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L'homme aux cercles bleus

Электронная книга - «L'homme aux cercles bleus». Краткое содержание книги:

Victor, mauvais sort, que fais-tu dehors ? Depuis quatre mois, cette phrase accompagne des cercles bleus qui surgissent la nuit, tracés à la craie sur les trottoirs de Paris. Au centre de ces cercles, prisonniers, un débris, un déchet, un objet perdu : trombone, bougie, pince à épiler, patte de pigeon... Le phénomène fait les délices des journalistes et de quelques psychiatres qui théorisent un maniaque, un joueur. Le commissaire Adamsberg, lui, ne rit pas. Ces cercles et leur contenu hétéroclite sont de, mauvais augure. Il le sait, il le sent : bientôt, de l'anodin saugrenu on passera au tragique. Il n'a pas tort. Un matin, c'est le cadavre d'une femme égorgée que l'on trouve au milieu d'un de ces cercles bleus.
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— Pas besoin de réfléchir, répondit Le Nermord. C'est simple et triste : je ne sors jamais. Je passe toutes mes soirées à écrire. Personne n'habite plus dans ma maison pour vous le confirmer et j'ai peu de contacts avec mes voisins.

Tout le monde se mit à hocher la tête, on ne sait pas pourquoi. Il y a des moments comme ça où tout le monde hoche la tête.

C'était fini pour cette nuit. Adamsberg, qui voyait la fatigue sur les paupières du byzantiniste, donna le mouvement de départ en se levant avec douceur.

* * *

Danglard sortit de chez lui le lendemain avec un livre de Le Nermord sous le bras, Idéologie et société sous Justinien, paru onze ans plus tôt. Mais c'est tout ce qu'il avait trouvé dans sa bibliothèque. Au dos du volume, il y avait une courte biographie flatteuse, accompagnée d'une photographie de l'auteur.

Le Nermord souriait, plus jeune, aussi vilain de traits, mais sans particularité, sinon des dents régulières. Hier, Danglard avait remarqué qu'il avait ce tic des fumeurs de pipe de faire taper le tuyau contre ses dents. Observation banale, aurait dit Charles Reyer.

Adamsberg n'était pas là. Il avait déjà dû se rendre chez l'amant. Danglard posa le livre sur le bureau du commissaire, conscient qu'il espérait l'impressionner par le contenu de sa bibliothèque personnelle. Et c'était vain puisqu'il savait à présent que peu de choses impressionnaient Adamsberg. Tant pis.

Danglard n'avait qu'une idée en tête ce matin : savoir ce qui s'était passé dans la maison de Mathilde au cours de la nuit. Margellon, qui tenait bien le coup pendant les gardes, l'attendait pour faire son rapport avant d'aller se coucher.

— Il y a eu des allées et venues, dit Margellon. Je suis resté en planque devant la maison jusqu'à sept heures trente ce matin comme convenu. La Dame de la mer n'est pas sortie. Elle a éteint la lumière de son salon, je suppose, vers minuit et demi, et celle de sa chambre une demi-heure plus tard. Mais la vieille Valmont, elle est rentrée titubante à trois heures cinq. Elle puait l'alcool, c'était toute une histoire. Je lui ai demandé ce qui était arrivé et elle a chialé. Pas marrante, la vieille. Quelle plaie ! Enfin, à ce que j'ai compris, elle avait attendu un fiancé toute la soirée dans une brasserie. Le fiancé ne venait pas, elle a bu pour se fortifier, et elle s'est endormie sur la table. Le patron l'a réveillée pour la foutre dehors. Je crois qu'elle avait honte, mais elle était trop saoule pour s'empêcher de tout raconter. Je n'ai pas pu apprendre le nom de la brasserie. C'était déjà difficile de trouver un fil conducteur dans cette bouillie. Enfin elle me répugnait un peu. Je l'ai tenue par le bras jusque devant sa porte et je l'ai laissée se démerder. Et puis ce matin, elle est ressortie avec une petite valise. Elle m'a reconnu, sans marquer aucune surprise. Elle m'a expliqué qu'elle en avait « soupé des petites annonces » et qu'elle partait trois ou quatre jours dans le Berry chez une copine couturière. La couture, il n'y a rien de tel, elle a ajouté.

— Et Reyer ? Il a bougé ?

— Reyer a bougé. Il est sorti très bien habillé vers onze heures du soir, et il est rentré aussi chic qu'il était parti, en faisant cliqueter sa canne, à une heure trente du matin. Je pouvais poser des questions à Clémence, qui ne me connaissait pas, mais à Reyer, impossible. Il connaît ma voix. Je suis donc resté en planque et j'ai noté ses heures. De toute façon, ça lui aurait été difficile de me repérer, pas vrai ? Margellon rit. C'est vrai qu'il était con.

