Le clan de l'ours des cavernes
- Автор: Ауэл Джин М.
- Серия: Les enfants de la Terre #1
- Год: 2002
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-258-05932-1
- Переводчик: Philippe Rouard
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Le clan de l'ours des cavernes». Краткое содержание книги:
Un lapin qui déboula soudain entre leurs jambes arracha Creb et Ayla à leurs pensées. La petite fille en profita pour exprimer tout haut les questions qu’elle s’était posée en chemin.
— Creb, comment le bébé est-il entré dans Iza ? demanda-t-elle.
— La femme avale l’esprit du totem de l’homme, commença Creb machinalement, encore perdu dans ses réflexions. Les deux totems se battent et, si celui de l’homme l’emporte sur celui de la femme, il lui laisse une partie de lui-même pour faire commencer une nouvelle vie.
Ayla jeta des regards autour d’elle, étonnée d’apprendre l’omniprésence des esprits. Elle ne pouvait en voir aucun, mais si Creb disait qu’ils existaient, elle voulait bien le croire.
— Est-ce que les esprits de tous les hommes peuvent pénétrer dans la femme ? demanda-t-elle ensuite.
— Oui, mais seul un esprit puissant peut vaincre l’esprit de la femme. S’il n’y parvient pas, l’homme peut demander l’assistance d’un autre esprit, expliqua prudemment Creb.
— Seules les femmes ont des enfants ? insista Ayla.
— Oui, acquiesça Creb.
— Et il faut une cérémonie pour en avoir ?
— Non, pas toujours, il arrive qu’une femme avale l’esprit de l’homme avant la cérémonie, mais si elle ne prend pas de compagnon avant la naissance de son enfant, le petit risque d’être malheureux toute sa vie.
— Et moi, je pourrais avoir un enfant ? demanda Ayla, pleine d’espoir.
Creb songea alors à l’esprit de son puissant totem. Le principe vital de ce dernier était trop fort. Peut-être avec l’aide d’un autre esprit concéderait-il une défaite momentanée. Mais elle découvrira cela bien assez tôt, songea-t-il.
— Tu es encore trop jeune, répondit-il évasivement.
— Quand alors ?
— Quand tu seras une femme.
— Et quand serai-je une femme ?
Creb commençait à croire qu’elle n’arrêterait jamais ses questions et, prenant son courage à deux mains, il se lança dans une grande explication.
— La première fois que ton esprit se battra avec un autre esprit, tu vas saigner, preuve qu’il a été blessé. Après cela, il combattra régulièrement avec d’autres esprits, et le jour où tu ne saigneras plus, tu sauras qu’il aura été vaincu et qu’une nouvelle vie est en train de germer en toi.
— Mais quand exactement serai-je une femme ? insista Ayla.
— En principe, lorsque tu auras parcouru huit ou neuf fois le cycle complet des saisons, répondit Creb.
— Dans combien de temps, alors ?
— Approche, je vais essayer de t’expliquer, lui dit avec patience le vieux sorcier en poussant un soupir.
Il sortit d’un pli de son manteau un couteau de silex, doutant que la fillette puisse comprendre mais espérant que sa démonstration mettrait enfin un terme au flot de questions.
Les nombres étaient une abstraction difficile pour les membres du clan dont la plupart ne pouvaient penser au-delà de trois ; toi, moi et un autre. Ce n’était pas un défaut d’intelligence. Ainsi, Brun s’apercevait immédiatement de l’absence de l’un des vingt-deux membres du clan. Il lui suffisait de penser à chaque individu, ce qu’il faisait rapidement, sans même s’en apercevoir. Mais passer de l’individu au concept de « un » représentait un effort considérable que bien peu étaient capables de fournir. Comment deux personnes différentes pouvaient-elles être « une » à un moment donné, voilà qui dépassait largement leur entendement.
