L'homme aux cercles bleus
- Автор: Варгас Фред
- Год: 1990
- Язык: французский
- Жанр: Другие детективы
Электронная книга - «L'homme aux cercles bleus». Краткое содержание книги:
— Je ne sais pas. Il y a au moins trois choses qui me chiffonnent, l'odeur de pomme pourrie, le bon docteur Gérard Pontieux, et cette revue de mode.
Adamsberg rappela Danglard un peu plus tard. Il tenait une petite feuille à la main.
— Ce sont des horaires de train, dit Adamsberg. Il y en a un qui part dans cinquante-cinq minutes pour Marcilly, le pays natal du bon docteur Pontieux.
— Mais qu'est-ce que vous lui voulez au docteur ?
— Je lui en veux qu'il soit un homme.
— Encore cette histoire ?
— Je vous l'ai dit, Danglard, je suis lent. Est-ce que vous pensez pouvoir prendre ce train ?
— Aujourd'hui ?
— S'il vous plaît. Je veux tout savoir sur le bon docteur. Vous trouverez là-bas des gens qui l'ont connu jeune avant qu'il ne parte monter son cabinet à Paris. Interrogez-les. Je veux savoir. Tout. Quelque chose nous a échappé.
— Mais comment voulez-vous que j'interroge les gens sans avoir la moindre idée de ce que vous cherchez ?
Adamsberg secoua la tête.
— Allez-y, et posez toutes les questions du monde. Je vous fais confiance. Et n'oubliez pas de m'appeler.
Adamsberg salua Danglard, et l'air profondément ailleurs, il descendit chercher n'importe quoi à manger. Il mastiqua son déjeuner froid sur le chemin de la Bibliothèque nationale.
À l'entrée de la bibliothèque, son vieux pantalon de toile noir et sa chemise relevée jusqu'aux coudes ne produisirent pas bonne impression. Il montra sa carte et dit qu'il voulait consulter l'intégralité de l'œuvre d'Augustin-Louis Le Nermord.
* * *
Danglard arriva à 18 h 10 en gare de Marcilly.
L'heure du vin blanc qui commence dans les bistrots. Il y avait six cafés dans Marcilly, il les fit tous, et il rencontra pas mal de vieux qui pouvaient parler de Gérard Pontieux. Mais ce qu'ils racontaient n'avait aucun intérêt pour Danglard. Il s'ennuyait à parcourir la vie du jeune Gérard, vu qu'il n'y avait pas eu un accroc notable. Il aurait semblé plus pertinent à Danglard d'enquêter sur sa carrière de médecin. On ne sait jamais, une euthanasie, une erreur de diagnostic... Il peut survenir des tas de choses. Mais ce n'est pas ce qu'avait demandé Adamsberg. Le commissaire l'avait envoyé ici, où personne n'était au courant de ce qu'avait fait Pontieux après ses vingt-quatre ans. Vers dix heures du soir, il traînait seul dans Marcilly, raide de vin local et n'ayant rien appris. Il ne voulait pas revenir à Paris les mains aussi vides. Il voulait essayer encore, mais ça ne l'enchantait pas d'être obligé de passer la nuit là. Il appela les mômes pour les embrasser. Puis il se rendit à l'adresse donnée par le dernier cafetier, où il devait trouver une chambre chez l'habitant. L'habitant était une vieille dame qui lui servit un nouveau verre de vin local.
Danglard eut envie de confier tous ses ennuis à ce vieux et très vif regard.
