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Le clan de l'ours des cavernes

Электронная книга - «Le clan de l'ours des cavernes». Краткое содержание книги:

Il y a 35.000 ans, la terre se réchauffe lentement, alors que l’homme se dégage peu à peu de la bête, maîtrise l’outil et le feu. Une fillette de 5 ans, nommée Ayla, échappe à un tremblement de terre. Elle se réfugie auprès d’un clan étranger qui l’adopte.
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La petite fille ne cilla pas. Elle considéra ses mains puis celles de Creb et fit la grimace particulière avec laquelle elle manifestait sa joie, en hochant vigoureusement la tête. Et, à la stupeur du sorcier, elle franchit une nouvelle étape avec une aisance déconcertante.

— Et ensuite les mains de quelqu’un d’autre, et encore de quelqu’un d’autre, n’est-ce pas ? demanda-t-elle.

C’était plus que ne pouvait imaginer Creb, qui avait le plus grand mal à compter jusqu’à vingt. Au-delà, les nombres se perdaient dans une infinité vague qu’il nommait « beaucoup ». Il avait en de rares occasions et après une longue méditation eu le sentiment d’entrevoir une bribe de ce concept qu’Ayla venait de maîtriser sans la moindre difficulté. Prenant soudain conscience de l’abîme qui séparait son esprit de celui d’Ayla, il chercha à dissimuler son trouble en faisant diversion.

— Dis-moi comment s’appelle ceci ? lui demanda-t-il en brandissant la branchette qu’il avait utilisée pour sa démonstration.

— Saule, répondit-elle avec une légère hésitation.

— Très bien, dit Creb en la prenant par les épaules et en la regardant droit dans les yeux. Ayla, il vaudrait mieux que tu ne parles à personne de tout ce que je viens de t’apprendre, ajouta-t-il en lui montrant les entailles.

— Oui, Creb, lui promit-elle, consciente de l’importance que cela représentait aux yeux du sorcier, dont elle avait appris à comprendre les gestes et les expressions mieux que personne, à l’exception d’Iza.

— Allons, il est grand temps de rentrer, déclara-t-il, désireux de rester seul pour méditer en paix.

— Oh, non, pas encore ! Il fait encore bon dehors, supplia la fillette.

— Ayla, il ne faut jamais contredire un homme quand il a pris une décision, lui reprocha-t-il gentiment.

— Oui, Creb, répondit-elle en baissant la tête, comme il lui avait appris à le faire.

Sur le chemin du retour, elle marcha en silence aux côtés de Mog-ur jusqu’au moment où l’impétuosité de sa jeunesse reprit le dessus, et elle se remit à gambader devant lui. Elle revenait en courant, les bras chargés de brindilles et de pierres, dont elle lui déclinait les noms ou lui demandait de les lui rappeler si elle ne s’en souvenait plus. Encore sous le coup de sa découverte, le sorcier lui répondait machinalement.

Les premières lueurs de l’aube dissipaient les ténèbres et la fraîcheur de la nuit annonçait l’arrivée prochaine de la neige. Allongée sur sa couche, Iza regardait se préciser peu à peu les contours familiers de la caverne. Aujourd’hui, sa fille allait recevoir un nom et se voir reconnue comme membre du clan à part entière et comme un être humain non seulement vivant mais apte à vivre. Elle songea avec plaisir que sa mise à l’écart forcée allait se relâcher, bien que ses rapports avec les autres dussent encore se limiter strictement aux femmes jusqu’à la fin des saignements.

