Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi
- Автор: Pancol Katherine
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi». Краткое содержание книги:
Mais dans le monde de la mode, elle se débrouille pour avancer.
Hortense n'a aucun scrupule, a un but, et y arrive systématiquement.
Et puis Gary est assez sexy avec sa musique et sa détermination.
Joséphine est à Paris.
Elle fait la bonne mère de famille, soutient son HDR, peine à se remettre à l'écriture...
Et a une vie sentimentale proche du néant.
Zoé, la petite dernière, grandit et s'épanouit tandis que Shirley, outre Manche, se sent vieille, inutile et refuse d'aimer.
Philippe et Alexandre sont aussi à Londres et méditent sur la vacuité de l'existence.
Marcel et Josiane cohabitent avec un surdoué, c'est pas évident mais assez marrant.
Et la méchante Henriette est maintenue en vie par son avarice et sa perversité.
Elle n’était plus que onzième.
— J’ai dit qu’il ne restait plus que dix dossiers, répéta l’assistante en fixant Hortense.
— Et moi, j’ai décidé que je ne savais pas compter, répliqua Hortense dans un grand sourire.
— Comme vous voulez, répondit l’assistante d’un air pincé en faisant demi-tour.
Quand la dernière candidate fut repartie avec son dossier sous le bras, Hortense alla frapper à la porte de Miss Farland.
L’assistante lui ouvrit avec un petit sourire supérieur.
— Je veux un dossier…, dit Hortense.
— Je vous avais prévenue, il n’en reste plus…
— Je veux voir miss Farland.
L’assistante haussa les épaules comme s’il était inutile d’insister.
— Dites-lui que j’ai travaillé avec Karl Lagerfeld et que j’ai une lettre de recommandation, signée de sa main…
L’assistante hésita. Fit entrer Hortense et lui demanda d’attendre.
— Je vais voir ce que je peux faire…
Elle revint et demanda à Hortense de la suivre.
Miss Farland était assise derrière un long bureau ovale en verre. Un trait de femme : brune, la peau sur les os, le teint blafard, des lunettes noires immenses, un chignon banane en aile de corbeau, un rouge à lèvres hurlant et de grosses boucles d’oreilles dorées qui lui mangeaient les joues. Maigre, si maigre qu’on voyait à travers.
Elle demanda à son assistante de les laisser et tendit la main pour prendre la lettre de Karl.
— Je n’ai pas de lettre. Je n’ai jamais travaillé avec M. Lagerfeld. J’ai bluffé, dit Hortense sans trembler. Je veux ce job, il est pour moi. Je vais vous épater. J’ai vingt mille idées. Je suis une travailleuse acharnée et rien ne me fait peur.
Miss Farland la dévisagea, étonnée.
— Et vous pensez que ça va marcher, votre baratin ?
— Oui. Je n’ai pas vingt ans, je suis française et je suis en seconde année à Saint-Martins. En première année, ils en prennent soixante-dix sur mille… Le thème de mon défilé ? Sex is about to be slow. Kate Moss a porté un de mes modèles… Ça, en revanche, je peux vous le prouver, j’ai le DVD et des articles de presse… et enfin, je sais que je suis meilleure que les cinquante autres candidats.
Miss Farland détailla le manteau noir cintré, les manches retroussées, le jean Balmain, la grosse ceinture Dolce & Gabbana, la besace Hermès, la montre Rolex et sa main gantée de noir effleura la pile de dossiers.
— Vous êtes bien plus que cinquante candidats, vous devez être une centaine… rien que pour aujourd’hui !
— Alors je suis meilleure que cent candidats !
Miss Farland esquissa un sourire qui se retenait d’être aimable.
— Ce job est pour moi…, répéta Hortense, repérant immédiatement la faille.
— Ils ont été sélectionnés parce qu’ils sont bons, qu’ils ont déjà fait leurs preuves…
— Ils ont fait leurs preuves parce qu’on leur a donné une chance. Une première chance… Donnez-moi ma première chance.
— Ils ont de l’expérience…
— Moi aussi, j’ai de l’expérience. J’ai travaillé avec Vivienne Westwood et Jean-Paul Gaultier. Ils n’ont pas eu peur de me faire confiance, eux. Et moi aussi, j’ai essayé mes premiers modèles sur mon ours en peluche à l’âge de six ans !
Miss Farland sourit encore et ouvrit un tiroir pour y chercher un dossier supplémentaire.
— Vous ne le regretterez pas…, poursuivit Hortense qui sentait qu’il ne fallait pas diminuer la pression. Un jour, vous pourrez dire que vous avez été la première à me donner ma chance, on viendra vous interviewer, vous ferez partie de ma légende…
Miss Farland semblait beaucoup s’amuser.
