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Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi

Электронная книга - «Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi». Краткое содержание книги:

Hortense est à Londres et c'est toujours hyper compliqué entre elle et Gary.
Mais dans le monde de la mode, elle se débrouille pour avancer.
Hortense n'a aucun scrupule, a un but, et y arrive systématiquement.
Et puis Gary est assez sexy avec sa musique et sa détermination.
Joséphine est à Paris.
Elle fait la bonne mère de famille, soutient son HDR, peine à se remettre à l'écriture...
Et a une vie sentimentale proche du néant.
Zoé, la petite dernière, grandit et s'épanouit tandis que Shirley, outre Manche, se sent vieille, inutile et refuse d'aimer.
Philippe et Alexandre sont aussi à Londres et méditent sur la vacuité de l'existence.
Marcel et Josiane cohabitent avec un surdoué, c'est pas évident mais assez marrant.
Et la méchante Henriette est maintenue en vie par son avarice et sa perversité.
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Il m’appelle comme ça, my boy. Comme s’il créait un lien entre nous. La première fois qu’il m’a dit ça, j’ai sursauté, je croyais avoir mal entendu ! Et, en plus, quand il a dit my boy il m’a regardé droit dans les yeux avec douceur et intérêt… J’étais tout secoué.

Il faut au moins cinq cents petits détails pour faire une bonne impression, il a ajouté. Crois-moi, my boy, j’ai travaillé longtemps sur les détails, et à cinquante-huit ans, je sais de quoi je parle… Je l’ai regardé jouer la scène et j’étais foudroyé. Il entre dans le rôle et en sort comme s’il ôtait sa veste. Ma vie ne sera plus jamais la même depuis qu’il m’a parlé. C’est comme s’il n’était plus Cary Grant, le type que je voyais dans Paris Match en photo, mais Cary… Cary, rien que pour moi.

Il paraît qu’Audrey Hepburn a accepté de tourner le film à la seule condition qu’il soit son partenaire… Elle l’adore ! Il y a une scène très drôle dans le film où elle lui dit :

— Vous savez ce qui cloche chez vous ?

Il la regarde, inquiet, et dans un grand sourire, elle répond :

— Rien.

Et c’est vrai que rien ne cloche chez lui…

Il y a un acteur français dans le film. Il s’appelle Jacques Marin. Il ne parle pas anglais ou très peu, alors on lui écrit tous ses dialogues en phonétique. C’est très rigolo et ça fait rire tout le monde…

8 décembre 1962.

Ça y est ! On est devenus amis. Quand j’arrive sur le plateau et qu’il n’est pas en train de tourner ou de parler avec quelqu’un, il me fait un petit signe de la main. Un petit hello qui signifie, hé ! je suis content de te voir… et je deviens tout rouge.

Entre deux scènes, il vient me voir et il me pose plein de questions sur ma vie. Il veut tout savoir, mais je n’ai pas grand-chose à lui raconter. Je dis que je suis né à Mont-de-Marsan, ça le fait rire Mont-de-Marsan, que mon père dirige les Charbonnages de France, qu’il a fait Polytechnique, la plus grande école supérieure de France, que je suis fils unique, que je viens d’avoir mon bac avec mention Très Bien et que j’ai dix-sept ans…

Il me dit que, lui, à dix-sept ans, il avait déjà vécu mille vies… Il en a de la chance ! Il m’a demandé si j’avais une petite amie et je suis encore devenu tout rouge ! Mais il a fait comme s’il ne le voyait pas. Il est très délicat…

S’il savait qu’il y a une fille, la fille d’amis de mes parents, qui m’est “réservée” depuis longtemps, il serait étonné. Elle est rousse, sèche et elle a les mains moites. Elle s’appelle Geneviève. À chaque fois qu’elle vient avec ses parents, on la place à côté de moi à table et je ne sais pas quoi lui dire. Elle a de la moustache au-dessus de la lèvre. Les parents nous regardent en disant c’est normal, ils sont timides, et j’ai envie de jeter ma serviette et de m’enfuir dans ma chambre. Elle a mon âge, mais elle pourrait aussi bien en avoir le double. Elle ne m’inspire rien du tout. Elle ne mérite pas le nom de petite amie.

