Coulez mes larmes, dit le policier [Flow My Tears, the Policeman Said - fr]
- Автор: Дик Филип Кайндред
- Год: 1988
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-277-22451-0
- Переводчик: Michel Deutsch
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Coulez mes larmes, dit le policier [Flow My Tears, the Policeman Said - fr]». Краткое содержание книги:
Mais il se réveille un matin dans une chambre d'hôtel sordide pour s'apercevoir que son identité s'est évanouie sans laisser de trace : même sa maîtresse, la belle Heather Hart, ne se souvient plus de lui.
Une situation pour le moins inconfortable, dans un Etat ultra-policier où tout défaut de papiers d'identité suffit à vous faire expédier dans un camp de travail…
Seulement voilà : ce n'est pas un homme comme les autres. Produit d'une expérience secrète, Taverner est un six, un mutant aux nerfs d'acier qui mènera une lutte sans merci, sous les yeux d'un pol sentimental, contre la folie où vient de basculer le monde…
— Entre autre, une bombe H miniaturisée qu’un signal radio émis de ce bâtiment peut faire exploser. Ça aussi, vous le saviez ?
— Non, reconnut-il.
— C’est comme ça qu’il fonctionne. Mon frère… Il discute gentiment avec vous en homme civilisé, et puis quelqu’un de son équipe, qui est énorme, vous greffe ces saloperies avant que vous ne franchissiez la porte.
— Votre frère ? Le général Buckman ?
Maintenant, il remarquait la ressemblance. Le même nez mince et étiré, les mêmes pommettes haut placées, le même cou gracieux et fuselé digne d’un Modigliani. Un port très aristocratique. Le frère et la sœur faisaient impression sur Jason.
Donc, cette fille devait être également une sept. Il retrouva aussitôt toute sa méfiance tandis que ses cheveux se hérissaient sur sa nuque.
— Je vais vous débarrasser de cela, dit-elle, souriant de tout l’or de ses dents, comme le général Buckman.
— J’approuve.
— Nous allons prendre mon aéromobile.
Elle s’élança d’un pas souple et Jason se mit à trotter lourdement derrière elle. Quelques instants plus tard, ils s’installaient dans les sièges baquets du mobilo.
— Je m’appelle Alys, se présenta-t-elle.
— Jason Taverner, le chanteur et l’animateur de la télé.
— Vraiment ? Je n’ai pas regardé un seul programme de télévision depuis l’âge de neuf ans.
— Vous n’avez pas perdu grand-chose.
Il ne savait même pas si c’était de l’ironie. Il s’en foutait sincèrement, tant il était fatigué.
— Cette bombe a la taille d’un grain d’orge et elle est fichée comme une tique dans l’épaisseur de la peau. En principe, même si l’on sait qu’on vous en a greffé une sur le corps, on est incapable de la localiser. Mais j’ai fait un petit emprunt à l’Académie. (Elle brandit un objet qui ressemblait à une torche électrique.) Ce tube s’illumine à proximité de cet engin.
Sans plus attendre, elle se mit en devoir d’explorer Jason de la tête aux pieds à l’aide de cet instrument. Ses gestes étaient d’une efficacité quasi professionnelle. Le tube scintilla à la hauteur du poignet gauche de Jason.
— Je me suis également munie du matériel nécessaire pour l’extraction, dit alors Alys en sortant de la sacoche fixée à sa ceinture une petite boîte de métal qu’elle ouvrit. Plus tôt vous en serez débarrassé, mieux ça vaudra, ajouta-t-elle en prenant un outil tranchant dans la boîte.
Pendant deux minutes, elle taillada avec adresse sans cesser de vaporiser sur la plaie un produit analgésique. Finalement, elle tendit sa paume ouverte à Jason. En effet, la bombe avait la taille d’un grain d’orge.
— Je vous remercie de m’avoir retiré cette épine du pied.
Alys éclata d’un rire joyeux, remit le scalpel dans son étui, rabattit le couvercle et la petite boîte réintégra la sacoche.
— Vous voyez, dit-elle, ce n’est jamais lui qui opère mais toujours quelqu’un de son service. De cette façon, il se tient à l’écart et garde bonne conscience, comme s’il n’y était pour rien. Je crois que c’est ce qui me répugne le plus chez lui. (Elle médita quelques instants.) Je le hais vraiment.
— Y a-t-il encore quelque chose que vous pouvez arracher ou couper ?
