Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi
- Автор: Pancol Katherine
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi». Краткое содержание книги:
Mais dans le monde de la mode, elle se débrouille pour avancer.
Hortense n'a aucun scrupule, a un but, et y arrive systématiquement.
Et puis Gary est assez sexy avec sa musique et sa détermination.
Joséphine est à Paris.
Elle fait la bonne mère de famille, soutient son HDR, peine à se remettre à l'écriture...
Et a une vie sentimentale proche du néant.
Zoé, la petite dernière, grandit et s'épanouit tandis que Shirley, outre Manche, se sent vieille, inutile et refuse d'aimer.
Philippe et Alexandre sont aussi à Londres et méditent sur la vacuité de l'existence.
Marcel et Josiane cohabitent avec un surdoué, c'est pas évident mais assez marrant.
Et la méchante Henriette est maintenue en vie par son avarice et sa perversité.
Iphigénie se mordait l’intérieur de la joue pour ne pas être tentée de lui envoyer une giclée de colère. L’assistante se taisait, mais sa bouche esquissait un petit sourire qui disait qu’elle n’était pas près d’être remplacée par cette femme têtue, mal embouchée. Puis le téléphone sonna et elle rejoignit son bureau pour répondre.
— Mais c’est quoi, ces questions ? demanda Iphigénie. Qu’est-ce que ça a à voir avec le fait que je puisse répondre au téléphone, remplir des papiers et organiser des rendez-vous ?
— Je veux savoir quel genre de personne vous êtes et si vous pouvez vous intégrer au sein de notre équipe. Nous sommes trois spécialistes, nous avons une belle clientèle et je ne veux prendre aucun risque. Je peux vous dire déjà que vous me semblez un peu véhémente pour la vie en groupe…
— Mais vous n’avez pas le droit de me demander tout ça. C’est ma vie personnelle, c’est pas votre business !
— Mauvais langage, releva l’homme en pointant un doigt sur elle, mauvais langage !
Il avait l’index droit jauni par le tabac et tentait de dissimuler son tabagisme en vaporisant du muguet bon marché dans son bureau. Il se parfume au Canard W-C pour faire oublier son vice, pensa Iphigénie, les dents serrées.
— Vous accumulez les mauvais points en ne répondant pas…
— Je vous demande, moi, si vous faites votre lit, de quel côté vous dormez et si vous mettez du lait dans votre café ? Et pourquoi vous fumez comme une cheminée ? Et pourtant, je vais devoir vivre avec vous aussi ! Je ne postule pas pour être votre femme, mais votre secrétaire ! Je la plains, d’ailleurs, votre pauvre femme !
L’homme devint alors tout mou, son menton s’affaissa, ses lèvres tremblèrent, il sembla soulevé par une houle de désespoir et s’effondra sur lui-même en disant :
— Elle est morte ! Elle est morte, la semaine dernière ! Un cancer foudroyant…
Il y eut un long silence. Iphigénie fixait les pieds du podologue, deux belles chaussures lustrées noires à lacets, et espérait le retour de l’assistante. Une autre tasse de thé avec une autre soucoupe et un sachet de thé. L’homme semblait ne plus pouvoir s’arrêter et reniflait en cherchant à tâtons dans ses tiroirs quelque chose qui pourrait lui servir de mouchoir.
— Vous voyez où ça mène de poser des questions qui n’ont rien à voir avec un entretien professionnel ! Vous voulez que je sorte pour que vous vous remettiez en place ?
Il secoua la tête, trouva enfin un mouchoir, s’y précipita en faisant un bruit de forge.
Puis il reprit en s’agrippant à son bloc :
— Vous avez déjà tenu un secrétariat médical ?
— Ah ! Ben voilà une question honorable, l’encouragea Iphigénie.
Elle lui relata, d’une voix douce, maternelle, l’histoire du docteur Truc et du docteur Muche. Détailla son rôle au sein du cabinet. Ses qualités. Son sens de l’organisation, son habileté avec les patients, sa compassion… Précisa qu’elle pouvait travailler à l’ancienne, s’il le fallait, avec un crayon et du papier ou à l’aide d’un ordinateur. Qu’elle savait créer des dossiers informatiques ou des dossiers cartonnés, faire des enveloppes kraft pour chaque client avec une feuille blanche où sont notées toutes les informations, prendre des notes en dictée, tenir l’agenda des rendez-vous, répondre au téléphone. Elle ajouta qu’elle connaissait le vocabulaire médical et savait l’orthographier. Elle omit de lui dire qu’elle n’avait aucun diplôme. Omit aussi de lui livrer l’exacte vérité sur son départ. Préféra raconter que, pour le bien-être de ses enfants, pour être présente quand ils rentraient de l’école, elle avait accepté un emploi de gardienne dans un immeuble du seizième arrondissement.
