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Coulez mes larmes, dit le policier [Flow My Tears, the Policeman Said - fr]

Электронная книга - «Coulez mes larmes, dit le policier [Flow My Tears, the Policeman Said - fr]». Краткое содержание книги:

Jason Taverner est un homme comblé : toutes les semaines, 30 millions de Fans regardent son show télévisé.
Mais il se réveille un matin dans une chambre d'hôtel sordide pour s'apercevoir que son identité s'est évanouie sans laisser de trace : même sa maîtresse, la belle Heather Hart, ne se souvient plus de lui.
Une situation pour le moins inconfortable, dans un Etat ultra-policier où tout défaut de papiers d'identité suffit à vous faire expédier dans un camp de travail…
Seulement voilà : ce n'est pas un homme comme les autres. Produit d'une expérience secrète, Taverner est un six, un mutant aux nerfs d'acier qui mènera une lutte sans merci, sous les yeux d'un pol sentimental, contre la folie où vient de basculer le monde…
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— Non.

— Et les pistolets ?

Taverner hésita.

— Dans une certaine mesure. (Il se rappelait le sien. C’était la seconde fois en vingt-quatre heures que les circonstances l’obligeaient à se le rappeler.)

Alys le détailla.

— Pour un homme petit, vous n’êtes pas trop mal, vous savez ? Un peu âgé pour mon goût mais pas trop. Vous êtes un six, n’est-ce pas ?

Jason acquiesça.

— Alors ? Vous voulez voir le château d’un général de police ?

— Soit.

Où qu’il allât, ils le retrouveraient si ça leur chantait. Avec ou sans micro-émetteur dans sa manchette.

Alys mit le moteur en marche, fit pivoter le volant, appuya sur la pédale et l’aéromobile s’élança en chandelle selon un angle de quatre-vingt-dix degrés. Jason en déduisit que c’était un véhicule de la police. Deux fois plus puissant que les modèles de série.

— Il y a une chose sur laquelle je ne voudrais pas qu’il y ait d’équivoque dans votre esprit, dit Alys en se faufilant au milieu de la circulation. (Elle jeta un coup d’œil à Taverner pour être sûre qu’il l’écoutait.) N’essayez pas de me faire du plat. Sinon, je vous tuerai.

Elle tapota sa ceinture et Jason remarqua alors le radiant de police qui y était glissé. Le soleil y accrochait des reflets noirs et bleus.

— Bien compris.

Il éprouvait un certain malaise. Déjà, il n’aimait guère la tenue de cuir et d’acier de sa compagne. Le fétichisme sans fard que cette panoplie impliquait n’avait jamais eu pour lui le moindre attrait. Et, maintenant, cet ultimatum ! Quelles étaient les tendances sexuelles d’Alys Buckman ? Faisait-elle dans le saphisme ?

Comme pour répondre à sa question informulée, elle dit sur un ton placide :

— Toute ma libido, ma sexualité, est liée à Felix.

— Votre frère ? s’exclama Jason avec autant d’incrédulité que d’effroi. Comment cela ?

— Nous vivons depuis cinq ans dans l’inceste, répondit Alys qui pilotait avec adresse le mobilo à travers l’intense trafic matinal de Los Angeles. Nous avons un enfant. Il a trois ans. Il est en Floride, à Key West. Une femme de ménage et une nurse s’occupent de lui. Il s’appelle Barney.

— Et vous me dites ça à moi ? s’écria Jason qui n’avait jamais été plus stupéfait de sa vie. Quelqu’un que vous ne connaissez même pas !

— Oh ! Je vous connais très bien, Jason Taverner.

Elle prit de l’altitude pour s’insérer dans un couloir de circulation supérieur et accéléra. Le trafic était plus fluide maintenant. Ils sortaient de l’agglomération du Grand Los Angeles.

— Pendant des années, j’ai été une fan de vous, ainsi que de votre émission du mardi. J’ai des disques de vous et, une fois, je vous ai même entendu chanter en concert au Salon de l’Orchidée, à l’Hôtel Saint-Francis de San Francisco. (Elle ébaucha un sourire.) Nous sommes tous les deux des collectionneurs, Felix et moi… et, entre autres choses, je collectionne les disques de Jason Taverner. (Son sourire d’hystérique s’élargit.) Au fil des ans, je me les suis procuré tous les neuf.

— Dix, rectifia Jason d’une voix enrouée qui tremblait. J’ai sorti dix LP. Les derniers avec pistes de projection spéciales light-show.

