L'homme des jeux [The Player of Games - fr]
- Автор: Бэнкс Иэн М.
- Год: 1992
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2-221-06931-5
- Переводчик: Helene Collon
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «L'homme des jeux [The Player of Games - fr]». Краткое содержание книги:
Le Contact, service de la Culture spécialisé dans l’évaluation et l’infiltration de civilisations étrangères nouvellement découvertes, considère l’Empire d’Azad, terrifiant de puissance et de cruauté, comme un danger potentiel. L’Empire repose, historiquement, sur un jeu infiniment complexe dont le gagnant devient Empereur.
Si bien que Gurgeh, contre son gré, manipulé mais fasciné par le défi, se retrouve à cent mille années-lumière de sa confortable demeure, devenu un pion des IA qui régissent la Culture et lancé dans le formidable jeu d’Azad.
Avec la série de la Culture, Iain Banks renouvelle avec panache et humour l’aventure spatiale. Comme dans L’usage des armes, il construit une société d’envergure galactique, bigarrée, baroque et attachante qui deviendra une référence dans l’histoire des futurs.
Il posa quelques questions sans quitter l’écran des yeux.
S’il ne mesurait que quatre kilomètres d’épaisseur, le Véhicule de Systèmes Généraux de classe Plate-forme appelé Jeune voyou en faisait cinquante-trois de long sur vingt-deux de large. Ce parc couvrait une zone de quatre cents kilomètres carrés, et la longueur totale de l’appareil, entre les deux extrémités de ses champs avant et arrière, dépassait les quatre-vingt-dix kilomètres. Étant davantage orienté vaisseau que destiné à assurer un lieu de résidence permanente, il ne comptait guère que deux cent cinquante millions d’habitants.
Durant les cinq cents jours qu’il fallut au Jeune voyou pour traverser la galaxie principale et gagner la région des Nuages, Gurgeh apprit progressivement le jeu d’Azad ; il trouva même le temps de rencontrer quelques personnes, et de se faire un petit nombre d’amis.
C’étaient des gens de chez Contact. La moitié d’entre eux constituait l’équipage du VSG proprement dit ; la raison de leur présence n’était pas tant le pilotage de l’appareil (chacun des éléments de son triumvirat de Mentaux s’en acquittait fort honorablement) que l’organisation de leur propre société humaine à bord. Ils avaient également pour mission de rester vigilants, d’étudier le torrent ininterrompu d’informations provenant des découvertes des lointaines unités de Contact, d’apprendre, et d’être les représentants de la Culture parmi les systèmes stellaires et fédérations de sociétés intelligentes et conscientes que Contact avait pour but de découvrir, d’examiner et – occasionnellement – de modifier.
L’autre moitié se composait d’équipages d’appareils plus petits ; certains y avaient fait escale pour se distraire, pour se remettre d’aplomb ; d’autres faisaient en quelque sorte de l’auto-stop, comme Gurgeh et le Facteur limite, ou étaient restés en arrière pour étudier plus en détail les amas et agrégats stellaires situés entre la galaxie et les Nuages. Quant au reste, ils attendaient que soient achevés les navires et Véhicules de Systèmes dont ils formeraient un jour l’équipage, et qui n’existaient encore que sous forme de numéros sur une liste d’appareils à construire à bord à une date ultérieure.
Le Jeune voyou était ce qu’on appelait chez Contact un VSG d’entremise : il jouait un rôle de point de rassemblement, à la fois pour les hommes et pour le matériel, et sélectionnait les futurs membres d’équipage des unités VSL, VSM et VSG de classe inférieure qu’il assemblait à son bord. Il existait d’autres types de grands VSG, orientés résidence, ceux-là, et qui, dans ce domaine, se suffisaient largement à eux-mêmes.
Gurgeh passa plusieurs jours dans le parc supérieur à se promener à pied ou le survoler à bord d’un de ces appareils aériens pourvus de vraies ailes et mus par de vrais propulseurs qui étaient alors en vogue sur le VSG. Il acquit même une compétence suffisante en matière de pilotage pour participer à une compétition durant laquelle plusieurs milliers de ces avions fragiles dessinèrent des huit au-dessus de la surface du Véhicule, pénétrant par l’un des tunnels d’accès courant le long du flanc de l’appareil pour ressortir de l’autre côté et passer ensuite en dessous.
