Le Monde du Fleuve [To Your Scattered Bodies Go - fr]
- Автор: Фармер Филип Хосе
- Год: 1979
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2-221-00134-6
- Переводчик: Guy Abadia
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Le Monde du Fleuve [To Your Scattered Bodies Go - fr]». Краткое содержание книги:
Long de trente-deux millions de kilomètres, le fleuve de l’éternité ne coule pas à la surface de la Terre, mais serpente sur un monde spécialement remanié pour accueillir les ressuscites.
Par qui ? Dans quel but ?
Ce sont les questions que se posent, entre autres ressuscités célèbres, l’explorateur Richard Burton, Sam Clemens, alias Mark Twain, en compagnie de Hermann Goering, Jean sans Terre, Cyrano de Bergerac, Mozart, Ulysse et d’autres figures célèbres ou inconnues.
Seul le talent de Philip José Farmer pouvait évoquer un univers picaresque à la dimension du passé et de l’avenir de l’humanité.
Un peu plus tard, entre ses lèvres tuméfiées, Targoff murmura :
— Ce garde-là… j’aurai sa peau. Je ne supporterai pas ces humiliations plus longtemps. Bientôt…
— Vous avez un plan ? demanda Frigate en se penchant en avant.
Mais Targoff refusa de répondre.
Peu de temps avant l’aube, les esclaves furent réveillés et conduits à la pierre à graal. Une fois de plus, on préleva la majeure partie de leur ration. Après ce maigre repas, ils furent répartis dans différentes équipes de travail. Burton et Frigate furent conduits à la frontière nord, où travaillaient un millier d’esclaves, nus sous le soleil ardent, sans aucun autre répit que celui de midi, où ils étaient rassemblés autour de la pierre à graal.
Leur travail consistait à édifier une muraille entre la montagne et le Fleuve. Plus tard Goering avait l’intention de construire un rempart sur toute la longueur du lac, soit quinze kilomètres environ, puis un troisième mur au sud, là où débouchait le goulet qu’avaient franchi Burton et ses compagnons.
Les esclaves devaient d’abord creuser une tranchée profonde, dont la terre servait de remblai pour construire le mur. Le travail était très pénible. Ils ne disposaient que de houes de pierre pour attaquer le sol. Les racines des herbes étaient coriaces et formaient une masse compacte difficile à percer avec d’aussi rudimentaires outils. La terre et les racines étaient ensuite jetées, à l’aide de pelles en bois, sur de grands plateaux de bambou que d’autres équipes hissaient, toujours plus haut, au sommet du rempart où on tassait le tout.
Le soir venu, les esclaves furent de nouveau rassemblés dans l’enclos. La plupart, épuisés, s’endormirent sur-le-champ. Mais Targoff, l’Israélien aux cheveux roux, vint s’asseoir à côté de Burton.
— Le téléphone arabe fonctionne assez bien ici, dit-il. J’ai entendu parler des prouesses que votre équipage et vous avez accomplies. Je sais que vous avez refusé de vous joindre à l’armée de porcs commandée par Goering.
— Et vous a-t-on aussi parlé de mon livre infâme ? demanda sardoniquement Burton.
Targoff eut un sourire.
— Je n’aurais jamais connu son existence sans Lev Ruach. Mais je ne suis pas aussi sensibilisé que lui à ces questions-là. Pour moi, vos actes parlent d’eux-mêmes. Je ne peux pas réellement blâmer Ruach, après tout ce qu’il a subi. Mais je ne crois pas non plus que vous auriez agi comme vous l’avez fait si vous correspondiez à sa description. Vous êtes un homme courageux. Le genre d’hommes dont nous avons besoin. Par conséquent…
Suivirent des jours et des nuits de dur labeur et de rations de famine. Burton apprit bientôt, grâce à ce que Targoff appelait le téléphone arabe, ce qu’étaient devenues les femmes. Wilfreda et Fatima avaient rejoint les appartements de Campbell. Loghu était avec Tullus. Goering avait gardé Alice une semaine, puis l’avait cédée à un de ses lieutenants, un certain Manfred von Kreyscharft. Le bruit courait que Goering s’était plaint de la froideur d’Alice et avait voulu la livrer à ses gardes du corps pour qu’ils la traitent selon leur bon plaisir, mais que von Kreyscharft l’avait demandée et obtenue pour lui seul.
Ces nouvelles étaient pour Burton un véritable supplice. Il ne supportait pas d’imaginer Alice en compagnie de Goering ou de von Kreyscharft. Il était décidé à tuer ces maudits, ou au moins à mourir en essayant. Tard dans la nuit, il sortit de la hutte qu’il occupait en compagnie de vingt-quatre hommes et se glissa dans celle de Targoff pour le réveiller discrètement :
— Vous m’avez dit que vous aviez besoin de moi. Quand allez-vous me mettre au courant de vos plans ? Je vous avertis que si vous ne le faites pas tout de suite, j’ai l’intention de déclencher quelque chose avec l’aide de mon groupe et de tous ceux qui voudront bien se joindre à nous.
