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Les zinzins d'Olive-Oued [Moving Pictures - fr]

Электронная книга - «Les zinzins d'Olive-Oued [Moving Pictures - fr]». Краткое содержание книги:

La manivelle tourne…
Et les diablotins se décarcassent dans la boîte à images.
Car un alchimiste d’Ankh-Morpork a découvert la magie des images animées. Une activité fébrile s’empare d’une colline déserte au bord de l’océan : Olive-Oued.

Du friçon ! De l’aventure !
Avec les étoiles
**Victor Marasquino**
et **Delorès de Vyce**
Et avecque mille éléfants !
Une daibauche de passionne et de grands aiscaliers sur fond d’hystoire tumulte-tueuse :
QUAND S’EMPORTE LE VENT D’AUTAN
Après le pestacle, l’Antre à Côtes de Harga vous attend.
Sa cuisine gaz trop gnomique.
Mais les rêves d’Olive-Oued cachent un noir mystère qui menace le Disque-monde.
Il était une fois à Olive-Oued…
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— Sûrement une histoire d’alliance avec des puissances effroyables, fit Gaspode.

— La ville, la colline, le vieux bouquin, tout ça, reprit Victor en l’ignorant. Tout se tient, mais je voudrais bien savoir ce qui les relie. »

Il sortit dans les premières heures de la soirée, dans les lumières et le bruit d’Olive-Oued.

« Demain, quand il fera jour, on montera là-haut et on réglera la question une fois pour toutes, dit-il.

— Non, fit Gaspode. Pour la bonne raison que demain on va à Ankh-Morpork, tu t’rappelles ?

— Comment ça : on ? Ginger et moi, d’accord. Toi, je ne sais pas.

— Lazzi aussi. Moi, je…

— Bon chien, Lazzi !

— Ouais, ouais. J’ai entendu les dresseurs en causer. Alors, faut que j’l’accompagne pour m’assurer qu’il lui arrive rien, comme qui dirait. »

Victor bâilla. « Bon, moi, je vais me coucher. Faudra sûrement partir tôt. »

Gaspode regarda innocemment d’un côté puis de l’autre de la ruelle. Quelque part une porte s’ouvrit et un rire d’ivrogne s’en échappa.

« Je m’disais que j’pourrais p’t-être faire un p’tit tour avant de m’pieuter, proposa-t-il. Montrer à Lazzi…

— Bon chien, Lazzi !

— … les coins intéressants et tout. »

Victor n’avait pas l’air convaincu. « Ne le fais pas traîner trop tard, conseilla-t-il. On va s’inquiéter.

— Ouais, d’accord, dit Gaspode. B’nuit. »

Le chien s’assit et suivit des yeux le départ de Victor.

« Huh, fit-il dans un souffle fétide. Est-ce qu’on s’inquiète pour moi ? » Il leva un regard mauvais sur Lazzi qui se mit docilement d’un bond au garde-à-vous.

« D’accord, mon p’tit toutou à sa mémère, reprit-il. L’est temps qu’on s’occupe de ton éducation. Leçon numéro un : boire des coups à l’œil dans les bars. T’as du bol, ajouta-t-il, de m’avoir rencontré. »

Sur le coup de minuit, deux silhouettes canines remontaient la rue d’une démarche titubante.

« Nous sommes de pauvres ’tits agneaux, hurlait Gaspode, perrrdus dans la nature…

— Wouf ! Wouf ! Wouf !

— Des ’tits moutons perdus qu’ont… qu’ont… » Gaspode s’affaissa et se gratta une oreille, du moins il gratta là où il croyait vaguement trouver une oreille. Sa patte effectua dans le vide des moulinets désordonnés. Lazzi lui jeta un regard de sympathie.

Une soirée incroyablement bonne. Gaspode avait toujours obtenu ses coups à boire gratuits en s’asseyant sur son derrière et en regardant fixement un client jusqu’à ce que l’autre, gêné, lui verse un peu de bière dans une soucoupe avec l’espoir que l’importun s’en irait après avoir bu. Une technique lente et fastidieuse mais qui avait porté ses fruits. Tandis que Lazzi…

Lazzi faisait des tours. Lazzi savait boire à la bouteille. Lazzi arrivait à aboyer le nombre de doigts qu’on lui montrait ; Gaspode aussi, bien entendu, mais il ne lui était jamais venu à l’idée qu’on pouvait récompenser ce genre de pratiques.