Le Facteur limite, garé sur l’un des Docks principaux à proximité d’une Voie, l’encouragea dans cette activité en déclarant que cela lui procurerait une détente dont il avait bien besoin. Gurgeh déclina toutes les parties qu’on lui proposa, quel que soit le jeu, mais retint quelques-unes des nombreuses invitations qui lui parvinrent : soirées, cérémonies et autres manifestations collectives. Il passa plusieurs nuits ailleurs que sur le Facteur limite, et le vieux vaisseau de guerre fut à son tour l’hôte de quelques rares jeunes élues.
Néanmoins, Gurgeh passait le plus clair de son temps seul à bord, à se plonger dans l’étude de tableaux de chiffres et de comptes rendus de parties, à frotter les biotechs dans ses mains, à arpenter les trois grands tabliers, embrassant du regard les paysages simulés et les pièces du jeu, l’esprit fonctionnant à plein régime, traquant structures et possibilités, points forts et points faibles.
Il suivit un cours accéléré de vingt jours pour apprendre l’eächic, la langue de l’Empire. Il avait initialement prévu de s’exprimer en marain, comme il en avait l’habitude, et d’avoir recours à un interprète ; mais il soupçonnait l’existence de liens subtils entre la langue et le jeu, et pour cette seule raison décida de l’apprendre. Le vaisseau lui déclara plus tard que c’était de toute manière préférable : la Culture était prudente au point de tenir à ce que les complexités internes de son langage restent inconnues de l’Empire d’Azad.
Peu après son arrivée, on lui avait envoyé un drone, une machine de plus petite taille encore que Mawhrin-Skel. Elle était de forme circulaire et composée de plusieurs sections indépendantes qui tournaient sur elles-mêmes comme des anneaux autour d’un axe central immobile. Elle se présenta comme étant un drone-bibliothèque ayant reçu en sus une formation diplomatique, et sous le nom de Trebel Flère-Imsaho Ep-handra Lorgin Estral. Gurgeh la salua et s’assura que son terminal était bien en marche. Sitôt la machine repartie, il envoya un message à Chamlis Amalk-ney en joignant l’enregistrement de sa rencontre avec le petit drone. Chamlis répondit quelque temps plus tard en confirmant que l’engin était bien ce qu’il prétendait être : un modèle relativement récent de drone-bibliothèque. Ce n’était pas vraiment le vétéran auquel tous deux s’étaient attendus, mais il avait l’air plutôt inoffensif. Chamlis déclarait en outre n’avoir jamais entendu dire que les drones de cette classe puissent être dotés de fonctions offensives.
Le vieux drone conclut en lui rapportant quelques-unes des rumeurs qui couraient à Gévant. Yay Méristinoux parlait de quitter Chiark afin de poursuivre ailleurs sa carrière de paysagiste. Elle éprouvait un soudain intérêt pour des choses nommées « volcans » ; Gurgeh en avait-il jamais entendu parler ? Hafflis changeait de nouveau de sexe. Le professeur Boruélal lui faisait ses amitiés, mais pas un mot de plus tant qu’il n’aurait pas répondu à ses messages précédents. Dieu merci, Mawhrin-Skel était toujours invisible. Central était vexé d’avoir perdu la trace de l’horrible petite machine ; officiellement, celle-ci se trouvait toujours dans la juridiction du Mental Orbital, et serait dans l’obligation de rendre des comptes au prochain recensement-inventaire.
Pendant les quelques jours qui suivirent sa première rencontre avec Flère-Imsaho, Gurgeh passa son temps à se demander ce qui l’avait troublé chez ce minuscule drone-bibliothèque. Flère-Imsaho était d’une petitesse presque pathétique (il aurait pu se dissimuler entièrement au creux de deux mains jointes), mais il avait quelque chose qui mettait Gurgeh mal à l’aise en sa présence.
Ce dernier comprit (ou plutôt « sut ») de quoi il s’agissait un beau matin en s’éveillant d’un cauchemar où il s’était vu prisonnier d’une sphère métallique roulant dans tous les sens dans un jeu bizarre et cruel… Avec ses anneaux extérieurs en perpétuelle rotation et sa coque blanche en forme de disque, Flère-Imsaho présentait une certaine ressemblance avec les plaquettes à pions secrets du jeu de Possession.
Gurgeh paressait dans un fauteuil confortable et moulant installé sous les arbres au feuillage luxuriant, et regardait en contrebas tourner les patineurs. Il n’était vêtu que d’un gilet et d’un short, mais entre lui et la patinoire proprement dite se dressait un champ-écran qui maintenait une douce chaleur tout autour de lui. Le joueur se partageait entre son terminal, où il était occupé à mémoriser des équations de probabilités, et l’étendue de glace, où quelques personnes de sa connaissance glissaient sur la surface pastel sculptée par les patins.