Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi
- Автор: Pancol Katherine
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi». Краткое содержание книги:
Mais dans le monde de la mode, elle se débrouille pour avancer.
Hortense n'a aucun scrupule, a un but, et y arrive systématiquement.
Et puis Gary est assez sexy avec sa musique et sa détermination.
Joséphine est à Paris.
Elle fait la bonne mère de famille, soutient son HDR, peine à se remettre à l'écriture...
Et a une vie sentimentale proche du néant.
Zoé, la petite dernière, grandit et s'épanouit tandis que Shirley, outre Manche, se sent vieille, inutile et refuse d'aimer.
Philippe et Alexandre sont aussi à Londres et méditent sur la vacuité de l'existence.
Marcel et Josiane cohabitent avec un surdoué, c'est pas évident mais assez marrant.
Et la méchante Henriette est maintenue en vie par son avarice et sa perversité.
« Tu fais quoi à Noël ? »
« Maman, elle part avec le Chauve. Elle veut nous laisser seuls à la maison. Elle dit qu’elle veut une nouvelle vie et c’est comme si elle voulait pas de nous dans sa nouvelle vie. Elle nous exclut, elle a pas le droit de faire ça ! J’ai demandé si on pouvait partir avec elle et elle a dit non, je veux pas de vous. Je veux tout recommencer. Et tout recommencer, c’est faire sans nous… »
« Elle dit ça parce qu’elle est malheureuse. Tu sais, elle a dû être drôlement secouée quand même… Elle est passée de la vie de couvent à la liberté, elle est paumée. »
« … et puis ma chambre, elle est minuscule, et Domitille, elle est pas possible. Elle fait un trafic dingue avec des mecs louches, ça va mal finir. La nuit, elle monte sur le toit et elle fume en parlant des heures au téléphone avec sa copine Audrey. Elles sont bourrées de thunes toutes les deux. Je me demande d’où vient cet argent… »
« Viens passer Noël chez nous. Suis sûre que maman serait d’accord… et si ta mère est pas là, en plus… »
« Le soir de Noël, on est chez mes grands-parents, c’est après qu’elle s’en va… »
« Ben alors, t’es libre après… Maman peut appeler tes grands-parents, si tu veux… »
« Ben non… parce qu’elle leur a pas dit qu’elle partait et qu’elle nous laissait. Elle a dit qu’elle nous emmenait au ski pour qu’ils lui donnent de l’argent. Mais ils sont pas cons, ils vont bien s’en apercevoir. Elle s’en fiche ! »
« Et les autres ? qu’est-ce qu’ils disent ? »
« Charles-Henri est muet. Ça fait peur tellement il est muet ! Domitille, elle s’est fait tatouer Audrey en bas du dos ! Tu te rends compte ! Si mes grands-parents s’en aperçoivent, on est morts ! Elle se balade à poil dans la maison fière comme un coq blindé de plumes alors que c’est juste une poule d’eau lamentable, une oie sans bec, un pigeon dégueulasse de Paris… »
« Oh là là ! T’es en colère, toi ! »
« Et quand elle a fumé, elle se met à quatre pattes et elle avance en disant merde ! ça doit être horrible d’être un chien handicapé ! Déjà que normalement, tu dois marcher à quatre pattes, alors quand t’en as une de moins, t’es mal ! Elle délire. »
« Viens chez moi, ça te changera les idées… »
« Je vais voir comment je peux m’arranger… J’en ai marre, mais marre ! Vivement que ça finisse ! mais je vois pas comment ça peut finir bien… »
« Dis pas ça… Et en classe ? »
« Ça, ça va. C’est le seul endroit où j’ai la paix. Sauf qu’il y a Domitille qui se fait tout le temps remarquer. Les profs la sacquent un max parce qu’elle respecte rien… »
« Les gens, ils savent ? Pour vous ? »
« Je crois pas. En tout cas, ils m’en parlent pas. Je préfère… Manquerait plus que ça ! »
« Essaie de venir à Noël. Moi, je vais demander à maman, toi, tu t’arranges… »
« OK. Je te laisse parce qu’elle a raccroché et elle va vouloir lire par-dessus mon dos ! Ciao ! »
Pas un mot doux. Pas un mot d’amoureux. Pas un mot qui fasse pousser des fleurs dans son cœur. Il était tellement en colère qu’il ne lui parlait plus jamais avec de beaux mots comme avant. Ils ne faisaient plus jamais des voyages imaginaires. Ils ne disaient plus on part à Vérone et on va s’embrasser sous le balcon des Capulet. Ils restaient chacun dans leur coin. Lui avec ses soucis, sa mère, sa sœur, le Chauve, et elle avec une grande envie qu’il lui parle d’elle. Qu’il lui dise qu’il la trouvait belle, qu’elle avait le zazazou et tout et tout.
