Le vol des cigognes
- Автор: Гранже Жан-Кристоф
- Год: 2013
- Язык: французский
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Le vol des cigognes». Краткое содержание книги:
Ce polar mouvementé et sanglant nous entraîne aux quatre coins du monde. Jean-Christophe Grangé alterne les descriptions très réalistes des pays traversés et les scènes d'action, tout en conservant comme fil conducteur une intrigue captivante et effrayante.
Publié aux éditions Albin Michel (Collection Spécial Suspense) en 1994, ce livre a été réédité dans la même collection en 1998 et est paru en Livre de Poche en janvier 1999
Aux environs de minuit, l'avion atterrit. Je passai les douanes de Roissy-Charles-de-Gaulle, puis pris un taxi dans la nuit claire. J'étais de retour au pays.
28
Il était près d'une heure du matin lorsque j'entrai dans mon appartement. Je trébuchai sur le courrier entassé sous la porte, le ramassai puis visitai chacune des pièces afin de vérifier qu'aucun intrus n'avait pénétré ici durant mon absence. Ensuite je passai dans mon bureau et appelai Dumaz. Aussitôt l'inspecteur m'envoya un fax de plus de cinq pages.
Je lus le document d'un trait, sans prendre la peine de m'asseoir. D'abord, Dumaz avait retrouvé la trace de Max Böhm à Anvers. Il avait montré le portrait de l'ornithologue au fil des Bourses de diamants. Plusieurs personnes avaient reconnu le vieux Max et se souvenaient parfaitement de ses visites régulières. Depuis 1979, le Suisse venait vendre ses diamants chaque année, exactement aux mêmes dates: entre les mois de mars et d'avril. Certains négociants le plaisantaient là-dessus, lui demandant s'il ne possédait pas quelque «arbre à diamants» qui se serait épanoui au printemps.
Le second chapitre du fax était plus intéressant encore. Avant de partir pour l'Europe, Dumaz avait demandé à la CSO – l'immense centrale d'achat de diamants bruts, basée à Londres, qui contrôle 80 à 85 % de la production brute mondiale de diamants – la liste complète des responsables, ingénieurs, géologues ayant travaillé dans les mines africaines, à l'est comme à l'ouest, de 1969 à nos jours. A son retour il avait patiemment étudié cette longue liste et découvert, aux côtés de Max Böhm, au moins deux autres noms qu'il connaissait.
Le premier était celui d'Otto Kiefer. Selon la CSO, «Tonton Grenade» dirigeait encore plusieurs mines de diamants en Centrafrique, notamment la Sicamine. Or, Dumaz était certain que le Tchèque jouait un rôle essentiel dans le trafic des pierres. Le second ouvrait des horizons insoupçonnables. Dans la liste qui concernait l'Afrique australe, Dumaz avait remarqué un nom qui lui rappelait quelque chose: Niels van Dôtten, un homme qui avait travaillé aux côtés de Max Böhm de 1969 à 1972, en Afrique du Sud, et qui, aujourd'hui, était un des responsables majeurs des mines de Kim-berley. Niels van Dôtten était également le géologue belge qui était parti avec Böhm en forêt profonde, en août 1977. C'est Guillard, l'ingénieur français interrogé par Dumaz, qui avait suggéré que van Dôtten était flamand. Le nom, l'accent de van Dôtten l'avaient trompé. L'homme n'était pas belge ni hollandais. C'était un Afrikaner, un Blanc d'Afrique du Sud.
Cette découverte essentielle démontrait que Böhm avait conservé, depuis les années soixante-dix, des relations suivies en Afrique du Sud avec un spécialiste du diamant. Bien plus, pour quelque raison mystérieuse, van Dôtten avait rejoint Böhm en RCA, en août 1977. Les deux hommes, après la «résurrection» de Böhm, en 1978, avaient dû reprendre contact. Van Dôtten était le trafiquant de l'est – celui qui «équipait» les cigognes australes, détroussant les mines dont il avait la charge – tandis que Kiefer était l'homme de l'ouest.
Juste avant le fax de Dumaz se trouvait la télécopie de Wagner, transmise dans l'après-midi. Le message comprenait une carte satellite de l'Europe, du Proche-Orient et de l'Afrique, sur laquelle se détachaient les itinéraires observés des cigognes et leur trajet à venir. En Europe, au sommet du réseau, j'écrivis «Max Böhm», le cerveau du système. A mi-chemin, au centre de l'Afrique, j'inscrivis: «Otto Kiefer». Au sud-est, tout en bas: «Niels van Dôtten». Entre ces noms, sur la carte satellite, couraient les trajectoires des cigognes, reliant ces trois points en pointillé. Le système était parfait. Infaillible.
