Le Monde du Fleuve [To Your Scattered Bodies Go - fr]
- Автор: Фармер Филип Хосе
- Год: 1979
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2-221-00134-6
- Переводчик: Guy Abadia
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Le Monde du Fleuve [To Your Scattered Bodies Go - fr]». Краткое содержание книги:
Long de trente-deux millions de kilomètres, le fleuve de l’éternité ne coule pas à la surface de la Terre, mais serpente sur un monde spécialement remanié pour accueillir les ressuscites.
Par qui ? Dans quel but ?
Ce sont les questions que se posent, entre autres ressuscités célèbres, l’explorateur Richard Burton, Sam Clemens, alias Mark Twain, en compagnie de Hermann Goering, Jean sans Terre, Cyrano de Bergerac, Mozart, Ulysse et d’autres figures célèbres ou inconnues.
Seul le talent de Philip José Farmer pouvait évoquer un univers picaresque à la dimension du passé et de l’avenir de l’humanité.
Alice, Ruach, Kazz, Greystock, Wilfreda et lui essayaient de répondre aux coups de l’ennemi. Esther tenait la barre. Loghu était figée au milieu du mât en attendant que cesse la pluie de flèches. Les cinq flèches qu’ils avaient lancées avaient fait trois victimes : un capitaine, un timonier et un matelot qui avait relevé la tête au mauvais moment pour lui.
Esther poussa un cri. Burton pivota brusquement. Une pirogue venait de surgir derrière l’une des goélettes qui l’avait cachée à leur vue. Elle se trouvait à quelques mètres de la proue du Hadji. La collision était inévitable. Les deux hommes de proue de la grande pirogue s’étaient déjà jetés à l’eau. Les rameurs essayaient de quitter leurs bancs pour faire de même. Le Hadji heurta la galère sur son bâbord avant. Eventrée, elle chavira, jetant son équipage à l’eau. Ceux du Hadji furent projetés en avant. Greystock tomba à l’eau. Burton glissa sur le pont à plat ventre, en se râpant la peau du visage, des mains, de la poitrine et des genoux.
Esther avait été arrachée à la barre. Elle avait roulé sur le pont jusqu’à ce qu’elle heurte le panneau du gaillard d’avant, où elle était restée inanimée.
Burton leva les yeux. La grand-voile était en flammes. Il n’y avait plus d’espoir de la sauver. Loghu n’était plus accrochée au mât. Le choc avait dû la projeter dans l’eau. Juste au moment où il se relevait, Burton la vit en train de nager vers le Hadji. Greystock nageait à côté d’elle. Autour d’eux, il y avait des naufragés de la pirogue qui se débattaient. Beaucoup d’entre eux, à en juger d’après les cris qu’ils poussaient, ne savaient pas nager.
Pendant que ceux qui étaient valides hissaient Loghu et Greystock à bord, Burton inspecta les dégâts. La double étrave avait été percée. L’eau s’engouffrait rapidement dans la coque. Le mât était à son tour attaqué par les flammes. Une fumée acre retombait sur eux. Alice et Gwenafra toussaient.
Une nouvelle pirogue de guerre descendait rapidement du nord. Deux goélettes cinglaient vers eux.
Ils pouvaient résister et abattre un certain nombre d’ennemis, qui feraient leur possible jusqu’au dernier moment pour les prendre vivants. Ou bien ils pouvaient essayer de s’enfuir à la nage. Mais dans les deux cas, ils avaient toutes les chances de se faire capturer.
Loghu et Greystock étaient en train de récupérer à bord. Frigate annonça qu’ils n’avaient pas pu ranimer Esther. Ruach lui prit le pouls et lui souleva les paupières. Puis il déclara :
— Elle n’est pas morte, mais elle est complètement K.O.
Burton s’adressa aux femmes de l’équipage :
— Vous savez ce qui vous attend. C’est à vous de décider, bien sûr, mais à votre place, je plongerais le plus loin possible vers le fond du Fleuve et puis je laisserais mes poumons se remplir d’eau d’un seul coup. C’est le meilleur moyen de se réveiller frais et dispos demain matin.
Gwenafra avait quitté le gaillard d’avant. Elle vint se placer à côté de Burton. Elle avait les yeux secs, mais le regard apeuré. Il lui agrippa l’épaule en disant :
— Toi, tu iras avec Alice.
— Où ça ? demanda cette dernière.
Elle se mit à tousser de nouveau et tourna la tête au vent pour échapper à la fumée qui l’entourait.
— Quand tu descendras, dit Burton.
