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Les enfants d'Icare

Электронная книга - «Les enfants d'Icare». Краткое содержание книги:

« Il se trouvait à un moment où l’Histoire retient son souffle, où le présent se détache de ce qui a été… Toutes les réussites du passé se trouvaient réduites à néant, mais une seule pensée revenait inlassablement dans l’esprit de Reinhold comme un écho tenace : désormais l’homme n’était plus seul dans l’univers. »
L’astronef étranger s’était posé sur Terre et nul ne l’avait vu arriver. Maintenant qu’il était là, plus rien ne serait comme avant. Sans se montrer, ses occupants ne tardent pas à imposer leur volonté à l’homme. Ils exigent et obtiennent le désarmement général.
L’action des Suzerains est incontestablement bénéfique et cependant un doute terrible subsiste… Pourquoi aucun humain n’a-t-il pu les apercevoir ? L’existence de l’humanité n’est-elle pas menacée ?
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Le Pr Sullivan hocha rêveusement la tête.

— Oui, la narcosamine est un produit inoffensif et il est possible de la doser avec une très grande précision. Mais il vous faudra une sérieuse réserve de vivres. Quand vous vous réveillerez, vous claquerez de faim et vous serez maigre comme un clou. Supposez que vous mouriez d’inanition parce que vous n’aurez pas la force de vous servir d’un ouvre-boîtes ?

— J’y ai songé, répliqua Jan, quelque peu vexé. Je me nourrirai très classiquement de sucre et de chocolat.

— Parfait ! Je suis heureux de constater que vous avez étudié la question sous tous ses angles et que vous ne traitez pas cette affaire comme s’il s’agissait d’un exercice d’acrobatie susceptible d’être décommandé si les choses ne se passaient pas conformément à votre attente. Vous jouez avec votre vie, c’est votre droit, mais je n’aimerais pas me dire que je vous ai aidé à vous suicider.

Sullivan souleva distraitement le crâne de poisson et Jan posa la main sur le plan pour l’empêcher de s’enrouler.

— Heureusement, poursuivit l’ichtyologiste, le matériel dont vous avez besoin est standard et notre atelier sera en mesure de le fabriquer en quelques semaines. Et si vous changez d’avis entre-temps…

— Je n’en changerai pas.

« …J’ai examiné tous les risques de l’entreprise. Mon plan est apparemment sans faille. Au bout de six semaines, je sortirai de ma cachette à l’instar d’un vulgaire passager clandestin et je me livrerai. À ce moment, nous serons presque arrivés au terme du voyage et nous nous apprêterons à nous poser sur la planète des Suzerains.

« Dès lors, évidemment, la décision leur appartiendra. Il est probable qu’il me renverront sur la Terre par le premier vaisseau en partance. Mais je peux au moins espérer voir quelque chose. J’ai une caméra de quatre millimètres et des kilomètres de film. Ce ne sera pas ma faute si je ne peux pas m’en servir. Et, au pire, j’aurai apporté la preuve que l’on ne peut pas maintenir éternellement l’homme en quarantaine. J’aurai créé un précédent qui obligera Karellen à prendre une initiative quelconque.

« Voilà, ma chère Maïa, ce que j’avais à te dire. Je sais que je ne te manquerai pas énormément. Avouons-le franchement : les liens qui nous unissaient ont toujours été assez lâches. Et, maintenant que tu es mariée à Rupert, tu seras heureuse comme un poisson dans l’eau au sein de ton univers personnel. C’est en tout cas le vœu que je forme.

« Adieu, donc, et bonne chance. Ce sera avec plaisir que je ferai la connaissance de tes petits-enfants. Arrange-toi pour qu’ils soient au courant de l’aventure de leur arrière-grand-oncle.

« Ton frère affectionné

JAN »

13

Quand il vit l’objet pour la première fois, Jan eut du mal à croire que ce qu’il avait sous les yeux n’était pas le fuselage d’un petit avion de ligne en cours d’assemblage. Le squelette de métal de vingt mètres de haut, parfaitement profilé, était enserré dans la trame d’un échafaudage léger sur lequel s’affairaient les soudeurs.

— Oui, dit Sullivan en réponse à la question du jeune homme. Nous employons les techniques aéronautiques et la plupart des hommes sont des spécialistes issus de cette industrie. On a de la peine à s’imaginer qu’un animal de cette taille peut être vivant et bondir hors de l’eau comme je les ai pourtant vus faire, n’est-ce pas ?

