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READ-E-BOOK » Космическая фантастика » L'homme des jeux [The Player of Games - fr]
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L'homme des jeux [The Player of Games - fr]

Электронная книга - «L'homme des jeux [The Player of Games - fr]». Краткое содержание книги:

Gurgeh est l’un des plus célèbres joueurs de jeux que la Culture ait jamais connu. Il joue, gagne, enseigne, théorise. La Culture est une immense société galactique, pacifiste, multiforme, anarchiste, tolérante, éthique et cynique. Elle est composée d’humains, d’Intelligences Artificielles et d’espèces étrangères qui ont accepté ses valeurs. Elle cultive les loisirs et les jeux qui ont le statut d’un art majeur.
Le Contact, service de la Culture spécialisé dans l’évaluation et l’infiltration de civilisations étrangères nouvellement découvertes, considère l’Empire d’Azad, terrifiant de puissance et de cruauté, comme un danger potentiel. L’Empire repose, historiquement, sur un jeu infiniment complexe dont le gagnant devient Empereur.
Si bien que Gurgeh, contre son gré, manipulé mais fasciné par le défi, se retrouve à cent mille années-lumière de sa confortable demeure, devenu un pion des IA qui régissent la Culture et lancé dans le formidable jeu d’Azad.
Avec la série de la Culture, Iain Banks renouvelle avec panache et humour l’aventure spatiale. Comme dans L’usage des armes, il construit une société d’envergure galactique, bigarrée, baroque et attachante qui deviendra une référence dans l’histoire des futurs.
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Tous les dix jours, il s’accordait une journée de loisir, là encore sur les conseils du vaisseau ; il explorait plus minutieusement l’appareil, bien qu’en réalité il n’y eût pas grand-chose à voir. Gurgeh était accoutumé aux véhicules civils qui, sur le plan de la densité et de la conception d’ensemble, pouvaient se comparer à toute construction ordinaire prévue pour des humains, avec des cloisons relativement minces séparant de larges espaces ; mais ce vaisseau de guerre, lui, ressemblait davantage à un morceau de roche ou de métal compact. Une espèce d’astéroïde pourvu de boyaux rares et étroits, évidés pour que les humains puissent y circuler. Il visita néanmoins toutes les coursives, toutes les galeries qu’il comportait, tantôt flânant, tantôt peinant – quand il ne se déplaçait pas verticalement grâce aux écoutilles flottantes –, et alla passer un moment dans une des trois bulles situées près du nez de l’appareil afin d’observer le fouillis de machines et d’engins divers qu’on n’avait pas encore enlevé et qui paraissait coagulé sur place.

On y distinguait sous une faible lumière l’énorme masse de l’effecteur principal, tout entouré de brouilleurs d’écrans, de scanners, de traqueurs, d’illuminateurs, de déplaceurs et autres dispositifs offensifs secondaires associés ; il évoquait un gigantesque globe oculaire de forme conique incrusté d’excroissances métalliques contorsionnées. L’ensemble avait bien vingt mètres de diamètre, mais le vaisseau lui apprit – non sans une certaine fierté, constata Gurgeh – que, quand tous les branchements étaient effectués, l’engin pouvait pivoter sur lui-même à une telle vitesse que l’œil humain n’y percevrait qu’une brève palpitation ; qu’on cligne seulement les yeux à ce moment précis, et on ne se rendait compte de rien.

Il inspecta également l’un des hangars déserts contenu dans une des bulles médianes ; il abriterait plus tard un module de Contact, pour le moment en cours de conversion sur le VSG vers lequel ils se dirigeaient. Ce serait le quartier général de Gurgeh lorsqu’il aurait débarqué sur Eä. Il avait vu des holos de son futur intérieur : passablement spacieux, il était néanmoins bien loin des dimensions d’Ikroh.

Il apprit aussi à mieux connaître l’Empire, son histoire et ses structures politiques, sa philosophie et sa religion, ses croyances et ses murs, son mélange de sous-espèces et de sexes différents.

L’ensemble lui faisait l’effet d’un enchevêtrement de contradictions doté d’une puissance évocatrice insoutenable ; un casse-tête à la fois pathologiquement violent et lugubrement sentimental, extraordinairement barbare et étonnamment raffiné, fabuleusement riche et épouvantablement pauvre (mais aussi, indubitablement, nettement fascinant).

On ne lui avait pas menti ; il existait réellement une constante dans l’étourdissante diversité qui caractérisait la vie azadienne : le jeu d’Azad imprégnait toutes les couches de la société, tel un thème unique répété inlassablement au milieu de la cacophonie ambiante, et Gurgeh commença à comprendre ce qu’avait voulu dire le drone Worthil, à savoir que, de l’avis de Contact, c’était le jeu qui maintenait la cohésion de l’Empire. Il n’y avait rien d’autre qui soit susceptible de jouer ce rôle.