— Alors, il m’en manque un, dit gentiment Alys. Tenez… Regardez sur la banquette arrière.

Jason se retourna. Son premier album, Taverner and the Blue, Blue Blues reposait sur le siège. Il le prit et le posa sur ses genoux.

— Oui, murmura-t-il.

— Il y en a un autre. C’est mon préféré.

Jason remarqua alors une pochette écornée, le There’ll Be a Good Time with Taverner Tonight.

— C’est effectivement un de mes meilleurs.

— Vous voyez ?

Le mobilo piqua en spirale en direction d’une vaste propriété entourée d’arbres et de verdure.

— Voici notre maison, annonça Alys.

19

Ses pales à la verticale, l’aéromobile se posa sur l’aire asphaltée qui occupait le centre de la vaste pelouse. Jason remarqua à peine la maison de deux étages de style espagnol avec ses balcons aux noires balustrades de fer forgé, son toit de tuiles rouges, ses murs de stuc ou de briques sèches, il ne savait pas au juste. Une imposante demeure cernée de chênes superbes, que l’on avait plantée dans le paysage sans détruire celui-ci pour autant. Elle se confondait avec les arbres et le gazon, et ne faisait qu’un avec le décor, simple extension due à la main de l’homme.

Alys coupa le moteur et, d’un coup de pied, ouvrit la portière récalcitrante.

— Laissez les disques dans le mobilo et venez, dit-elle en sautant sur la pelouse.

Jason remit à contrecœur les albums sur le siège arrière et la suivit en pressant le pas pour la rattraper ; ses longues jambes gainées de noir propulsaient Alys à toute allure vers le gigantesque portail.

— Il y a même des morceaux de verre scellés en haut des murs, dit-elle. Pour dissuader les maraudeurs. Au jour d’aujourd’hui ! La maison a appartenu au grand acteur de western Ernie Till.

Elle appuya sur le bouton et un pol privé en uniforme cachou surgit, la dévisagea, hocha la tête et actionna la commande d’ouverture. La grille coulissa.

— Que savez-vous ? demanda Jason à sa compagne. Vous savez que je suis…

— Fabuleux, laissa-t-elle tomber sans emphase. Je le sais depuis des années.

— Mais vous avez été là où j’étais, moi. Là où je suis toujours. Pas ici.

Le prenant par le bras, elle l’entraîna le long d’un couloir de briques sèches et d’ardoises, lui fit descendre cinq marches et Jason se retrouva dans un salon surbaissé, démodé mais admirable.

Pourtant, cela lui était parfaitement égal. Tout ce qu’il voulait, c’était parler à Alys, découvrir ce qu’elle savait et comment elle le savait. Et ce que cela signifiait.

— Vous souvenez-vous de cet endroit ? s’enquit-elle.

— Non.

— Vous devriez. Vous y êtes déjà venu.

— Non, je n’y suis jamais venu, rétorqua-t-il avec circonspection.

Misant sur sa crédulité, elle l’avait piégé en virtuose avec les deux disques. Il faut que je me les approprie. Pour les montrer à… Oui, à qui ? Au général Buckman ? Et si je les lui montre, quelles en seront les conséquences ?

— Une capsule de mescaline ? proposa Alys en se dirigeant vers le coffret à drogue en noyer ciré qui trônait sur le bar de cuivre et de cuir à l’autre extrémité de la pièce.

— Une petite. (Jason battit les paupières, surpris par sa propre réaction.) Je tiens à garder l’esprit clair, ajouta-t-il en guise de correctif.

Elle lui apporta un minuscule plateau à drogue émaillé sur lequel étaient disposés un verre de cristal rempli d’eau et une dragée blanche.

— Très bon produit. Harvey’s Yellow n°1, importé en gros de Suisse et encapsulé à Bond Street. Et pas fort du tout, ajouta-t-elle. Rien à voir avec la poudre.

— Merci. (Il prit le verre et la gélule blanche, qu’il avala avec une gorgée, puis reposa le verre sur le plateau.) Vous n’en prenez pas ? s’étonna-t-il avec une méfiance tardive.

— Je suis déjà raide, répliqua gaiement Alys, ressortant son baroque sourire doré. Vous ne vous en rendez pas compte ? Je parie que non ; vous ne m’avez jamais vue autrement.

— Vous saviez que j’avais été conduit à l’Académie de police de Los Angeles ? (Tu devais forcément le savoir puisque tu avais ces deux disques avec toi. Sinon, il n’y aurait pratiquement pas eu une chance sur un milliard pour qu’ils aient été dans ton aéromobile.)

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