dans un avenir décrit !

— C’était plutôt maigre comme aventures … dirent, dans le fond, les amateurs de bataille navale. Des parlotes, rien que des parlotes …

— Là alors, je n’y suis pour rien … répliqua Sedlovoï, très ferme.

— Comme parlotes, ça se pose là, déclarai-je en descendant de l’estrade. Je me rappelai mon interlocuteur à peau sombre, haché menu et je me sentis mal à l’aise.

— Non, pourquoi … intervint un bachelier. Il y a eu des moments intéressants. Cet engin, vous vous rappelez, à quateurs trigènes … Vous savez, c’est …

— Alors ? dit Poupkov-Zadny, j’ai l’impression que le débat est engagé. Quelqu’un a-t-il des questions à poser à l’orateur ?

Le bachelier posa immédiatement une question sur la transmission temporelle ( le coefficient d’élargissement du volume l’intéressait, voyez-vous ça ) et je m’éclipsai discrètement.

J’éprouvais une sensation bizarre. Tout me paraissait solide, consistant, substantiel. Quand les gens passaient, j’entendais craquer leurs chaussures, je sentais l’air qu’ils déplaçaient en marchant. Tous étaient avares de leurs paroles, tous travaillaient, tous pensaient, personne ne pérorait, ne récitait de vers, ne prononçait des discours pathétiques. Tous savaient qu’un laboratoire est une chose et qu’une tribune d’orateur en est une autre. Quand je croisai Vybegallo dans ses bottes de feutre, je ressentis pour lui comme un élan de sympathie, parce qu’il avait dans la barbe de la bouillie, qu’il se curait les dents avec un long clou et qu’il ne me salua pas. C’était un malotru bien vivant, visible et tangible, il ne faisait pas de grands gestes, il ne prenait pas de poses solennelles.

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