A l’apparition de leurs premières menstruations, les jeunes filles étaient obligées de s’éloigner du clan pendant toute la durée du cycle. Si elles se produisaient en hiver, la jeune femme demeurait seule au fond de la caverne, mais devait tout de même subir l’épreuve de l’isolement total au printemps suivant, au moment de ses règles. Cette expérience était non seulement terrifiante mais encore dangereuse pour ces jeunes femmes désarmées, accoutumées à la protection et à la compagnie du clan. Cette épreuve était destinée à marquer le passage à la condition de femme, tout comme la première chasse marquait le passage d’un garçon à l’âge d’homme. Mais contrairement à ce dernier, la femme n’avait droit à aucune cérémonie pour fêter l’événement et son retour parmi les siens. Certes, pendant l’épreuve, elle avait la permission de faire du feu pour éloigner les bêtes féroces, mais il n’était pas rare que l’une d’elles disparaisse à tout jamais, et que son cadavre soit découvert plus tard par quelque chasseur. La mère de la jeune fille avait le droit de lui rendre visite une fois par jour, pour lui apporter réconfort et nourriture. Mais si elle venait à disparaître, sa mère n’était autorisée à en faire mention qu’au bout d’un certain temps.

Les luttes auxquelles se livraient les esprits à l’intérieur des corps des femmes dans le but de concevoir la vie restaient un profond mystère pour les hommes. Mais ils savaient que leur essence était vaincue, chassée du corps de la femme, quand celle-ci saignait. Si, durant cette période, une femme regardait un homme, l’esprit de ce dernier risquait d’être attiré dans une lutte qu’il n’était pas certain de remporter. C’est pourquoi les totems des femmes devaient être plus faibles que ceux des hommes, car même un totem faible pouvait tirer une grande force de l’essence vitale propre au sexe féminin. C’étaient les femmes qui possédaient le pouvoir de donner la vie.

Dans le monde matériel, un homme était plus grand, plus fort, bien plus puissant qu’une femme, mais dans le monde terrible des forces invisibles, la femme était l’héritière naturelle d’une force potentiellement plus conséquente. Pour les hommes la faiblesse physique de la femme était précisément ce qui permettait d’établir l’équilibre entre elles et eux. Qu’on permît aux femmes de réaliser toute la force qu’elles avaient en puissance, et c’en serait fini de cet équilibre. C’était la raison pour laquelle elles étaient tenues à l’écart de la vie spirituelle et gardées ainsi dans l’ignorance de la trop grande force que leur conférait ce pouvoir de concevoir la vie.

Les jeunes hommes étaient avertis à leur première cérémonie suivant la consécration à l’âge adulte des terribles conséquences qui pourraient résulter de la découverte par une femme des rites secrets des hommes, et des légendes couraient sur l’époque où c’étaient les femmes qui exerçaient la magie et intercédaient auprès des esprits. Ainsi éclairés, les jeunes hommes considéraient les femmes d’un autre regard. Ils assumaient leurs responsabilités masculines avec beaucoup de sérieux et veillaient à ce qu’une femme soit protégée, nourrie mais totalement dominée, sinon le fragile équilibre entre les forces matérielles et les forces spirituelles risquait d’être brisé et la pérennité du Peuple du Clan condamnée.

La puissance des esprits féminins étant beaucoup plus agissante pendant la menstruation, la femme devait subir un isolement forcé pour ne pas mettre en échec l’esprit totémique de l’homme. Confinée auprès des autres femmes elle n’avait le droit de toucher à aucune nourriture susceptible d’être consommée par un homme. Elle ne pouvait s’occuper que de tâches subalternes comme le ramassage du bois ou la préparation des peaux à l’usage exclusif des femmes. Pendant cette période, les hommes l’ignoraient totalement et s’abstenaient même de la réprimander. Que son regard tombât par hasard sur elle, l’homme faisait comme si elle était invisible.

Cet isolement semblait un châtiment cruel, presque aussi cruel que la Malédiction Suprême infligée au membre du clan coupable d’une faute grave. Seul le chef du clan était habilité à demander au mog-ur de faire descendre sur lui les esprits malfaisants. Le mog-ur ne pouvait se soustraire à cette obligation malgré le danger que cela représentait pour le clan et pour lui-même. Une fois maudit, le coupable était exclu du clan qui cessait aussitôt de lui parler comme de le voir. Il n’existait plus pour personne. Il était tout bonnement considéré comme mort. Son épouse et sa famille le pleuraient et personne n’avait le droit de lui donner à manger. Quelques-uns quittaient le clan pour ne plus jamais reparaître. Mais la plupart se laissaient mourir de faim et de soif.

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