Il se redressa dans son costume d’homme-tronc, essuya ses yeux encore humides de ses petits doigts fins. Rangea son mouchoir dans sa poche. Promit de l’appeler en fin de semaine et de lui donner une réponse. Il demanda encore s’il pouvait interroger ses précédents employeurs. Iphigénie opina en priant le Ciel que ces derniers restent discrets sur la raison de son départ.
Il ne posa plus aucune question et ne se leva pas quand elle quitta la pièce.
Elle venait de refermer la porte quand elle s’entendit rappeler.
— Oui ? demanda-t-elle en passant la tête.
L’homme avait repris de l’assurance. Il bombait le buste pour effacer le souvenir de son effusion lacrymale et enfonçait les pouces dans la ceinture de son pantalon ; le petit sourire qui tordait la commissure droite de ses lèvres rétablissait la hiérarchie qu’il entendait bien imposer.
— Vous ne voulez toujours pas me dire si vous vivez seule ou accompagnée ?
Zoé ouvrit le paquet de Petit Écolier et pensa tout de suite que ce n’était pas une bonne idée. Si Gaétan venait à Paris pendant les vacances de Noël, il fallait qu’elle soit svelte et sans boutons. Or le Petit Écolier était le plus sûr moyen d’être grosse et boutonneuse. Qu’est-ce qui rend le véritable Petit Écolier si unique ? disait le slogan sur le paquet. Qu’il est bourré de calories et mauvais pour le teint ! répondit Zoé en tentant de résister.
Il était dix-sept heures quinze. Elle avait rendez-vous avec Gaétan sur MSN.
Il avait un quart d’heure de retard et elle s’alarmait. Il avait rencontré une autre fille, il l’avait oubliée, il était trop loin, elle n’était pas assez près, il était si beau, elle était moche…
À dix-sept heures vingt-cinq, elle mordit dans un Petit Écolier. Le problème avec le Petit Écolier, c’est qu’on ne peut pas n’en manger qu’un. On est obligé d’enchaîner. Sans prendre le temps de déguster. On ne garde même pas le goût du bon chocolat dans la bouche. Et il faut aussitôt entamer un nouveau paquet.
Elle l’avait presque englouti quand le message de Gaétan s’afficha.
« T’es là ? »
Elle tapa « oui, ça va ? » et il répondit « bôf ! bôf ! ».
« Tu veux que je te raconte un truc formidable ? »
Il répondit « si tu veux… » avec un Smiley qui faisait la tronche et elle s’élança. Elle raconta l’histoire du cahier noir retrouvé par sa mère dans les poubelles et clama sa joie pour qu’il sourie et se réjouisse avec elle.
« Tu sais, c’est idiot, mais j’ai tout dans ce cahier… Y a même la fois où on a fait fondre des Chamallows dans la cheminée du salon… Tu te rappelles ? »
« T’as de la chance d’avoir une mère qui s’occupe de toi. La mienne, elle me donne envie de pleurer. Elle a fait venir un brocanteur pour vendre des meubles parce qu’elle dit qu’elle les supporte plus, ils lui rappellent sa vie d’avant, mais moi je sais que c’est parce qu’elle n’a plus le sou. Elle n’a pas payé l’électricité, ni le téléphone, ni la télé toute neuve ni rien du tout. Elle donne sa carte de crédit sans réfléchir, sans compter… Quand une facture arrive, elle la met dans un tiroir. Quand le tiroir est plein, elle jette tout ce qu’y a dedans… et elle recommence ! »
« Ça va s’arranger, tes grands-parents vont l’aider… »
« Ils en ont marre. Elle arrête pas de faire des conneries… Tu sais, parfois il m’arrive de regretter quand mon père était là… »
« Peux pas dire ça tout de même… T’étais tout le temps en colère contre lui… »
« Ben, maintenant je suis tout le temps en colère contre elle… Tu sais, là, en ce moment, elle est au téléphone avec le Chauve… Et elle rit avec un rire ! Il sonne si faux, son rire. Elle y met plein de sous-entendus sexuels, ça m’agace, mais ça m’agace ! et puis après, elle joue à la petite fille qui boude. »
« Le Chauve de chez Meetic ? Elle le voit toujours ? »
« Elle dit qu’il est formidable et qu’ils vont se marier. Je crains le pire. Quand on croit avoir fini avec les malheurs, ils reviennent, et ça fait chier, Zoé… Je voudrais tant avoir une vraie famille. Avant, on était une vraie famille, maintenant… »