Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Серия: Majipoor (fr) #3
- Год: 1985
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2-221-04390-1
- Переводчик: Patrick Berthon
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]». Краткое содержание книги:
Mais il n’est pas dit que le règne de Valentin restera serein. Tandis que le Coronal entreprend son Périple à travers les immensités de Majipoor, afin de se faire voir de ses peuples, accompagné de Carabella, son épouse bien aimée, de ses amis des jours d’infortune devenus grands seigneurs et d’une armée de courtisans, les nuages s’amoncellent, les maladies frappent les récoltes, s’étendent comme feu de forêt. Des monstres surgissent des forêts d’habitude paisibles de Majipoor. La famine survient, et la rébellion.
Faudra-t-il faire la guerre aux Changeformes ? Car ce sont eux, premiers occupants de la planète, jadis massacrés et refoulés par les humains venus de l’espace, qui tentent une nouvelle révolte. Valentin, qui est épris de paix et d’amour, ne parvient pas à s’y résoudre. Majipoor va-t-elle sombrer ?
Voici ce qu’ils crient :
« Vive le Prince À Venir qui est le Roi Qui Est ! »
Voilà le rêve que fit Faraataa le Piurivar, allongé sur un lit de feuilles de bubblebush sous un immense dwikka, dans la province de Piurifayne, tandis que tombait une légère pluie.
3
— Faites venir Y-Uulisaan, dit le Coronal.
Des cartes représentant les régions sinistrées de Zimroel, couvertes de traits de crayon et d’annotations, étaient étalées sur le bureau de lord Valentin, dans la cabine de son vaisseau amiral, le Lady Thiin. Cela faisait trois jours qu’il avait quitté Alaisor avec une flotte de cinq navires sous le commandement du Grand Amiral Asenhart. Ils faisaient route vers le port de Numinor situé sur la côte nord-est de l’Ile du Sommeil. La traversée durerait de nombreuses semaines, même avec des vents très favorables, et pour le moment ils étaient contraires.
En attendant l’arrivée de l’expert agricole, Valentin parcourut de nouveau les documents qu’Y-Uulisaan avait préparés à son attention et ceux qu’il avait fait venir des archives historiques. C’était peut-être la cinquantième fois qu’il les consultait depuis le départ d’Alaisor et leur contenu était toujours aussi attristant.
Valentin savait que le mildiou et la peste existaient depuis aussi longtemps que l’agriculture elle-même. Il n’y avait aucune raison pour que Majipoor, bien qu’étant une planète privilégiée, fût entièrement à l’abri de telles maladies ; d’ailleurs les archives prouvaient qu’il y avait eu de nombreux précédents. La maladie, la sécheresse et les nuages d’insectes avaient gravement perturbé les récoltes pendant une douzaine de règnes ou davantage et causé de véritables catastrophes dans au moins cinq d’entre eux : ceux de Setiphon et de lord Stanidor, de Thraym et de lord Vildivar, de Struin et de lord Guadeloom, de Kanaba et de lord Sirruth, et enfin de Signor et de lord Melikand qui remontait à une époque très reculée.
Mais ce qui se passe actuellement semble beaucoup plus menaçant, songea Valentin, et pas seulement parce qu’il s’agit d’une situation présente et non de crises enfouies dans les archives. La population de Majipoor s’était considérablement développée depuis la première maladie des végétaux : vingt milliards, contre à peine le sixième du temps de Struin et seulement une poignée sous le règne de Signor. Une population aussi énorme pouvait facilement être réduite à la famine si ses ressources agricoles étaient atteintes. La structure même de la société risquait de s’effondrer. Valentin était parfaitement conscient que l’équilibre de Majipoor au cours des nombreux siècles écoulés – contrairement à la plupart des civilisations – était fondé sur les conditions de vie exceptionnellement favorables qui régnaient sur l’immense planète. Comme personne n’était jamais vraiment dans le besoin, l’ordre des choses et même les inégalités sociales étaient presque universellement acceptés. Mais si les habitants de Majipoor n’avaient plus la certitude de manger à leur faim, tout pouvait s’écrouler du jour au lendemain.
Et tous ces mauvais rêves, ces visions de chaos et ces étranges présages – des araignées flottantes survolant Alhanroel et autres choses semblables – tout cela créait chez Valentin une sensation de péril extrême.
— Y-Uulisaan est là, monseigneur, annonça Sleet.