— Ruach m’a donné d’autres précisions sur vous, déclara froidement Targoff. Je n’avais pas compris vraiment, la première fois, ce qu’il voulait dire. Comment un juif pourrait-il faire confiance à quelqu’un qui a écrit un livre tel que le vôtre ? Comment être sûr qu’un homme comme vous ne se retournera pas contre nous, une fois que notre ennemi commun aura été détruit ?
Burton ouvrit la bouche pour lui répliquer vertement, mais se ravisa aussitôt. Pendant quelques instants, il garda le silence. Puis il expliqua calmement :
— En premier lieu, j’estime que mes actions sur la Terre sont plus éloquentes que tout ce que j’ai pu écrire. J’ai été l’ami ou le protecteur de nombreux juifs.
— Voilà une phrase qui a servi bien souvent de prélude à une attaque contre mon peuple.
— C’est bien possible. Toutefois, même à supposer que le point de vue de Ruach soit fondé, le Richard Burton que vous avez devant vous dans cette vallée n’est pas le même que celui qui a vécu sur la Terre. Je pense que tout homme qui se trouve ici a été changé par cette extraordinaire expérience. Sinon, c’est que l’humanité est incapable de changement. Elle aurait aussi bien fait de périr définitivement.
Durant les quatre cent soixante-seize jours que j’ai passés au bord de ce Fleuve, j’estime avoir beaucoup appris. J’ai toujours été capable de changer d’avis. J’ai eu l’occasion d’écouter longuement Frigate et Ruach. Nous avons discuté fréquemment et passionnément de tous ces problèmes. Bien que je n’aie jamais voulu l’admettre devant eux, ce qu’ils m’ont dit m’a fait réfléchir. Voilà ce que je tenais à vous faire comprendre.
— La haine du juif, répondit Targoff, est quelque chose dont certains sont imprégnés dès l’enfance. Il ne suffit pas de vouloir s’en débarrasser. A moins qu’elle ne soit superficielle, ou qu’on soit doté d’une volonté peu commune. Voyez le chien de Pavlov. Agitez la cloche, il salive. Prononcez le mot juif, et l’inconscient balaye la volonté du gentil. C’est comme, pour moi, le mot arabe. Il est vrai que ma haine des Arabes a des fondements réalistes.
— J’ai assez plaidé, déclara Burton. Vous m’acceptez ou vous me repoussez. Dans les deux cas, vous savez ce que je ferai.
— Je vous accepte. Si vous êtes capable de changer d’avis, je le suis aussi. J’ai travaillé à vos côtés, j’ai mangé mon pain avec vous. Je me flatte de savoir juger un homme. Mais dites-moi, si vous aviez à établir un plan, comment vous y prendriez-vous ?
Targoff écouta attentivement les explications de Burton. Finalement, il hocha la tête en disant :
— Cela correspond en partie à ce que nous avions décidé. Maintenant, voici ce que je propose…
16.
Le lendemain matin, juste après le petit déjeuner, des gardes vinrent chercher Frigate et Burton. Targoff posa sur ce dernier un regard lourd de suspicion. Burton savait ce qu’il était en train de penser, mais il n’y avait rien d’autre à faire, pour l’instant, que se laisser conduire docilement jusqu’au « palais » de Goering.
L’Allemand était assis dans une sorte de grand trône en bois. Il fumait la pipe. Il les invita pompeusement à s’asseoir en face de lui et leur offrit un cigare et une coupe de vin.
— De temps à autre, leur dit-il, j’éprouve le besoin de me changer les idées en bavardant avec d’autres personnes que celles qui m’entourent habituellement et qui ne sont pas toujours, à vrai dire, particulièrement brillantes. Surtout, j’aime parler à des gens qui ont vécu après ma mort, ou qui ont été célèbres en leur temps. Mais je n’ai pas tellement eu d’occasions, jusqu’à présent.
— Pourtant, beaucoup de vos esclaves israéliens ont vécu après vous, déclara Frigate.
— C’est vrai qu’il y a les juifs, fit Goering en traçant dans l’air avec sa pipe un arc de cercle insouciant. Mais l’ennui, avec eux, c’est qu’ils me connaissent trop bien. Ils se ferment quand j’essaye de leur parler, et trop d’entre eux ont déjà essayé de me tuer pour que je puisse me sentir à l’aise en leur présence. Croyez-moi, je n’ai rien contre les juifs en général. Je ne prétends pas les aimer particulièrement, mais je comptais parmi eux quelques bons amis qui…