— Je n’ai plus de dossiers, je vais voir si mon assistante en a encore un, miss…
— Cortès. Hortense Cortès. Comme le conquistador. Retenez bien ce nom…
Miss Farland rejoignit son assistante dans la pièce voisine. Hortense les entendit parler. L’assistante disait qu’il ne restait plus de dossiers, miss Farland insistait.
Elle resta assise. Balançant ses longues jambes croisées. Observa le bureau en désordre. L’agenda gribouillé de rendez-vous et de numéros de téléphone. Remarqua le poudrier Shiseido, le tube de rouge Mac, le vaporisateur CHANCE de Chanel, des stylos-feutres, des stylos plume, des stylos bille, des stylomines, des stylos chromés, des stylos dorés et un long porte-plume planté dans un encrier.
Il n’y avait pas de photos d’enfant ni de mari. Elle allait passer les fêtes seule. Le visage nu, la bouche pâle, les cheveux pendant en mèches sales, de vieilles savates aux pieds, la pluie cogne contre les carreaux, le téléphone ne sonne pas, elle le soulève pour voir s’il marche, elle compte les jours avant de retourner au bureau… Tristes fêtes !
Son regard continua à balayer le bureau et tomba sur la pile de dossiers. L’épaisse pile des candidats déjà sélectionnés.
Comment remplit-on ce genre de truc ? Jamais fait ça, moi.
C’est pas tout de repartir avec un dossier, encore faut-il savoir le remplir… Donner suffisamment d’éléments intéressants pour que le formulaire ne finisse pas en boule dans une corbeille.
Elle se leva d’un bond, ouvrit son sac, y enfouit une dizaine de dossiers. Elle s’inspirerait du CV de ses rivaux pour pimenter et étoffer le sien et supprimerait en outre quelques candidatures.
Elle referma son sac, se rassit, reprit le lent balancement de sa jambe droite sur sa jambe gauche, compta les stylos sur le bureau un par un et respira profondément.
Quand Miss Farland revint, elle trouva Hortense sagement assise, son sac sur les genoux. Elle lui tendit une grosse enveloppe.
— À rapporter rempli demain… Dix-sept heures, dernière limite ; il n’y aura aucun délai pour les retardataires. Compris ?
— Compris.
— Vous avez du culot. J’aime ça…
Miss Farland avait un beau sourire.
Hortense s’appliqua à lire les dossiers volés avant de remplir le sien.
Elle butina des informations.
Ajouta à son cursus un séjour humanitaire au Bangladesh, deux stages en entreprise, s’inspira du récit d’une décoratrice de théâtre, emprunta l’expérience d’un assistant photographe, inventa un tournage publicitaire en Croatie…
Elle inscrivit son adresse, son mail, son numéro de téléphone portable.
Déposa le dossier à quinze heures dix sur le bureau de Miss Farland.
Et partit prendre l’Eurostar, direction les vacances, Noël et Paris.
Elle avait glissé, dans une enveloppe libellée au nom de Miss Farland, un stylo avec une tour Eiffel dorée qui clignotait dans le noir.
Deuxième partie
Souvent la vie s’amuse.
Elle nous offre un diamant, caché sous un ticket de métro ou le tombé d’un rideau. Embusqué dans un mot, un regard, un sourire un peu nigaud.
Il faut faire attention aux détails. Ils sèment notre vie de petits cailloux et nous guident. Les gens brutaux, les gens pressés, ceux qui portent des gants de boxe ou font gicler le gravier, ignorent les détails. Ils veulent du lourd, de l’imposant, du clinquant, ils ne veulent pas perdre une minute à se baisser pour un sou, une paille, la main d’un homme tremblant.
Mais si on se penche, si on arrête le temps, on découvre des diamants dans une main tendue…
Ou dans une poubelle.
C’est ce qui arriva à Joséphine en cette nuit du 21 décembre.
La soirée avait bien commencé.
Hortense rentrait d’Angleterre et la vie tout à coup s’accélérait. Mille choses à raconter, mille projets, mille chansons à fredonner, mille affaires à laver et ce chemisier plein de plis à repasser, mille aventures palpitantes et fais-moi penser à appeler Marcel pour lui demander… et des téléphones, et des listes, et tu savais que, et dis-moi pourquoi, et cette aventure merveilleuse qu’elle conta à sa mère et à sa sœur, assises dans la cuisine : l’histoire des vitrines de Harrods. Tu te rends compte, maman, tu te rends compte, Zoétounette, je vais avoir deux vitrines et mon nom écrit en grand sur Brompton Road dans Knightsbridge ! Deux vitrines « Hortense Cortès » dans le magasin le plus fréquenté de Londres ! Oh d’accord ! pas le plus chic ni le plus subtil, mais celui où traînent le plus de touristes, le plus de milliardaires, le plus de gens à l’affût de mon talent unique, magnifique !