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Les petits dieux [Small Gods - fr]

Электронная книга - «Les petits dieux [Small Gods - fr]». Краткое содержание книги:

Or il advint qu’en ce temps-là le grand dieu Om s’adressa à Frangin, l’Elu :
“Psst !”
Frangin s’arrêta au milieu d’un coup de binette et fit du regard le tour du jardin du temple. “Pardon ?” lança-t-il.
C’était une belle journée de printemps prime. Les moulins à prière tournaient joyeusement dans le vent qui tombait des montagnes. En altitude, un aigle solitaire décrivait des cercles.
Frangin haussa les épaules et retourna à ses melons.
Le grand dieu Om s’adressa derechef à Frangin l’Elu :
“T’es sourd, mon gars ?”
Une lourde responsabilité attend le jeune novice : prévenir une guerre sainte. Car il est des hérétiques, voyez-vous, pour prétendre, contrairement au dogme de l’Eglise, que le monde est plat et qu’il traverse l’univers sur le dos d’une immense tortue…
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Les hommes ! Ils vivent dans un monde où l’herbe continue d’être verte, où le soleil se lève tous les jours, où les fleurs se transforment en fruits, et qu’est-ce qui les impressionne ? Des statues qui pleurent. Et de l’eau qui se change en vin ! Un simple effet tunnel de mécanique quantique. Ces phénomènes finiraient de toute façon par se produire si l’on était prêt à patienter des milliards d’années. Comme si la transformation du soleil en vin par l’entremise de vignes, de raisins, de temps et d’enzymes n’était pas mille fois plus impressionnante, surtout qu’elle se répétait sans cesse…

Enfin, il n’arrivait même plus à réaliser l’artifice divin le plus élémentaire désormais. Des éclairs aussi ravageurs qu’une étincelle dans une peau de chat ; difficile de châtier le moindre pécheur dans ces conditions. Il avait châtié ferme autrefois. Aujourd’hui, il était tout juste capable de franchir une flaque d’eau et de nourrir l’Un.

La prière de Frangin était un air de piccolo dans un monde de silence.

Om attendit que le novice se taise, puis il se déplia les pattes et sortit en bringuebalant d’un bord et de l’autre dans les premières lueurs de l’aube.

Les Ephébiens traversèrent les cours du palais ; ils entouraient presque complètement les Omniens, mais pas tout à fait, à la façon d’une escorte de prisonniers.

Frangin s’aperçut que Vorbis bouillait de rage. Une petite veine palpitait sur la tempe chauve de l’exquisiteur.

Comme s’il sentait les yeux du novice posés sur lui, Vorbis tourna la tête.

« Tu m’as l’air mal à l’aise ce matin, Frangin, dit-il.

— Pardon, monseigneur.

— Tu m’as l’air de regarder dans tous les coins. Qu’espères-tu trouver ?

— Euh… Ça m’intéresse, c’est tout, monseigneur. Tout est nouveau.

— La soi-disant sagesse d’Éphèbe vaut moins qu’une seule ligne du moindre paragraphe du Septateuque, affirma Vorbis.

— Ne pouvons-nous pas étudier les œuvres des infidèles pour mieux déjouer les ruses de l’hérésie ? fit Frangin en se surprenant lui-même.

— Ah. Un argument convaincant, Frangin, et que les inquisiteurs ont maintes fois entendu, pas toujours distinctement d’ailleurs. »

Vorbis lança des regards noirs à la nuque d’Aristocrate qui dirigeait le groupe. « Il n’y a qu’un petit pas entre prêter l’oreille à l’hérésie et remettre en question la vérité établie, Frangin. L’hérésie est souvent fascinante. Voilà ce qui la rend dangereuse.

— Oui, monseigneur.

— Hah ! Et non contents de sculpter des statues prohibées, ils le font mal. »

Frangin n’était pas un expert, mais même lui devait reconnaître que le diacre avait raison. Maintenant que l’attrait de la nouveauté s’était dissipé, il trouvait les statues qui décoraient chaque niche du palais mal fichues. Il aurait juré qu’il venait d’en passer une affublée de deux bras gauches. Une autre avait les oreilles de taille différente. On n’avait pas voulu sculpter de dieux laids, non. On avait visiblement voulu réaliser de jolies statues. Mais le sculpteur ne s’était pas montré à la hauteur.

« La femme là-bas, on dirait qu’elle tient un pingouin, dit Vorbis.