Presque tous les jours, il allait nager dans la piscine. Avec ses vingt-cinq mètres de diamètre, le logement d’effecteur avait été transformé de manière à accueillir un projecteur holo, et le Facteur limite avait commencé par projeter un ciel d’azur et des nuages blancs sur la face interne de la bulle, mais Gurgeh s’en était vite lassé, et avait demandé à voir le panorama qui se serait offert à ses yeux s’ils avaient voyagé dans l’espace réel. Une « vue équivalente rectifiée », comme disait le vaisseau.

Il nageait donc sous une voûte de la noirceur irréelle de l’espace, avec de minuscules piqûres d’épingles à l’éclat dur représentant les étoiles dans leur course lente, plongeant sous la surface ou émergeant de l’eau tiède faiblement éclairée par en dessous, image adoucie, inversée d’un vaisseau spatial.

Aux environs du dix-neuvième jour, il commença à sentir et apprécier les biotechs ; il était capable d’affronter le vaisseau dans une version limitée du jeu en utilisant tous les tabliers mineurs plus un des tabliers principaux, et lorsqu’il allait enfin se coucher, il passait ses trois heures de sommeil quotidiennes à rêver des gens qu’il connaissait et de la vie qu’il avait menée, à revivre son enfance, son adolescence, puis les années qui avaient suivi, en un étrange alliage de souvenir, de fantasme et de désir non réalisé. Il songeait régulièrement à écrire à Chamlis ou à Yay (ou à leur enregistrer un message), sans parler de tous ceux qui lui avaient fait parvenir des communications depuis Chiark, mais le moment lui semblait toujours mal choisi, et plus il repoussait l’échéance plus la tâche lui paraissait insurmontable. Les gens cessèrent peu à peu de lui envoyer des enregistrements, ce qui l’emplit à la fois de culpabilité et de soulagement.

Cent un jours après avoir quitté Chiark, et à plus de deux mille années-lumière de l’Orbitale, le Facteur limite vint s’amarrer au Super-Tracteur de classe Fleuve répondant au nom de Parle à mon cul. Une fois en tandem, les deux appareils désormais enclos dans un seul et unique champ ellipsoïde accélérèrent progressivement pour atteindre la vitesse du VSG. Manifestement, l’opération prendrait plusieurs heures, aussi Gurgeh alla-t-il se coucher comme à l’accoutumée.

Le Facteur limite attira son attention alors qu’il sombrait dans le sommeil. Il alluma l’écran de sa cabine.

« Qu’est-ce qui se passe ? » s’enquit d’une voix ensommeillée Gurgeh qui sentait poindre son inquiétude.

L’écran qui occupait la totalité d’une des parois de la cabine était en mode holo afin de donner l’illusion d’une fenêtre. Lorsqu’il l’avait éteint avant de se coucher, il montrait l’arrière du Super-Tracteur sur fond d’étoiles.

Il affichait maintenant un paysage planétaire, un panorama composé de lacs et de collines, de torrents et de forêts, le tout survolé à faible vitesse.

Un appareil aérien entra lentement dans le champ, tel un insecte paresseux.

« J’ai pensé que vous ne voudriez pas rater ça, fit le vaisseau.

« Mais où se trouve ce paysage ? » demanda Gurgeh en se frottant les yeux.

Il était perdu. Il avait cru comprendre que la raison d’être du couplage avec le Super-Tracteur était de ne pas forcer le VSG à ralentir ; le Super-Tracteur était censé les entraîner encore plus vite afin qu’ils rattrapent le vaisseau géant avec lequel ils avaient rendez-vous. Mais au lieu de cela ils avaient dû faire une escale sur une orbitale, une planète, ou quelque chose de plus gros encore.

« Nous avons effectué notre couplage avec le VSG Jeune voyou, l’informa le vaisseau.

« Ah bon ? Et où est-il ? interrogea Gurgeh en s’asseyant au bord du lit.

« Vous avez sous les yeux le parc situé à l’arrière de sa face supérieure. »

Le panorama, qui jusque-là avait dû être grossi, prit brusquement du recul ; Gurgeh se rendit compte qu’il avait devant lui un appareil colossal que survolait lentement le Facteur limite. Le parc lui-même semblait approximativement en forme de carré ; de combien de kilomètres de côté, Gurgeh n’aurait su le dire. Sur l’horizon brumeux, tout au fond, se devinaient d’immenses canyons aux formes régulières, nervures qui, sur cette surface sans bornes, s’enfonçaient d’un cran vers des niveaux inférieurs. Cet ensemble d’air, de sol et d’eau était éclairé par une source lumineuse à la verticale, et Gurgeh se rendit compte tout à coup qu’il ne distinguait même pas l’ombre du Facteur limite.

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