— Ils ont essayé – plus exactement, Peg, qui est une technicienne experte en la matière, a essayé de vous implanter un mouchard vocal dans le larynx. Mais je ne crois pas qu’elle ait réussi à le faire tenir. (Alys palpa minutieusement le cou de Taverner.) Non, ça n’a pas pris. Il est tombé. Tant mieux. Ce sera toujours ça de réglé. Ils vous ont aussi collé un micro-émetteur quelque part. Il faut un strobo pour détecter son flux. (Elle pécha dans la boîte à gants un disque stroboscopique à piles.) Je pense que j’arriverai à le trouver, dit-elle en l’allumant.
Le micro était logé dans le poignet de la manche gauche de Jason. Alys le mit hors d’usage à l’aide d’une épingle.
— Il n’y a plus rien ? lui demanda Jason.
— Peut-être une minicam. Une toute petite caméra qui envoie des images aux moniteurs de l’Académie. Mais je ne les ai pas vus vous en installer une. Je crois que nous pouvons prendre le risque de faire comme si de rien n’était. (Elle le dévisagea, le regard scrutateur.) À propos, qui êtes-vous ?
— Une non-personne, répondit Jason.
— Ce qui veut dire ?
— Que je n’existe pas.
— Physiquement ?
— Je ne sais pas, dit-il – et il était sincère.
Si j’avais été plus franc avec son frère, le général de police, peut-être aurait-il pu résoudre l’énigme. Après tout, Felix Buckman était un sept – encore que Jason ne sût pas trop ce qu’étaient les sept. Pourtant, Buckman était allé dans la bonne direction. Il avait élucidé pas mal de choses. Et en un très bref délai. Le temps d’une collation tardive et d’un cigare.
— Ainsi, vous êtes Jason Taverner, l’homme que McNulty a vainement essayé d’épingler, l’homme qui n’a pas d’antécédents. Pas de certificat de naissance, pas de dossier de scolarité, pas de…
— Comment savez-vous tout cela ?
— J’ai jeté un coup d’œil sur le rapport de McNulty dans le bureau de Felix, dit-elle allègrement. Ça m’a intéressée.
— Alors, pourquoi m’avez-vous demandé qui je suis ?
— J’ignorais si vous le saviez. Mon information venait de McNulty. Cette fois, je voulais avoir votre version à vous. La version antipol, si vous préférez.
— Je ne peux rien ajouter à ce que sait McNulty.
— Ce n’est pas vrai.
Et Alys commença d’interroger Jason, lui posant des questions précises, exactement comme l’avait fait son frère un peu plus tôt. À voix basse, d’un ton naturel, comme s’il s’agissait d’une banale conversation. Avec une expression d’intense concentration, enfin des gestes gracieux de ses bras et de ses mains, comme si elle dansait en se parlant à elle-même. La beauté dansant avec la beauté, songea-t-il.
Jason la trouvait excitante. Physiquement. Sexuellement. Mais le sexe, il en avait eu son content. Assez pour plusieurs jours.
— Exact, concéda-t-il. J’en sais davantage.
— Plus que ce que vous avez dit à Felix ?
Il hésita, ce qui était une manière de répondre.
— Oui, dit Alys.
Jason haussa les épaules. À présent, c’était gros comme une maison.
— J’ai une idée, dit-elle avec entrain. Aimeriez-vous voir comment vit un général de police ? Voir sa résidence ? Son château d’un milliard de dollars ?
— Vous m’introduiriez chez lui ? s’exclama-t-il avec incrédulité. S’il le découvrait…
Il s’interrompit. Où cette femme me conduit-elle ? s’interrogea-t-il. Vers un terrible danger. Toutes ses fibres le sentaient, l’incitant à se tenir sur ses gardes. Un courant de ruse parcourut chaque partie de son être somatique. Plus que jamais, son corps savait qu’il fallait être prudent.
— Vous pouvez entrer légalement chez lui ? demanda-t-il à Alys en s’efforçant de recouvrer son calme.
Sa voix sonnait naturellement sans qu’on pût y discerner la moindre tension.
— Dame ! Nous habitons ensemble. Nous sommes jumeaux, et nous sommes très proches. Incestueusement proches.
— Je n’ai aucune envie de m’immiscer dans votre affaire.
— Une affaire entre Felix et moi ? (Elle eut un rire amer.) Même pour colorier des œufs de Pâques, Felix et moi serions incapables de collaborer. Venez. Allons faire un tour à la maison. Entre nous, nous possédons pas mal d’objets intéressants. Des échiquiers médiévaux en bois, de vieilles porcelaines d’Angleterre et quelques beaux timbres anciens émis par la National Banknote Company. Est-ce que les timbres vous intéressent ?