— Patina, la déesse de la sagesse, expliqua machinalement Frangin avant de comprendre sa gaffe. Je… euh… j’ai entendu quelqu’un en parler.

— Tiens. Et tu dois avoir une ouïe remarquable », fit Vorbis.

Aristocrate s’arrêta devant une porte impressionnante et hocha la tête en direction du groupe.

« Messieurs, annonça-t-il, le tyran va vous recevoir de suite.

— Tu te souviendras de tout ce qu’on dira », murmura Vorbis.

Frangin opina.

Les battants s’ouvrirent.

Partout dans le monde, des dirigeants portaient des titres tels que l’Exalté, le Suprême et Sa Seigneurie le Grand Machin ou Truc. Mais dans un petit pays, un seul, c’était le peuple qui élisait son dirigeant, qu’il pouvait destituer quand il le voulait. Et il l’appelait le tyran.

Les Ephébiens croyaient que chaque homme devait avoir le droit de vote[7]. Tous les cinq ans, quelqu’un se faisait élire tyran, à condition de prouver qu’il était honnête, intelligent, raisonnable et digne de confiance. Aussitôt après son élection, bien entendu, tout le monde reconnaissait en lui un fou criminel complètement coupé des préoccupations du philosophe moyen en quête d’une serviette. Puis, cinq ans plus tard, on en élisait un autre tout pareil. Étonnant, tout de même, ces gens intelligents qui persistaient à commettre les mêmes erreurs.

On élisait les candidats pour le poste de tyran en déposant des boules noires ou blanches dans diverses urnes, ce qui donnait lieu à des gestes éloquents sur la politique, les deux mains à demi fermées de part et d’autre du cou.

Le tyran était un petit gros aux jambes maigres qui évoquait un œuf en train d’éclore à l’envers. Il se tenait assis seul au milieu de la salle dallée de marbre dans un fauteuil entouré de rouleaux et de bouts de papier. Ses pieds ne touchaient pas le dallage, et il avait la figure rose.

Aristocrate lui chuchota quelques mots à l’oreille. Le tyran leva le nez de sa paperasse.

« Ah, la délégation omnienne, dit-il, et un sourire lui jaillit sur la figure comme une petite bestiole filant sur la pierre. Prenez donc tous un siège. »

Il rabaissa le nez sur ses papiers.

« Je suis le diacre Vorbis de la Quisition de la Citadelle », se présenta Vorbis d’une voix glaciale.

Le tyran releva la tête et lui fit un autre sourire de lézard.

« Voueille, je sais, dit-il. Vous torturez les gens pour vivre. Je vous en prie, asseyez-vous, diacre Vorbis. Et aussi votre jeune ami bien en chair qui m’a l’air de chercher quelque chose. Et tout le monde. De jeunes femmes vont arriver dans un instant avec des raisins et je ne sais quoi. C’est généralement ce qui se passe. Difficile d’arrêter cette habitude, en fait. »

Il y avait des bancs devant le fauteuil du tyran. Les Omniens s’assirent. Vorbis resta debout.

Le tyran hocha la tête. « Bé, comme vous voulez, dit-il.

— C’est inadmissible ! cracha Vorbis. On nous a traités…

— Beaucoup mieux que vous ne nous auriez traités, vous, répliqua le tyran d’une voix douce. Vous vous asseyez ou vous restez debout, monseigneur, parce que nous sommes à Éphèbe et que vous pouvez même vous tenir sur la tête, personnellement je m’en moque, mais ne me faites pas croire que si c’était moi qui venais chercher la paix dans votre Citadelle on me proposerait autre chose que me vautrer dans ce qui resterait de mon estomac. Asseyez-vous ou restez debout, monseigneur, mais gardez le silence. J’ai presque fini.

— Fini quoi ? demanda Vorbis.

— Le traité de paix, répondit le tyran.

— Mais nous sommes ici pour en discuter.

— Non. » Le lézard détala une fois de plus sur le visage de l’Ephébien. « Vous êtes ici pour le signer. »

Om prit une inspiration profonde puis se lança en avant.

La volée de marches était raide. Il les sentit toutes passer alors qu’il chutait de l’une à l’autre, mais en tout cas il se retrouva debout au bas de l’escalier.

Il était perdu, mais il valait mieux être perdu à Éphèbe qu’à la Citadelle. Au moins, on n’y voyait pas de caves.

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7

Pourvu qu’il ne soit ni pauvre, ni étranger, ni déclaré inapte pour cause de folie, de frivolité ou parce qu’il était une femme.

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