Lazzi pouvait mettre le cap sur une jeune femme qu’un soupirant intéressé sortait pour la soirée, lui poser la tête sur les genoux et la regarder avec des yeux si mélancoliques que le gars lui payait une soucoupe de bière et un sachet de biscuits en forme de poissons dans le seul but d’impressionner la petite amie en puissance. Gaspode n’avait jamais été capable de faire ça, parce qu’il était trop court sur pattes pour poser le museau sur des genoux, et que de toute façon il ne déclenchait que des cris de dégoût s’il s’y avisait.

Il s’était réfugié sous la table, dans un silence d’abord de réprobation embarrassée, puis de réprobation alcoolisée, vu que Lazzi était la générosité personnifiée quand il s’agissait de partager des soucoupes de bière.

Maintenant qu’on les avait tous deux flanqués dehors, Gaspode estima que le moment était venu d’une leçon sur la vraie chiennerie.

« Faut pas t’himulier comme ça. T’hulimier. Thumilier comme ça d’vant les humains, dit-il. Ça rabaisse toute l’espèce. On s’débarrassera jamais du joug d’l’homme si des chiens comme toi frétillent d’la queue dès qu’ils voient des gens, ’rsonnellement, ça m’a écœuré, ton numéro de t’coucher sur l’dos et d’faire le mort, moi j’te l’dis.

— Wouf.

— T’es qu’un chien à la solde des impérialistes bipèdes », l’accusa durement Gaspode.

Lazzi se croisa les pattes sur le museau.

Gaspode voulut se mettre debout, se mélangea les jambes et s’assit lourdement. Au bout d’un moment deux grosses larmes roulèrent sur son pelage.

« ’videmment, fit-il. J’ai jamais eu ma chance, t’sais. » Il réussit à se rétablir sur ses quatre pattes. « Tiens, mes débuts dans la vie, déjà. J’té à l’eau dans un sac. Oui, dans un sac. L’pauvre ’tit chien, il ouvre les yeux, r’garde émerveillé l’monde autour de lui, comme qui dirait, et il est dans un sac. » Les larmes lui gouttèrent du museau. « Pendant quinze jours, j’ai pris la brique pour ma mère.

— Wouf, compatit Lazzi mais manifestement sans comprendre.

— Coup de veine, on m’avait j’té dans l’Ankh, poursuivit Gaspode. Dans n’importe quelle autre rivière, je me s’rais noyé avant de me r’trouver au paradis des chiens. Paraît qu’y a un gros chien noir fantomatique qui s’amène quand on meurt pour dire que l’heure est menue. Tenue. Venue. »

Le regard de Gaspode se perdit dans le vide. « Mais on peut pas couler dans l’Ankh, reprit-il d’un air songeur. Un fleuve drôlement compac’, l’Ankh.

— Wouf.

— On f’rait pas ça à un chien. Façon de parler.

— Wouf. »

Gaspode posa un regard trouble sur la mine épanouie, éveillée, irrévocablement stupide de Lazzi. « Tu comprends pas un putain d’mot de c’que j’raconte, hein ? marmonna-t-il.

— Wouf ! répondit Lazzi en faisant le beau.

— P’tit veinard », soupira Gaspode.

Il y eut du tapage à l’autre bout de la ruelle. Il entendit une voix s’exclamer : « Il est là-bas ! Viens, Lazzi ! Viens, mon chien ! » Chaque mot dégoulinait de soulagement.

« C’est l’patron, grogna Gaspode. T’es pas obligé d’y aller.

— Bon chien, Lazzi ! Lazzi, bon chien ! aboya Lazzi qui s’en fut d’un petit trot obéissant quoique mal assuré.

— On t’a cherché partout ! marmonna un des dresseurs en levant un bâton.

— Lui tape pas dessus ! fit le second. Tu ficherais tout en l’air. » Il fouilla la ruelle des yeux et croisa le regard de Gaspode qui le fixait.

« C’est le sac à puces qui traîne partout, dit-il. Il me flanque la trouille, celui-là.

— Balance-lui quelque chose », suggéra l’autre.

Le dresseur baissa la main et ramassa un caillou. Lorsqu’il se releva, la ruelle était vide. Soûl comme à jeun, Gaspode avait dans certains cas d’excellents réflexes.

« Tu vois, fit le dresseur en lançant un regard mauvais à l’obscurité. On dirait qu’il lit dans les pensées.

— C’est qu’un clébard, le rassura son compagnon. T’inquiète pas. Viens, on va mettre celui-là en laisse et le ramener avant que m’sieur Planteur s’en aperçoive. »

Lazzi rentra docilement sur leurs talons au Siècle de la Roussette et se laissa enchaîner à sa niche. Peut-être n’appréciait-il pas trop, mais c’était difficile d’y voir clair dans le fatras de devoirs, d’obligations et de semblants d’émotions qui peuplait ce qu’il fallait bien appeler, faute d’un meilleur mot, son cerveau.

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