Il abaissa le pouce en direction du Fleuve.
— Je ne pourrai jamais, dit-elle.
— Tu voudrais qu’ils la prennent aussi ? Ce n’est qu’une fillette, mais ce n’est pas cela qui les arrêtera.
Alice semblait sur le point de s’effondrer et d’éclater en sanglots. Mais elle réussit à se contenir.
— Très bien. J’imagine que ce n’est plus un péché, ici, de se suicider. J’espère seulement…
— Oui ?
Il n’avait pas prononcé ce mot, comme il faisait souvent, à sa manière traînante. Ce n’était plus le moment de traîner en quoi que ce soit. La grande pirogue n’était plus qu’à une dizaine de mètres d’eux.
— Nous risquons de nous réveiller dans un endroit qui sera encore pire que celui-ci, poursuivit Alice. Et Gwenafra sera toute seule. Tu sais qu’il n’y a pratiquement aucune chance pour que nous restions ensemble.
— On ne peut rien y faire, dit Burton.
Elle serra les lèvres, pour les rouvrir aussitôt :
— Je me battrai jusqu’au dernier moment. Ensuite…
— Il sera peut-être trop tard, acheva Burton.
Il ramassa son arc et tira une flèche de son carquois. Greystock avait perdu son arme. Il emprunta celle de Kazz. Le Néandertalien prit sa fronde et se mit à la faire tournoyer. Lev sortit aussi la sienne et y plaça un caillou. Monat, qui avait également perdu son arc, utilisa celui d’Esther.
Le commandant de la pirogue leur cria en allemand :
— Déposez vos armes ! Nous ne vous ferons aucun mal !
Une seconde plus tard, il tomba de la plate-forme pour s’écrouler sur un rameur, la poitrine transpercée par une flèche qu’avait tirée Alice. Une autre flèche, probablement tirée par Greystock, toucha le second homme de proue qui tomba à l’eau. En même temps, une pierre heurta un autre homme à l’épaule. Il s’affala en poussant un cri. Une deuxième pierre rebondit sur la tête d’un nouveau rameur, qui lâcha son aviron.
La pirogue s’approchait toujours. Les deux hommes de poupe encourageaient les rameurs à forcer l’allure. Ils tombèrent en même temps, transpercés par deux flèches.
Burton regarda derrière lui. Les deux goélettes amenaient les voiles. Elles avaient évidemment l’intention d’aborder le Hadji en utilisant leurs grappins, mais elles ne voulaient pas que les flammes se communiquent à leur voilure.
La pirogue heurta le Hadji de son étrave. Quatorze membres de son équipage étaient morts ou hors de combat. Les autres avaient abandonné les rames pour brandir de petits boucliers de cuir. Deux flèches se fichèrent dans les boucliers et deux autres dans les bras qui les tenaient. Il restait quand même vingt hommes contre six, plus cinq femmes et une petite fille.
Il est vrai que l’un d’eux était un homme velu, au visage effrayant, doté d’une force phénoménale et armé d’une énorme hache de pierre. Avant même que la grande pirogue ait heurté la coque tribord du Hadji, Kazz avait bondi à pieds joints et atterri au milieu des rameurs juste au moment où l’embarcation s’immobilisait. La hache fracassa deux crânes, puis troua le fond du navire. L’eau commença à pénétrer à flots. Greystock hurla quelque chose dans son dialecte du Cumberland et bondit à son tour aux côtés de Kazz. Il tenait un poignard d’une main et une massue de chêne hérissée d’éclats de silex de l’autre.
Le reste de l’équipage du Hadji continuait méthodiquement à décocher ses flèches. Soudain, Kazz et Greystock regagnèrent en hâte le catamaran. La pirogue était en train de sombrer, en entraînant avec elle ses morts, ses blessés et quelques rescapés terrorisés. Parmi ceux-ci, plusieurs se noyèrent. Les autres s’éloignèrent à la nage ou tentèrent de s’accrocher au Hadji. Ceux-là retombèrent à l’eau, les doigts tranchés ou les phalanges broyées.
Il y eut un choc sur le pont à côté de Burton, puis quelque chose s’enroula autour de son cou. Il bondit et trancha d’un coup de poignard la lanière de cuir qui le tirait en avant. Il fit un nouveau bond de côté pour en éviter une deuxième. Une troisième s’enroula autour de son bras. Il tira sauvagement et l’homme qui la tenait à l’autre bout passa par-dessus bord. Il tomba en hurlant, la tête la première, sur le pont du Hadji. Burton lui enfonça le crâne d’un coup de hache.