Coulez mes larmes, dit le policier [Flow My Tears, the Policeman Said - fr]
- Автор: Дик Филип Кайндред
- Год: 1988
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-277-22451-0
- Переводчик: Michel Deutsch
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Coulez mes larmes, dit le policier [Flow My Tears, the Policeman Said - fr]». Краткое содержание книги:
Mais il se réveille un matin dans une chambre d'hôtel sordide pour s'apercevoir que son identité s'est évanouie sans laisser de trace : même sa maîtresse, la belle Heather Hart, ne se souvient plus de lui.
Une situation pour le moins inconfortable, dans un Etat ultra-policier où tout défaut de papiers d'identité suffit à vous faire expédier dans un camp de travail…
Seulement voilà : ce n'est pas un homme comme les autres. Produit d'une expérience secrète, Taverner est un six, un mutant aux nerfs d'acier qui mènera une lutte sans merci, sous les yeux d'un pol sentimental, contre la folie où vient de basculer le monde…
— Il y a une cafétéria sur place, dit enfin Buckman en avalant un verre d’ersatz de Tang. Mais c’est du poison qu’ils servent. À croire que tous les membres du personnel ont des parents dans un camp de travail. Ils se vengent sur nous.
Buckman se mit à rire. Pas Jason. Le général s’essuya la bouche avec sa serviette.
— Monsieur Taverner, je vais vous rendre la liberté. Je ne veux pas vous garder.
Jason le dévisagea.
— Pourquoi ?
— Parce que vous n’avez rien fait.
— Je me suis fait fabriquer de faux papiers, répliqua Jason d’une voix rauque. C’est un crime.
— J’ai toute autorité pour considérer comme nuls et non avenus tous les crimes que je veux. J’estime que vous avez été contraint d’agir de la sorte du fait de la situation dans laquelle vous vous êtes trouvé. Vous refusez de m’en parler, mais j’ai une vague idée de ce qu’elle est.
— Merci, dit Jason après un silence.
— Toutefois, vous serez électroniquement surveillé partout où vous irez. Vous ne serez jamais seul, sauf avec vos propres pensées – et peut-être même que je m’avance un peu trop. Toutes les personnes que vous contacterez, que vous rencontrerez ou à qui vous rendrez visite seront conduites ici pour être interrogées. Exactement comme la jeune Nelson que j’attends. (Il se pencha vers Jason et continua en parlant avec une lenteur étudiée pour que son interlocuteur l’écoute et le comprenne bien.) Je crois que vous n’avez soustrait aucun document d’aucune banque de données, ni publique ni privée. Je crois que vous ne comprenez pas vous-même la situation qui est la vôtre. Mais… (Il éleva nettement le ton.)… mais tôt ou tard, vous finirez par comprendre, et, à ce moment-là, nous voulons être mis au courant. Donc… nous serons toujours avec vous. N’est-ce pas un marché équitable ?
Jason Taverner se leva.
— Est-ce que tous les sept pensent de la même façon ?
— Quelle façon ?
— En prenant instantanément des décisions capitales. Comme vous. Cette façon de poser des questions, d’écouter… Bon Dieu, avec quelle intensité vous écoutez !… et de prendre des décisions irrévocables.
— Je n’en sais rien parce que j’ai bien peu de contacts avec les autres sept, répondit en toute sincérité Buckman.
— Je vous remercie. (Les deux hommes échangèrent une poignée de main.) Merci aussi pour le repas. (À présent, il était calme, maître de lui. Et il éprouvait un immense soulagement.) Comment vais-je faire pour sortir ?
— Nous sommes obligés de vous garder jusqu’au matin. Le règlement est strict ; en aucun cas, on ne lâche un suspect pendant la nuit. Il se passe trop de choses dans les rues. Nous allons mettre une chambre et un lit à votre disposition. Vous serez forcé de dormir tout habillé… Et demain matin, à huit heures, Peggy vous escortera jusqu’à la grande porte de l’Académie. (Il enfonça la touche de l’interphone.) Peggy, venez chercher M. Taverner qui est en garde à vue. Vous le libérerez demain matin à huit heures. Vous m’avez compris ?
— Oui, monsieur Buckman.
Le général Buckman sourit et écarta le bras.
— Voilà l’affaire réglée. Je n’ai plus besoin de vous.
17
— Suivez-moi, monsieur Taverner, disait Peggy sur un ton insistant. Rhabillez-vous et retrouvez-moi dans l’antichambre. Passez par la porte bleue et blanche.