Je composai le numéro de Dumaz.
– Alors? fit-il avant d'entendre ma voix.
– C'est parfait, dis-je. Vos informations confirment mes propres résultats.
– A votre tour de m'expliquer ce que vous savez.
Je résumai mes découvertes: la filière des cigognes, les diamants, Sikkov et son acolyte, l'implication mystérieuse de Monde Unique. En conclusion, je fis part à Dumaz de ma décision de me rendre en Centrafrique. L'inspecteur n'avait plus de voix. Au bout d'une minute, il demanda pourtant:
– Où sont les diamants?
– Lesquels?
– Ceux de l'est, qui ont disparu avec les oiseaux. La question me déconcerta. Je n'avais parlé ni d'Iddo ni de Sarah. Dumaz était fortement intrigué par cette fortune en cavale. Je décidai de mentir:
– Je ne sais pas, répondis-je laconiquement. Dumaz soupira:
– L'affaire prend une importance qui nous dépasse.
– Comment cela?
– J'ai toujours pensé que Max Böhm trafiquait des denrées africaines. Mais j'imaginais qu'il bricolait. L'ampleur du système me coupe le souffle.
– Que voulez-vous dire?
– J'ai parlé avec les hommes de la CSO. Il y a des années qu'ils soupçonnent un trafic de diamants, où Max Böhm jouerait un rôle central. Ils n'ont jamais réussi à déceler son réseau – la filière des cigognes, que vous venez de découvrir. Vous avez bien travaillé, Louis. Mais il vaut mieux passer la main. Contactons la CSO.
– Je vous propose un marché. Accordez-moi encore dix jours, le temps d'aller en Centrafrique et d'en revenir – puis nous livrerons ensemble le dossier à la CSO et à Interpol. Jusque-là, pas un mot.
Dumaz hésita, puis dit:
– Dix jours, d'accord.
– Ecoutez-moi, repris-je. J'ai une mission pour vous. Un personnage est apparu dans cette affaire. Une femme. Elle s'appelle Sarah Gabbor. Elle est mêlée à tout ça malgré elle et possède des diamants qu'elle cherche actuellement à vendre à Anvers. Vous devez pouvoir retrouver sa trace.
– C'est une des complices de Böhm?
– Non. Elle cherche simplement à négocier des pierres.
– Beaucoup?
– Quelques-unes.
Par une méfiance irraisonnée, je venais de nouveau de mentir à Dumaz.
– Comment est-elle? demanda-t-il.
– Très grande, mince. Elle a vingt-huit ans, mais paraît plus âgée. Blonde, les cheveux mi-longs, une peau mate et des yeux d'une beauté parfaite. Son visage est assez anguleux, plutôt original. Croyez-moi, Hervé: les gens qui l'auront vue s'en souviendront.
– Ses pierres sont brutes, je suppose?
– Oui. Elles proviennent de la filière Böhm.
– Depuis quand cherche-t-elle à les vendre?
– Sans doute quatre ou cinq jours. Sarah est israélienne. Elle va traiter avec des négociants juifs. Retournez chez ceux que vous avez rencontrés.
– Et si je retrouve sa piste?
– Vous l'abordez calmement et vous lui expliquez que vous travaillez avec moi. Vous ne parlez pas des diamants. Vous la persuadez simplement de se mettre à l'abri jusqu'à mon retour. D'accord?
– D'accord. (Dumaz sembla réfléchir quelques secondes puis:) Admettons que je retrouve cette Sarah. Que puis-je lui dire pour la convaincre que nous collaborons?
– Dites-lui que je porte son Glock sur mon cœur.
– Son quoi?
– Son Glock. G-L-O-C-K. Elle comprendra. Dernière chose, ajoutai-je. Ne vous fiez pas à l'apparence de Sarah. Elle est belle et fine mais c'est une femme dangereuse. C'est une Israélienne, vous comprenez? Une combattante entraînée, experte en armes à feu. Méfiez-vous du moindre de ses gestes.
– Je vois, fit Dumaz d'une voix neutre. C'est tout?
– Je vous avais demandé des informations sur Monde Unique. Je n'ai rien trouvé dans votre fax.
– J'ai rencontré de sérieux obstacles.
– C'est-à-dire?
– Monde Unique m'a fourni une carte détaillée de ses centres à travers le monde. Mais l'organisation refuse de me livrer la liste du Club des 1001.
– En votre qualité de flic, vous ne pouvez…
– Je n'ai ni mandat ni aucun ordre officiel. Par ailleurs, Monde Unique est une véritable institution en Suisse. Il serait mal vu qu'un petit flic commence à les emmerder pour une affaire qui ne repose, au fond, sur rien. Franchement, je ne fais pas le poids.