— Appelez-le-moi au téléphone, Margellon.

— Reyer ?

— Bien sûr, Reyer.

Charles rigola en entendant la voix de Danglard, et Danglard ne comprit pas pourquoi.

— Allons, dit Charles, j'apprends par la radio que vous avez de nouveaux soucis, inspecteur Danglard. Merveilleux. Et c'est encore à moi que vous vous en prenez ? Pas d'autre idée ?

— Qu'est-ce que vous êtes parti faire hier soir, Reyer ?

— Draguer, inspecteur.

— Draguer où ?

— Au Nouveau Palais.

— Quelqu'un peut confirmer ?

— Personne ! Il y a trop de monde dans ces boîtes de nuit pour qu'on vous remarque, vous le savez bien.

— Qu'est-ce qui vous fait rigoler, Reyer ?

— Vous ! Votre coup de fil, ça me fait rigoler. Cette chère Mathilde, qui ne peut pas tenir sa langue, m'a confié que le commissaire lui avait conseillé de se tenir tranquille cette nuit. J'en ai déduit que vous prévoyiez du grabuge. J'ai donc trouvé l'occasion excellente pour sortir.

— Mais pourquoi, bon sang ? Vous croyez que ça me simplifie le travail ?

— Ce n'est pas mon intention, inspecteur. Vous m'emmerdez depuis le début de cette histoire. Il m'a semblé que c'était à mon tour.

— En bref, vous êtes sorti pour nous emmerder.

— À peu de chose près, oui, parce que de fille, je n'en ai récolté aucune. Je suis content de savoir que vous êtes emmerdé. Vraiment content, vous savez.

— Mais pourquoi ? redemanda Danglard.

— Mais parce que ça me fait vivre.

Danglard raccrocha, assez furieux. À part Mathilde Forestier, personne ne s'était tenu tranquille cette nuit-là dans la maison de la rue des Patriarches. Il renvoya Margellon chez lui et s'attaqua au testament de Delphine Le Nermord. Il souhaitait vérifier ce qu'elle léguait à sa sœur. Deux heures plus tard, il avait appris que de testament, il n'y en avait aucun. Delphine Le Nermord n'avait pris aucune disposition écrite. Il y a des jours comme ça, où tout échappe.

Danglard marcha dans son bureau et pensa une fois encore que le soleil, cette foutue étoile, allait exploser dans quatre ou cinq milliards d'années, et il ne comprenait pas pourquoi cette explosion lui foutait toujours tellement le cafard. Il aurait donné sa vie pour que le soleil se tienne tranquille dans cinq milliards d'années.

Adamsberg revint vers midi et lui proposa de déjeuner avec lui. Ça n'arrivait pas souvent.

— Ça chauffe pour le byzantiniste, dit Danglard. Il s'est trompé ou il a menti à propos de la succession : il n'y a pas de testament. Ce qui fait que tout revient au mari. Il y a des titres, il y a des hectares de bois, et quatre immeubles dans Paris sans compter la maison qu'il habite. Lui n'a pas le sou. Juste son salaire de professeur et des droits d'auteur. Imaginez que sa femme ait voulu divorcer et tout filait ailleurs.

— C'était le cas, Danglard. J'ai rencontré l'amant. C'est bien le type de la photo. C'est vrai qu'il a des proportions géantes et un cerveau insignifiant. En plus il est herbivore et il en est fier.

— Végétarien, proposa Danglard.

— C'est cela, végétarien. Il dirige une agence de publicité avec son frère, également herbivore. Ils ont travaillé ensemble toute la soirée d'hier jusqu'à deux heures du matin. Le frère confirme. Donc il est sauf, à moins que le frère ne mente. Mais l'amant a l'air désespéré par la mort de Delphine. Il la poussait à divorcer, non pas que Le Nermord ait été une gêne pour lui, mais parce qu'il voulait arracher Delphine à ce qu'il appelle une tyrannie. Il paraît qu'Augustin-Louis continuait à la faire travailler pour lui, à lui faire relire et dactylographier tous ses manuscrits, à lui faire classer ses notes, et que Delphine n'osait rien dire. Elle expliquait que ça lui convenait comme ça, que ça lui faisait « travailler la tête », mais l'amant est certain que ce n'était pas aussi bénin, et qu'elle mourait de trouille devant son mari. Mais Delphine était presque enfin décidée à demander le divorce. Elle voulait au moins tenter la discussion avec Augustin-Louis. On ne sait pas si elle l'a fait ou non. Autant dire que l'antagonisme des deux hommes saute aux yeux. L'amant ne serait pas fâché de faire tomber Le Nermord.

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