Ce qu’il fallait, c’était lui enlever tous ces drames de la tête.
Il se sentait responsable de sa mère, de sa sœur, des factures. Il restait coincé dans une nouvelle vie à laquelle il ne comprenait rien. Il n’avait plus de boussole.
Il n’a plus que moi comme boussole, soupira Zoé.
Et elle se sentit aussi forte qu’une boussole qui ne perd jamais le nord.
Elle regarda le paquet de Petit Écolier, le renversa. Il en tomba un. Elle le prit, le porta à la bouche, se ravisa, appela Du Guesclin et le lui tendit.
— Tu t’en fiches, tu peux grossir, toi… Et puis, t’auras jamais de boutons… C’est vrai, ça, les chiens, ils n’ont jamais de boutons.
Ils n’ont ni boutons ni amoureux qui les attriste. Les chiens, ils sont heureux avec un seul Petit Écolier. Ils se lèchent les babines et remuent la queue. Sauf que Du Guesclin, il n’avait plus de queue. On ne savait jamais s’il était content. Ou alors il fallait déchiffrer ses yeux.
Elle sauta sur ses pieds et courut demander à sa mère si Gaétan pouvait venir chez elles à Noël.
Iphigénie était assise dans la cuisine et tenait son sac du dimanche sur ses genoux, un beau sac imitation croco avec fermeture imitation Hermès. Fallait vraiment avoir les yeux dessus pour s’apercevoir que c’était du plastique. Elle avait les cheveux d’une seule couleur et Zoé ne la reconnut pas tout de suite. Non seulement ses cheveux ne pavoisaient pas, mais ils étaient tout plats. Ils pendaient de chaque côté du visage comme un voile de veuve antique.
Elle était en train de raconter à Joséphine son entretien chez un médecin podologue et semblait très irritée.
— Sous prétexte qu’on cherche un emploi, est-ce qu’il faut se laisser traiter comme du bétail, madame Cortès ? Je vous le demande…
— Non… Vous avez raison, Iphigénie. C’est très important de garder sa dignité.
— Pfft ! Dignité ! C’est un mot du passé !
— Justement non ! Il faut le réhabiliter… Vous ne vous êtes pas laissé faire et c’est très bien.
— Elle coûte cher, la dignité ! C’est sûr qu’il ne va pas m’embaucher. Je n’ai pas été assez docile, mais quand même il m’a posé de ces questions ! J’ai pas pu faire autrement que de lui répondre que ça le regardait pas…
Les deux femmes demeurèrent silencieuses. Iphigénie tripotait la fermeture de son sac crocodile en plastique et Joséphine se mordait les lèvres à la recherche d’une stratégie pour sauver Iphigénie. Le poste de radio dans la cuisine jouait un air de jazz et Zoé reconnut la trompette de Chet Baker. Elle tendit l’oreille pour écouter le nom du morceau et vérifier qu’elle ne s’était pas trompée, mais la voix d’Iphigénie couvrit celle de l’animateur de TSF Jazz :
— On va faire quoi, alors, madame Cortès ?
— Vous n’avez pas encore été mise à la porte de la loge. Vous supputez…
— Je renifle l’embrouille… Faut trouver un truc pour qu’ils ne puissent pas m’expulser.
— J’ai peut-être une idée…
— Dites, madame Cortès, dites…
— On pourrait faire circuler une pétition dans l’immeuble… une pétition que tout le monde signerait et qui demanderait votre maintien dans les lieux… Si jamais il prend l’idée au syndic de vous chasser… Après tout, ce sont les propriétaires qui décident.
— Ça, c’est une bonne idée, madame Cortès. Une drôlement bonne idée ! Et vous l’écririez, la pétition ?
— Je l’écrirai et j’irai la faire signer par chaque occupant de l’immeuble. Vous êtes en bons termes avec les gens, Iphigénie ?
— Oui. Y avait que la Bassonnière qui me battait froid, mais depuis que…
Elle émit un son rauque qui imitait le râle de Mlle de Bassonnière, trucidée dans le local à poubelles[11].