Le Monde du Fleuve [To Your Scattered Bodies Go - fr]
- Автор: Фармер Филип Хосе
- Год: 1979
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2-221-00134-6
- Переводчик: Guy Abadia
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Le Monde du Fleuve [To Your Scattered Bodies Go - fr]». Краткое содержание книги:
Long de trente-deux millions de kilomètres, le fleuve de l’éternité ne coule pas à la surface de la Terre, mais serpente sur un monde spécialement remanié pour accueillir les ressuscites.
Par qui ? Dans quel but ?
Ce sont les questions que se posent, entre autres ressuscités célèbres, l’explorateur Richard Burton, Sam Clemens, alias Mark Twain, en compagnie de Hermann Goering, Jean sans Terre, Cyrano de Bergerac, Mozart, Ulysse et d’autres figures célèbres ou inconnues.
Seul le talent de Philip José Farmer pouvait évoquer un univers picaresque à la dimension du passé et de l’avenir de l’humanité.
— Que décidez-vous ? demanda Goering.
— Que devrons-nous faire si nous acceptons ? voulut savoir Burton.
— Tout d’abord, je… nous devrons nous assurer que vous êtes bien le genre d’hommes dont nous avons besoin. En d’autres termes, que vous serez prêts à exécuter sur-le-champ et sans hésiter tous les ordres que nous pourrons vous donner. Pour cela, nous allons vous soumettre à une petite épreuve.
Il donna un ordre et quelques minutes plus tard un groupe de prisonniers fut amené dans la salle. Tous étaient décharnés et souffraient d’une infirmité quelconque.
— Ils ont été blessés en travaillant aux carrières ou à la construction des remparts, fit Goering. Tous sauf deux, qui ont été repris alors qu’ils tentaient de s’enfuir et qui méritent d’être châtiés. De toute manière, ils sont tous promis à la mort, car ils nous sont inutiles. Vous ne devriez donc pas avoir de scrupules à les tuer pour nous prouver votre détermination de travailler pour nous.
Il marqua un bref temps d’arrêt, puis poursuivit :
— En outre, ils sont tous juifs. Qui s’inquiéterait de leur sort ?
Campbell, le rouquin géant qui avait précipité Gwenafra dans le Fleuve, tendit à Burton une énorme massue incrustée d’éclats de silex. Deux gardes se saisirent d’un esclave qu’ils forcèrent à s’agenouiller. C’était un grand blond aux yeux bleus et au profil grec. Il lança à Goering un regard haineux, puis cracha dans sa direction. Goering éclata de rire :
— Il a toute l’arrogance de sa race. Je pourrais, si je le voulais, le réduire à l’état de masse pulpeuse implorant la mort comme une bénédiction. Mais la torture ne m’intéresse pas. Mon collègue aimerait lui rôtir un peu la plante des pieds, mais cela répugne à mes sentiments essentiellement humanitaires.
— Je suis prêt à tuer pour défendre ma vie ou ceux qui ont besoin de protection, déclara Burton. Mais je ne suis pas un assassin.
— En tuant ce juif, vous défendez votre vie, car sinon, c’est vous qui mourrez. Seulement, cela risque de prendre un peu plus de temps.
— Je refuse, répondit catégoriquement Burton.
Goering soupira :
— Ah, ces Anglais ! Enfin… J’aurais préféré vous avoir dans mon camp. Mais si vous refusez d’être raisonnable, tant pis pour vous.
Il se tourna vers Frigate.
— Et vous ?
L’Américain, qui semblait souffrir atrocement de ses blessures, répliqua en grimaçant :
— Vos cendres ont fini sur un tas d’ordures à Dachau en expiation de ce que vous avez fait. Avez-vous l’intention de renouveler vos crimes sur ce monde-ci ?
Goering éclata de rire :
— Je sais très bien comment j’ai fini. Mes esclaves juifs me l’ont raconté mille fois. Mais quel est donc ce monstre ? ajouta-t-il en se tournant vers Monat.
Burton lui donna rapidement quelques explications. Le visage de Goering s’assombrit.
— Je ne pourrais jamais lui faire confiance, avec la tête qu’il a. Il rejoindra les esclaves. Et toi, homme-singe, quelle est ta réponse ?
A la surprise de Burton, Kazz fit un pas en avant et déclara :
— Je tue pour toi. Kazz jamais être esclave.
Il prit la massue tandis que les gardes le tenaient en respect avec leurs lances pour le cas où il aurait eu envie de s’en servir à sa manière. Après leur avoir jeté un regard terrible sous ses arcades sourcilières proéminentes, il leva la massue. Il y eut un craquement bref et l’esclave tomba le visage contre terre. Kazz rendit la massue à Campbell et fit un pas de côté en évitant de croiser le regard de Burton.
