La nurse anglaise
- Автор: Дар Фредерик
- Год: 2011
- Язык: французский
- ISBN: 978-2-265-06163-7
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «La nurse anglaise». Краткое содержание книги:
— Rien, convint-elle ; rien, sinon que je l’aime.
L’expression du marquis se fit sarcastique.
— C’est lui que vous aimez, ou bien le confort qu’il vous apporte ?
« Seigneur ! pensa-t-elle, comme sa pauvre épouse a eu raison de connaître l’amour avec son beau Norvégien ! »
Elle aurait aimé faire part de ce sentiment à John, mais il eût été stupide d’anéantir l’effet de sa belle plaidoirie ; aussi se contenta-t-elle de lui sourire avec pitié.
David revint opportunément pour abréger un tête-à-tête qui devenait difficile à assumer.
— Vous me semblez aller beaucoup mieux, fit-il à son aîné.
— C’est vrai, convint le marquis : votre nurse, mon cher, a su se montrer convaincante.
Il avait retrouvé son ton dédaigneux et ce sourire ironique que son frère jugeait insupportables.
— Curieuse journée, ajouta-t-il ; je m’en souviendrai.
Il fit un signe en guise d’adieu et se retira, le buste bombé.
— Que pensez-vous de ce type ? demanda le nain à Victoria.
Elle prit un temps de réflexion et déclara :
— Si vous m’épousez, sir, je vous le dirai peut-être un jour.
52
Ce fut Victoria qui servit d’intermédiaire pour régler en compagnie de la marquise dolente les modalités de leur voyage. Redoutant un nouvel affrontement avec sa belle-sœur, David donna carte blanche à la nurse, et bien lui en prit.
Miss Hunt, nous l’avons vu, savait se montrer diplomate et arrondir les angles. Elle choisit le mode enjoué pour débattre de ces questions et y mit tant d’entrain qu’elles furent en fin de compte captivées par le sujet. Elles se tenaient dans le salon de musique, autour d’une table de jeu couverte de dépliants représentant des paquebots immaculés sur une mer d’émeraude.
Elles optèrent d’un commun accord pour un navire italien de la compagnie Costa : le Venezia qui devait appareiller de Gênes quatre jours plus tard. Elles téléphonèrent, apprirent que deux cabines de grand luxe restaient disponibles et les retinrent par fax. L’imminence du départ leur donna alors la fièvre. Malgré les arrière-pensées qu’elles nourrissaient, elles cédaient à l’enthousiasme que crée ce genre de préparatifs et se mirent à parler valises, toilettes, itinéraires. Leur sang britannique s’échauffait à la perspective de voguer à la rencontre du soleil. Le nom des escales stimulait leur plaisir : Malaga, Funchal, Tenerife, Arrecife, Agadir, Casablanca. Elles les répétaient pour l’agrément de les sentir rouler dans leurs bouches. Quand elles se séparèrent, leur programme établi, elles se dirent au revoir avec chaleur.
De retour à Charles Street, Victoria rejoignit David qui l’attendait chez ses parents. Lady Muguette vivait dans le nuage bleu de la gloire. De nouveaux articles de presse consacraient son exposition et la B.B.C. venait de la contacter pour une émission de grande écoute. Son vieux mari, malgré l’embrumissement de son esprit, partageait sa joie. Dans son milieu, on l’avait passablement critiqué autrefois d’épouser une roturière, étrangère de surcroît ; aussi, chaque fois que Muguette remportait un succès, considérait-il celui-ci comme une victoire personnelle.
La nurse mit la famille au courant de la décision qu’elles avaient arrêtée, la marquise et elle. On trouva le choix de la croisière judicieux. Le lord déclara qu’un vieil ami de la famille s’était retiré à Madère et qu’ils devraient lui rendre visite. Le nain promit.
Pour fêter ces différents événements familiaux, il y eut du caviar au dîner. Lady Muguette conservait de sa jeunesse française un respect puéril pour la ponte de l’esturgeon ; quelque quarante années vécues près des grands du royaume britannique ne l’en avaient pas encore rassasiée, aussi ne perdait-elle jamais une occasion de sortir son rafraîchissoir à caviar en cristal de roche et pied d’or massif, offert aux Bentham, le siècle dernier, par un tsar dont elle ne se rappelait plus la raison sociale. Le repas fut enjoué. Quand la maîtresse de maison était en liesse le dîner pétillait comme le Dom Pérignon dans les flûtes.
Le dessert (toujours léger chez lady Bentham) venait tout juste de s’achever qu’elle se leva d’un air mystérieux, en annonçant qu’elle allait chercher une surprise. Son absence fut courte. Elle revint triomphalement, accompagnée d’un chien encore jeune qui n’eut rien de plus pressé que de lever la patte contre une desserte Regency ; il la leva peu car il s’agissait d’un basset hound.
— C’est lady Di qui vient de m’offrir cet animal pour me remercier de lui avoir donné ma toile intitulée Maternité. Elle a joint une lettre absolument mourante. Elle sortit un papier armorié de sa poche et lut :
Chère duchesse,
Il est juste que je vous offre le plus beau de la portée. Avec encore ma gratitude.