* * *
Sans rien en dire à personne, Mathilde s'était fait du sang noir toute la semaine. D'abord, ça ne lui avait pas plu d'entendre Charles rentrer à une heure et demie du matin et d'apprendre au réveil le nouvel assassinat d'une femme. Et pour ne rien arranger, Charles avait ricané toute la soirée du lendemain, mauvais comme une teigne. Excédée, elle l'avait foutu dehors en lui disant de revenir la voir quand il serait calmé. Ça l'inquiétait, ce n'était pas la peine d'essayer de se le dissimuler. Quant à Clémence, elle était revenue en plein milieu de la même nuit, en larmes. Complètement délabrée. Mathilde avait passé une heure sans gloire à tenter d'arranger ça. Et puis, à bout de nerfs, Clémence avait convenu qu'il fallait qu'elle change un peu d'air, qu'elle fasse une pause dans les annonces. C'était trop dur, les annonces. Mathilde avait approuvé tout de suite et l'avait envoyée à l'Épinoche faire sa valise et se reposer avant de partir. Elle s'en voulait, parce qu'en entendant s'en aller Clémence le matin, qui tâchait de ne pas la réveiller en marchant avec précaution dans l'escalier, elle avait pensé : Je suis débarrassée pour quatre jours. Clémence avait promis d'être revenue à l'Épinoche le mercredi pour achever le classement qu'elle avait commencé. Elle pressentait sans doute que sa copine couturière ne souhaiterait pas la garder avec elle trop longtemps. Elle était assez lucide, la vieille Clémence. Quel âge, au fait, pouvait-elle avoir ? se demanda Mathilde. Soixante, soixante-dix, plus peut-être. Mais ces yeux sombres et rouges sur les bords, ces dents pointues, ça faussait toutes les approximations.
Au cours de la semaine, Charles avait continué à arborer de sales expressions sur son beau visage, et Clémence n'était pas revenue comme elle l'avait promis. Les diapositives en cours de classement traînaient sur la table. C'est Charles le premier qui dit que c'était inquiétant, mais que ce ne serait pas une mauvaise chose si la vieille avait suivi n'importe quel homme dans un train et s'était fait trucider.
Mathilde en fit un court cauchemar. Et vendredi soir, ne voyant toujours pas revenir la musaraigne, elle s'était presque décidée à chercher et appeler la couturière.
Et puis Clémence rappliqua. « Merde », dit Charles, qui s'était installé sur le canapé de Mathilde en effleurant du bout des doigts un livre en braille. Mathilde fut tout de même soulagée. Mais en les regardant tous les deux envahir sa pièce, lui, magnifique et étalé sur son divan, sa canne blanche posée sur le tapis, elle, se défaisant de son manteau nylon tout en tenant son béret sur la tête, Mathilde se dit que quelque chose ne tournait pas rond dans sa maison.
* * *
Adamsberg vit Danglard débarquer dans son bureau à neuf heures du matin, un doigt pressé sur le front, mais dans un réel état d'excitation. Il laissa tomber son grand corps dans le fauteuil et respira à longs coups.
— Excusez-moi, dit-il, je souffle, j'ai couru pour venir. J'ai pris le premier train à Marcilly, ce matin. Impossible de vous joindre, vous ne dormiez pas chez vous.
Adamsberg écarta les mains comme pour dire : « Qu'est-ce que vous voulez que j'y fasse, on ne choisit pas toujours les lits où on se retrouve. »
— La géniale vieille dame chez qui j'ai logé, dit Danglard entre deux halètements, avait bien connu votre bon docteur. Si bien connu qu'il lui faisait des confidences. Ça ne m'étonne pas, une femme vraiment subtile. Gérard Pontieux s'était engagé, comme elle dit, auprès d'une fille de pharmaciens plutôt moche et plutôt riche. Il avait besoin de fric pour monter son cabinet. Et puis à la dernière minute, il s'est dégoûté lui-même. Il s'est dit que s'il commençait comme ça, dans la turpitude, ce n'était pas la peine d'espérer faire une juste carrière de médecin. Alors il a reculé et il a laissé tomber la fille le lendemain de ses fiançailles, en lui adressant lâchement une petite lettre. Bref, pas bien grave, n'est-ce pas ? Pas bien grave, sauf le nom de la fille.
— Clémence Valmont, dit Adamsberg.
— Exact, dit Danglard.
— Accompagnez-moi là-bas, dit Adamsberg en écrasant sa cigarette à peine fumée dans le cendrier.
Ils furent devant la porte du 44 rue des Patriarches vingt minutes plus tard. C'était samedi et il n'y avait aucun bruit. Personne ne répondit à l'interphone chez Clémence.
— Essayez chez Mathilde Forestier, dit Adamsberg, pour une fois presque tendu d'impatience.