— Tous les esclaves seront rassemblés ce soir, ordonna Goering. Ils auront un aperçu de ce qui les attend s’ils essaient de s’enfuir. Les coupables seront rôtis à petit feu, puis il sera mis fin à leurs tourments. Mon distingué collègue maniera personnellement la massue. Je sais qu’il aime bien cela.
Il désigna du doigt Alice :
— Celle-ci est pour moi.
Tullus se dressa vivement :
— Non, Hermann ! Elle me blaît ! Brenez les deux autres, ze vous les laisse. Mais ze veux celle-ci ! Elle a l’air… gomment dites-vous… aristocratique… Une… reine ?
Burton, poussant un véritable rugissement, arracha la massue des mains de Campbell et bondit sur la table. Goering fit un brusque mouvement en arrière. La massue retomba à quelques millimètres de son nez. Au même instant, le Romain projeta sa lance qui blessa Burton à l’épaule. Ce dernier fit tournoyer sa massue. L’arme vola des mains de Tullus.
Les esclaves se jetèrent en hurlant sur les gardes. Frigate arracha un javelot à quelqu’un qui passait à sa portée et donna un formidable coup de hampe sur la tête de Kazz. Le Néandertalien s’affaissa. Monat décocha à un garde un coup de genou dans les parties viriles et s’empara de sa lance.
Après cela, Burton ne se souvenait plus de rien. Il reprit connaissance quelques heures avant la tombée de la nuit. Sa tête lui faisait encore plus mal que précédemment. Ses épaules et son dos étaient ankylosés par la douleur. Il était étendu dans l’herbe dans un enclos carré d’une quinzaine de mètres. Le mur d’enceinte en rondins était renforcé d’un chemin de ronde, à cinq mètres du sol, qui était continuellement parcouru par des sentinelles en armes.
Burton se redressa avec un gémissement. Frigate, accroupi à côté de lui, murmura :
— Je croyais que tu avais ton compte.
— Où sont les femmes ?
Frigate se mit à soupirer comme s’il allait éclater en sanglots. Burton hocha la tête :
— Assez de gamineries. Tu ne sais pas ce qu’ils ont fait d’elles ?
— Que crois-tu donc ? éclata Frigate. Oh, mon Dieu ! Mon Dieu !
— N’y pense plus. Tu ne peux rien pour elles. Pour l’instant tout au moins. Pourquoi ne m’ont-ils pas tué quand j’ai attaqué Goering ?
Frigate sécha les larmes qui perlaient à ses yeux.
— Je n’en sais rien, dit-il. Peut-être qu’ils veulent nous faire mourir à petit feu, pour que nous servions d’exemple aux autres. J’aurais préféré périr en combattant.
— Comment ? Tu viens d’accéder au paradis, et tu es déjà pressé de le quitter ?
Burton se mit à rire, mais cela s’acheva en grimace car la douleur lui vrillait les tempes.
L’un des esclaves qui étaient dans l’enclos s’approcha d’eux. Il se nommait Robert Spruce. C’était un Anglais, né à Kensington en 1945. Il leur apprit que Goering et Tullus s’étaient emparés du pouvoir depuis moins d’un mois. Pour le moment, ils ne s’étaient pas encore attaqués aux territoires voisins. Mais, naturellement, cela faisait partie de leurs plans. Ils avaient l’intention, pour commencer, d’annexer le territoire des Onondagas, une tribu indienne qui occupait la rive opposée du lac. Jusqu’à présent, aucun esclave n’avait pu s’échapper pour leur donner l’alerte.
— Mais les populations voisines s’aperçoivent bien qu’ils font travailler des esclaves, dit Burton.
Spruce fit la grimace :
— Goering fait courir le bruit que tous ses esclaves sont juifs, et qu’il n’en veut point d’autres. Alors, ils ne s’inquiètent pas. Mais vous avez vu par vous-même que c’est tout à fait faux. A peine la moitié sont juifs.
Au crépuscule, on vint chercher Burton, Frigate, Ruach, Greystock et Monat pour les conduire à une pierre à graal. Il y avait là au moins deux cents esclaves, gardés par une soixantaine d’hommes en armes. Les graals furent mis en place et tout le monde attendit. Quand la flamme bleue eut jailli, les graals furent retirés de leurs alvéoles et chaque esclave ouvrit le sien. Les gardes passèrent parmi eux pour prélever le tabac, l’alcool et la moitié de la nourriture.