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L'homme des jeux [The Player of Games - fr]

Электронная книга - «L'homme des jeux [The Player of Games - fr]». Краткое содержание книги:

Gurgeh est l’un des plus célèbres joueurs de jeux que la Culture ait jamais connu. Il joue, gagne, enseigne, théorise. La Culture est une immense société galactique, pacifiste, multiforme, anarchiste, tolérante, éthique et cynique. Elle est composée d’humains, d’Intelligences Artificielles et d’espèces étrangères qui ont accepté ses valeurs. Elle cultive les loisirs et les jeux qui ont le statut d’un art majeur.
Le Contact, service de la Culture spécialisé dans l’évaluation et l’infiltration de civilisations étrangères nouvellement découvertes, considère l’Empire d’Azad, terrifiant de puissance et de cruauté, comme un danger potentiel. L’Empire repose, historiquement, sur un jeu infiniment complexe dont le gagnant devient Empereur.
Si bien que Gurgeh, contre son gré, manipulé mais fasciné par le défi, se retrouve à cent mille années-lumière de sa confortable demeure, devenu un pion des IA qui régissent la Culture et lancé dans le formidable jeu d’Azad.
Avec la série de la Culture, Iain Banks renouvelle avec panache et humour l’aventure spatiale. Comme dans L’usage des armes, il construit une société d’envergure galactique, bigarrée, baroque et attachante qui deviendra une référence dans l’histoire des futurs.
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Gurgeh ne se rendait pratiquement pas compte du passage des jours. Il ne dormait que deux ou trois heures par nuit et, le reste du temps, il s’installait devant l’écran, quand il n’allait pas se tenir au milieu d’un tablier tandis que le vaisseau lui parlait, traçait des diagrammes dans l’air et déplaçait des pièces. Il ne cessait jamais d’endocriner. Son cerveau baignait en permanence dans l’alchimie génomanipulée d’un flot de drogues à sécrétion interne charriées par son flux sanguin, tandis que, soumise à rude épreuve, sa glande principale (cinq fois plus grosse que chez ses ancêtres humains primitifs) injectait les substances codées dans son organisme ou donnait l’ordre à d’autres glandes de s’en acquitter à sa place.

Chamlis lui fit parvenir deux ou trois messages, principalement des commérages sur les habitants de la Plate-forme. Mawhrin-Skel avait disparu, Hafflis parlait de redevenir femme afin d’avoir un autre enfant. Central et les paysagistes de la Plate-forme avaient fixé la date d’inauguration de Tépharne, la toute dernière Plate-forme construite de l’autre côté de l’Orbitale et qui, au moment du départ de Gurgeh, n’en était encore qu’à sa configuration météorologique. Elle serait ouverte à la population dans deux ans. Yay, estimait Chamlis, serait sans doute fâchée de ne pas avoir été consultée avant l’annonce de cette décision. Il envoyait ses vœux à Gurgeh et lui demandait comment il se portait.

Quant au message de Yay, ce n’était guère plus qu’une carte postale animée. On la voyait vautrée dans un filet-G en face d’un grand écran ou d’une énorme baie d’observation où s’encadrait une planète bleu et rouge de type géante gazeuse. Elle appréciait sa croisière en compagnie de Shuro et deux ou trois de ses amis. Elle n’avait pas tout à fait l’air dans son état normal. Elle lui disait qu’il était méchant d’être parti si vite et pour si longtemps sans attendre qu’elle revienne… Puis elle apercevait quelqu’un en dehors du champ du terminal, et coupait la communication non sans promettre de le recontacter plus tard.

Gurgeh autorisa le Facteur limite à accuser réception de ces messages, mais n’y répondit pas directement. Tous deux eurent pour effet de lui procurer un certain sentiment de solitude, mais chaque fois il se replongea dans le jeu, et évacua de son esprit tout ce qui n’était pas lui.

Il conversait avec le vaisseau, plus accessible que son télédrone. Comme le lui avait dit Worthil, il était sympathique, mais nullement brillant. Sauf en ce qui concernait l’Azad. En fait, Gurgeh avait l’impression que le vaisseau retirait de ce jeu quelque chose de plus que lui : il l’avait appris à la perfection et paraissait prendre grand plaisir aussi bien à le lui enseigner qu’à vanter la complexité et la beauté de sa structure. Le vaisseau reconnut qu’il n’avait jamais utilisé ses effecteurs de manière agressive sous le coup de la colère, et qu’il trouvait peut-être dans l’Azad ce qui lui avait manqué pendant ses combats réels.