Le général Buckman, un peu à l’écart, écoutait. La voix de Peggy était mélodieuse et agréable. Sans doute Taverner éprouvait-il la même impression.
Au moment, où celui-ci, l’air endormi et habillé à la va-comme-je-te-pousse, s’avançait vers la porte bleue et blanche, il l’arrêta.
— Encore une chose. Je ne pourrai pas renouveler votre sauf-conduit si l’un quelconque de mes subordonnés l’annule. Vous avez compris ? Il vous faudra nous adresser une demande officielle pour qu’on vous établisse un jeu complet de papiers. Cela nécessitera un interrogatoire poussé mais… (Il envoya une bourrade à Jason.)… mais un six peut le supporter.
— Entendu.
Jason Taverner sortit du bureau. La porte bleue et blanche se referma derrière lui.
Buckman enclencha l’interphone.
— Herb, vérifiez qu’on lui colle bien un microémetteur et une ogive hétérostatique type 80. De façon qu’on puisse le pister et, si nécessaire, le liquider à tout moment.
— Voulez-vous qu’on lui mette aussi un mouchard vocal ?
— Oui, si vous pouvez le lui glisser dans la gorge sans qu’il s’en rende compte.
— Je vais dire à Peggy de s’en occuper.
Herbert Maime raccrocha.
Est-ce que quelqu’un d’autre, un McNulty par exemple, aurait obtenu davantage de renseignements ? se demanda Buckman. Non. Parce que ce type ne sait rien. Tout bêtement. Il n’y a qu’une chose à faire : attendre que la lumière se fasse en lui et, à ce moment, être là, physiquement ou électroniquement. Exactement comme je le lui ai dit.
Cependant, il est toujours possible que nous ayons mis le doigt sur quelque chose que les six sont en train d’organiser ensemble malgré l’animosité qu’ils éprouvent mutuellement.
Il enfonça à nouveau la touche de l’interphone.
— Herb, je veux qu’on surveille vingt-quatre heures sur vingt-quatre la chanteuse pop Heather Hart. Et demandez au fichier central les dossiers de tous ceux qu’on appelle les six. Compris ?
— Cette référence est-elle portée sur les cartes perforées ?
— Sans doute pas, répondit sèchement Buckman. Il est peu probable que quelqu’un ait songé à intégrer cette donnée il y a dix ans quand Dill-Temko était vivant et qu’il concoctait des formes de vie toujours plus extraordinaires. (Comme nous autres, sept, ajouta-t-il en aparté et non sans ironie.) Et nul n’y songerait aujourd’hui, maintenant que les six ont fait politiquement un fiasco. Vous êtes bien de mon avis ?
— Oui mais je vais quand même voir.
— Si les cartes sont programmées en ce sens, je veux aussi qu’on organise une surveillance de vingt-quatre heures sur vingt-quatre sur tous les six. Même si nous ne pouvons pas les repérer tous, qu’on file au moins ceux que nous connaissons.
— Ce sera fait, monsieur Buckman.
18
— Au revoir et bonne chance, monsieur Taverner, lança la fille prénommée Peg, une fois arrivée à l’entrée principale de l’immense bâtiment gris de l’Académie.
— Merci.
Jason aspira une généreuse bolée d’air matinal empuanti par le smog. Me voilà dehors, songea-t-il. Ils auraient pu me coller tous les crimes sur le dos mais ils ne l’ont pas fait.
— Et maintenant, qu’allez-vous faire, petit gars ? fit une voix féminine, toute proche et très rauque.
C’était la première fois de sa vie que Jason, qui faisait plus d’un mètre quatre-vingts, se faisait traiter de « petit gars ». Il se retourna, ouvrit la bouche et vit alors la personne qui s’adressait à lui.
Elle mesurait un mètre quatre-vingts, elle aussi. Sur ce plan, ils étaient à égalité. Mais, contrairement à lui, la femme portait un pantalon noir collant, une chemise de cuir rouge à franges, des anneaux d’or en pendants d’oreilles et une chaîne en guise de ceinture. Et aussi des chaussures à talons aiguilles. Dieu du ciel ! se dit Jason, effaré. Il ne lui manque qu’un fouet.
— C’est à moi que vous parlez ?
— Oui. (Le sourire de la femme révéla des dents décorées de signes du zodiaque en or.) Ils vous ont implanté des bidules avant de vous lâcher. Je pense qu’il vaut mieux que vous le sachiez.
— Je le sais.
Jason se demandait qui était cette femme. D’où elle sortait.