Tout cela était captivant, mais Jan avait d’autres choses en tête. Il scrutait la gigantesque structure en quête d’une cachette convenant à sa petite cellule – son « cercueil climatisé », comme l’avait baptisée Sullivan. Sur ce point, il fut immédiatement rassuré : il y avait suffisamment d’espace pour donner asile à une douzaine de passagers clandestins.

— L’infrastructure me paraît presque terminée. Quand allez-vous lui mettre sa peau ? Je suppose que vous avez d’ores et déjà capturé votre cétacé. Sinon, vous n’auriez pas su quelles dimensions donner à l’armature.

La remarque eut le don d’amuser vivement Sullivan.

— Nous n’avons pas l’intention de pêcher le moindre cachalot. D’ailleurs, ils n’ont pas de peau au sens habituel du mot. Enrober ce cadre d’une enveloppe de graisse épaisse de vingt centimètres serait impraticable. Non, nous allons fabriquer un simulacre en plastique que nous peindrons ensuite avec le plus grand soin. Quand nous en aurons fini, personne ne sera capable de faire la différence.

Dans ce cas, songea Jan, les Suzerains auraient été mieux avisés de prendre des photos et de construire eux-mêmes une copie grandeur nature du bestiau sur leur propre planète. Mais peut-être que leurs nefs de ravitaillement repartaient à vide et qu’une babiole comme un cachalot de vingt mètres passerait quasiment inaperçue. Des êtres disposant d’énergie et de ressources aussi phénoménales n’allaient pas se casser la tête pour faire des économies sordides…

Le Pr Sullivan était debout devant l’une de ces colossales statues qui constituaient le plus grand des défis lancés à l’archéologie depuis la découverte de l’île de Pâques. Roi, dieu ou tout autre chose qu’elle pût être, son regard aveugle semblait se poser sur l’homme qui contemplait son œuvre. Sullivan était fier de son enfant et il regrettait que celui-ci dût être dans si peu de temps banni de la vue des hommes.

Le tableau vivant aurait pu passer pour le fantasme d’un artiste fou travaillant dans le délire de la drogue. C’était cependant la fidèle copie de la vie. L’artiste, en l’occurrence, était la nature elle-même. Peu d’hommes avaient assisté à un spectacle pareil avant qu’eût été perfectionnée la télévision sous-marine – et c’était une scène qui ne durait que quelques secondes les rares fois où les titanesques protagonistes surgissaient à la surface des eaux tumultueuses. Ces combats se déroulaient dans la nuit des abîmes océaniques où les cachalots cherchaient pitance. Une pitance qui n’était pas du tout d’accord pour être dévorée vive.

Le cachalot s’apprêtait à refermer sur sa proie sa gueule béante dont la mâchoire inférieure étirée était garnie de dents acérées. Sa tête disparaissait presque sous l’enchevêtrement convulsif des tentacules blêmes et flasques du calmar géant qui se défendait farouchement. Des cercles livides de vingt centimètres de diamètre et davantage mouchetaient son épiderme, là où les ventouses s’étaient posées. L’un de ces tentacules était déjà réduit à l’état de moignon et il ne pouvait y avoir de doute sur l’issue de l’affrontement. Quand ces deux monstres, les plus gros de la planète, se battaient en duel, c’était toujours au cachalot que revenait la victoire. En dépit de la force énorme de sa forêt de tentacules, le seul espoir du calmar était de chercher son salut dans la fuite avant que la mâchoire patiente de son adversaire l’eût déchiqueté. Ses yeux dépourvus d’expression, larges de cinquante centimètres, étaient braqués sur son meurtrier – bien que, selon toute vraisemblance, aucun des combattants ne pût voir son adversaire dans les ténèbres abyssales.

Le montage, d’une longueur hors-tout de plus de trente mètres, était enfermé dans une cage aux barreaux d’aluminium à laquelle un palan était déjà fixé. Tout était prêt : il ne restait plus qu’à attendre le bon plaisir des Suzerains. Sullivan souhaitait qu’ils se dépêchent : le suspense commençait à être inconfortable.

Quelqu’un sortit du bureau. Quelqu’un qui, visiblement, le cherchait. Sullivan reconnut son principal collaborateur et alla à sa rencontre.

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