Le Facteur limite était une Unité Offensive Générale de classe « Assassin », numéro 50 017, et en tant que telle une des dernières construites, c’est-à-dire sept cent seize ans plus tôt, pendant les derniers sursauts de la guerre indirane, alors que le conflit spatial touchait à sa fin. En théorie, l’appareil avait connu le service actif : mais en réalité à aucun moment il ne s’était trouvé en danger.

Au bout de trente jours, Gurgeh se mit à manipuler les pièces d’Azad.

Certains pions étaient des biotechs : des artefacts sculptés à partir de cellules créées par manipulation génétique et dont le caractère changeait dès leur premier déballage, quand on les plaçait pour la première fois sur le tablier. Mi-animaux mi-végétaux, ils affichaient leur valeur et leur capacité en changeant de couleur, de forme et de taille. Le Facteur limite prétendait que les pions qu’il avait fabriqués n’étaient en rien différents des pièces authentiques ; Gurgeh estimait que cette affirmation était sans doute quelque peu optimiste.

Ce fut seulement quand il se mit à sonder les pièces, à percevoir par le toucher et l’odorat ce qu’elles étaient et ce qu’elles pouvaient devenir (plus faibles ou plus puissantes, plus rapides ou plus lentes, plus durables ou plus éphémères) qu’il se rendit compte à quel point le jeu allait se révéler ardu.

Il n’arrivait pas à comprendre les biotechs ; pour lui, ce n’étaient que des morceaux de légumes colorés et sculptés qui gisaient dans ses mains comme des choses mortes. Il les frotta jusqu’à s’en tacher les mains, il les renifla, il les regarda fixement. Pourtant, dès qu’ils se trouvaient sur le tablier, ils se comportaient de manière tout à fait inattendue, se transformant en chair à canon quand il les prenait pour des cuirassés, abandonnant l’équivalent de ce qu’on appelle en philosophie une prémisse, c’est-à-dire une position bien repliée à l’intérieur de son propre territoire, pour se muer en éclaireurs qui auraient davantage eu leur place sur les hauteurs ou en première ligne.

Au bout de quatre jours il était au désespoir, et songeait sérieusement à demander qu’on le ramène à Chiark ; il avouerait tout à Contact, en espérant simplement qu’ils auraient pitié de lui et, soit garderaient Mawhrin-Skel chez eux, soit le contraindraient au silence. Tout plutôt que poursuivre cette charade démoralisante et horriblement frustrante.

Le Facteur limite lui suggéra de laisser tomber les biotechs pour l’instant et de se concentrer sur les tabliers secondaires qui, s’il les remportait, lui donneraient une certaine liberté quant au degré d’utilisation de ces pions dans les étapes suivantes. Gurgeh obtempéra et s’en tira honorablement, mais il restait pessimiste, déprimé ; parfois, il se rendait compte que le Facteur limite lui parlait depuis plusieurs minutes alors qu’il réfléchissait à un tout autre aspect du jeu, et il était contraint de demander au vaisseau de se répéter.

Les jours passèrent ; le vaisseau proposait de temps à autre à Gurgeh de manipuler un biotech, et lui conseillait en premier lieu d’endocriner telle ou telle substance. Il lui suggéra même d’emporter dans son lit certaines des pièces les plus importantes afin de les tenir dans ses mains ou dans ses bras pendant son sommeil comme s’il s’agissait d’un petit bébé. Quand il se réveillait, il se sentait toujours un peu ridicule, et se réjouissait qu’il n’y ait personne pour le voir. (Mais comment en être certain ? Ses déboires avec Mawhrin-Skel l’avaient peut-être rendu hypersensible à ce genre de chose, mais il avait bien peur de ne plus jamais être certain de ne pas être observé. Peut-être était-il surveillé par le Facteur limite, espionné, évalué par Contact… Quoi qu’il en fût, il décréta qu’il ne s’en souciait plus.)

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