L’expert agricole entra, l’air hésitant et mal à l’aise. Il fit gauchement le signe de la constellation exigé par l’étiquette. Valentin secoua impatiemment la tête et pria Y-Uulisaan de s’asseoir. Il indiqua du doigt la zone marquée en rouge qui longeait la vallée de Dulorn.
— Quelle est l’importance de la lusavande ?
— Elle est essentielle, monseigneur, répondit l’expert. Elle est à la base de l’assimilation d’hydrates de carbone dans tout le Nord et l’Ouest de Zimroel.
— Que pourrait-on faire en cas de pénurie grave ?
— Il serait possible de créer des aliments de remplacement en utilisant le stajja par exemple.
— Mais le stajja est également touché !
— En effet, monseigneur. Et le milaile qui satisfait les mêmes besoins nutritifs est attaqué par le charançon, comme je vous l’ai montré. Par conséquent nous pouvons prévoir une pénurie complète dans toute cette partie de Zimroel d’ici six à neuf mois.
Du bout d’un doigt, Y-Uulisaan dessina sur la carte un large cercle couvrant un territoire qui s’étendait presque de Ni-moya à l’est jusqu’à Pidruid sur la côte ouest et Velathys au sud. Combien y-a-t-il d’habitants dans cette région ? se demanda Valentin. Peut-être deux milliards et demi ? Il essaya d’imaginer deux milliards et demi de gens, ayant toujours connu l’abondance de nourriture, s’entasser, affamés, dans les villes de Til-omon, Narabal, Pidruid…
— Les greniers impériaux pourront nourrir la population pendant quelque temps, dit Valentin. En attendant, nous tâcherons de maîtriser ces maladies. Si j’ai bien compris, le charbon de la lusavande a été enrayé il y a environ un siècle.
— Grâce à des mesures draconiennes, monseigneur. Des provinces entières avaient été mises en quarantaine. Des fermes avaient été incendiées puis on avait enlevé toute la couche superficielle du sol. Cela avait coûté des millions de royaux.
— Qu’importe l’argent quand la population meurt de faim ? Nous recommencerons. Dans combien de temps estimez-vous que la situation redeviendra normale si nous agissons immédiatement dans les régions qui produisent la lusavande ?
Y-Uulisaan garda un moment le silence, frottant ses larges pommettes saillantes avec ses pouces d’un air pensif.
— Cinq ans minimum, répondit-il enfin. Plus probablement dix.
— C’est impossible !
— Le charbon se propage rapidement. Des centaines d’hectares ont sûrement été infectés depuis le début de notre conversation, monseigneur. Il faut circonscrire la maladie avant de pouvoir en venir à bout.
— La maladie du niyk se développe-t-elle aussi vite ?
— Plus vite, monseigneur. Il apparaît qu’elle est liée au dépérissement du stajja qui est habituellement cultivé avec le niyk.
Valentin regarda fixement le mur de la cabine et ne vit qu’un néant grisâtre.
— Quel que soit le coût, nous surmonterons cette épreuve, dit-il après quelques instants. Y-Uulisaan, je veux que vous élaboriez un plan pour juguler chacune de ces maladies et que vous fassiez une estimation des dépenses. Est-ce possible ?
— Oui, monseigneur.
Le Coronal s’adressa à Sleet :
— Nous allons devoir coordonner nos efforts avec ceux du Pontificat. Dis à Ermanar d’entrer immédiatement en contact avec le ministre de l’Agriculture au Labyrinthe. Demande lui s’il est au courant de ce qui se passe à Zimroel, quelles mesures il propose, etc.
— Monseigneur, je viens de parler avec Ermanar, dit Tunigorn. Il a déjà contacté le Pontificat.
— Et alors ?
— Le ministre de l’Agriculture ne sait rien. En fait le poste de ministre de l’Agriculture est actuellement vacant.
— Vacant ? Comment est-ce possible ?
— Je crois que du fait de l’invalidité du Pontife Tyeveras, de nombreux postes élevés n’ont pas été occupés ces dernières années, monseigneur, dit posément Tunigorn. Cela a entraîné une certaine lenteur des services pontificaux. Mais vous en saurez davantage à ce sujet en interrogeant Ermanar qui assure notre liaison avec le Labyrinthe. Voulez-vous que je le fasse venir ?
— Pas maintenant, répondit Valentin d’un ton morne. Il se tourna vers les cartes d’Y-Uulisaan et faisant courir son doigt sur toute la longueur de la vallée de Dulorn, il reprit :