L’incapacité du Peuple du Clan à concevoir la synthèse ou l’abstraction s’étendait à d’autres aspects de leur vie. Ils connaissaient le chêne, le saule, le sapin, mais ne possédaient pas de termes génériques pour les désigner : le mot « arbre » était absent de leur vocabulaire. Chaque type de sol, de roche, mêmes les différentes sortes de neige avaient un nom. Les membres du Peuple du Clan s’en remettaient à la richesse de leur mémoire et à leur capacité de l’enrichir encore, car ils n’oubliaient presque rien. Aussi dépendaient-ils de leur sorcier pour garder la trace de ce qui devait être compté : les années entre les Rassemblements, l’âge de chacun d’eux, la période d’isolement requise après une union et les sept premiers jours de la vie d’un nouveau-né. C’était dans sa capacité à mesurer le temps que résidait l’un des pouvoirs magiques les plus importants du mog-ur.
Creb ramassa une petite branche, s’assit et cala la badine entre son pied et une grosse pierre.
— Iza pense que tu es un peu plus âgée que Vorn, commença-t-il. Vorn a déjà passé l’année de sa naissance, l’année où il a appris à marcher, et celle où il a été sevré, expliqua Creb en faisant au fur et à mesure une entaille dans la branchette. Je vais ajouter une autre marque pour représenter l’âge que toi tu as aujourd’hui. Si je place mes doigts dans chaque entaille, toute ma main les recouvre, vois-tu ?
Ayla considéra avec une extrême attention l’ensemble des marques du couteau et tout à coup son visage s’éclaira.
— J’ai donc autant d’années que tout ça ! s’exclama-t-elle, en lui montrant sa main, les cinq doigts écartés. Mais dans combien de temps pourrai-je avoir un bébé ? ajouta-t-elle, plus intéressée par ce sujet que par le calcul.
Creb était stupéfait. Comment avait-elle pu comprendre si vite ? Elle n’avait même pas pris la peine de l’interroger sur le rapport existant entre les doigts et les entailles et sur leur relation avec les années. Goov avait mis très longtemps avant de comprendre tout cela. Creb incisa encore trois fois la petite branche et posa trois doigts sur les marques. Ayla regarda alors son autre main et leva aussitôt trois doigts, après avoir replié sans hésiter le pouce et l’index.
— Quand j’aurai tout ça ? demanda-t-elle en levant ses huit doigts. Creb acquiesça, mais ce que fit ensuite la fillette le laissa ébahi ; il lui avait fallu des années pour maîtriser cette abstraction. Ayla abaissa l’une de ses mains et ne tendit que trois doigts.
— Alors, je pourrai avoir un bébé dans ça d’années, conclut-elle par gestes avec une grande assurance, convaincue de la justesse de son raisonnement.
Le vieux sorcier était abasourdi. Il était inconcevable qu’une enfant de son âge fût capable d’une telle promptitude de déduction.
— Oui, c’est possible, bien qu’un peu tôt. Il se pourrait que ce soit encore dans tout ça, répondit Creb en faisant deux entailles supplémentaires dans son morceau de bois. Ou bien dans beaucoup plus, ajouta-t-il. On ne peut savoir à l’avance.
Ayla, l’air perplexe, leva le pouce et l’index.
— Et après ça ? demanda-t-elle.
Creb la considéra avec suspicion. Ils s’aventuraient sur un terrain glissant et Brun verrait d’un mauvais œil la petite fille s’initier à des domaines réservés aux seuls mog-ur et, plus grave encore, exercer d’aussi grands pouvoirs magiques. Mais Ayla avait piqué la curiosité du sorcier, impatient de voir jusqu’où iraient ses capacités de compréhension.
— Mets tes deux mains sur toutes les marques, lui expliqua-t-il. (Ayla lui obéit, puis Creb traça une autre marque sur laquelle il mit son petit doigt.) Tu vois, dit-il, j’ai mis mon petit doigt sur cette marque-là. Après la première série couverte par tes deux mains, tu dois penser au premier doigt de la main de quelqu’un d’autre, puis au doigt suivant et ainsi de suite. Tu comprends ? demanda-t-il en la regardant attentivement.