Lui, il est amoureux d’une actrice qui s’appelle Dyan Cannon. Il m’a montré sa photo. Moi, je la trouve trop maquillée, avec trop de cheveux, trop de cils, trop de dents, trop de tout… Il m’a demandé mon avis et je lui ai juste dit qu’elle portait un peu trop de fond de teint à mon goût et il m’a dit qu’il était d’accord. Il se bagarre avec elle pour qu’elle soit plus naturelle. Il déteste le maquillage, il est bronzé tout le temps et affirme que c’est le meilleur maquillage du monde. Il paraît qu’elle va venir à Paris pour Noël. Ils ont prévu de réveillonner avec Audrey Hepburn et son mari, Mel Ferrer, dans la grande maison qu’ils habitent dans la banlieue ouest de Paris. Audrey Hepburn, elle est très tatillonne avec ses tenues. Elle en possède trois identiques de chaque au cas où… et c’est un couturier français qui l’habille. Toujours… »

La minuterie s’éteignit et Joséphine se retrouva dans le noir. Elle se leva, tâtonna à la recherche de l’interrupteur, finit par le trouver et garda sa lampe de poche allumée pour la fois prochaine. Elle se rassit en faisant bien attention à ne pas glisser sur des épluchures.

« Il se préoccupe du moindre détail. Il passe tout à la loupe, les costumes – même ceux des figurants –, les décors, les répliques et fait refaire ou réécrire dès qu’il n’est pas d’accord. Cela coûte une fortune à la production et j’entends des gens qui rouspètent en disant qu’il ne serait pas aussi exigeant si c’était lui qui payait, sous-entendant qu’il est radin… Il n’est pas radin. Il m’a offert une très belle chemise de chez Charvet parce qu’il trouvait que la mienne avait un col trop court. Je la porte tout le temps. Je la lave moi-même à la main avec du savon. Mes parents disent que ce n’est pas convenable d’accepter des cadeaux d’un étranger, que ce film me tourne la tête et qu’il est grand temps que je me concentre sur mes études… J’apprends l’anglais, je leur dis, j’apprends l’anglais et ça me servira toute ma vie. Ils disent qu’ils ne voient pas à quoi ça peut servir pour faire Polytechnique.

Je ne veux pas faire Polytechnique…

Je ne veux pas me marier. Je ne veux pas avoir d’enfants.

Je veux être…

Je ne sais pas encore…

Il est obsédé par son cou. Il fait faire toutes ses chemises sur mesure avec un col très haut pour cacher son cou qu’il trouve trop épais… Ses costumes sont faits à Londres et, quand il les reçoit, il prend un mètre et vérifie que toutes les mesures sont bonnes !

Il m’a raconté que lors de ses premiers essais devant une caméra pour un grand studio de cinéma – j’ai oublié le nom ! Ah ! si, Paramount… –, on l’avait rejeté à cause de son cou et de ses jambes arquées ! Et on l’avait trouvé trop joufflu ! La honte ! C’était juste avant le krach de 1929. Les théâtres à New York fermaient les uns après les autres et il s’était retrouvé à la rue. Obligé de faire l’homme-sandwich monté sur des échasses avec des réclames dans le dos pour un restaurant chinois ! Et le soir, pour gagner de l’argent, il faisait escort boy. Il accompagnait des femmes et des hommes seuls dans des soirées. C’est comme ça qu’il a appris à être élégant…

Tant qu’il a vécu à New York, il a connu la pauvreté et la solitude. Sa vie a changé à vingt-huit ans, quand il est parti pour Hollywood. Mais jusque-là, il m’a dit en souriant les temps étaient vraiment durs pour moi… Dix ans de petits boulots, de rejets, de ne pas savoir où il allait dormir, comment il allait manger. Tu ne sais pas ce que c’est, toi, my boy… hein ? Et j’ai eu un peu honte de ma vie si rangée, si organisée.

Petit à petit, je vais tout connaître de sa vie…

Il continue à m’appeler my boy et j’aime beaucoup ça…

Je suis assez surpris qu’il s’intéresse à moi. Il dit qu’il m’aime bien. Que je suis différent des garçons américains. Il me fait parler de ma famille. Il dit que souvent dans la vie, on épouse des gens qui ressemblent à nos parents et qu’il faut éviter de faire ça parce que l’histoire se répète et que c’est sans fin.

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