Ainsi parlait Zarathoustra
- Автор: Ницше Фридрих Вильгельм
- Год: 21
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «Ainsi parlait Zarathoustra». Краткое содержание книги:
Écoute! Écoute! Comme les mauvais souvenirs lui font pousser des gémissements! ou bien sont-ce de mauvais présages?
Hélas! je suis triste avec toi, monstre obscur, et je m’en veux à moi-même à cause de toi.
Hélas! pourquoi ma main n’a-t-elle pas assez de force! Que j’aimerais vraiment te délivrer des mauvais rêves! -
Tandis que Zarathoustra parlait ainsi, il se mit à rire sur lui-même avec mélancolie et amertume. Comment! Zarathoustra! dit-il, tu veux encore chanter des consolations à la mer?
Hélas! Zarathoustra, fou riche d’amour, ivre de confiance? Mais tu fus toujours ainsi: tu t’es toujours approché familièrement de toutes les choses terribles.
Tu voulais caresser tous les monstres. Le souffle d’une chaude haleine, un peu de souple fourrure aux pattes -: et immédiatement tu étais prêt à aimer et à attirer à toi.
L’amour est le danger du plus solitaire; l’amour de toute chose pourvu qu’elle soit vivante! Elles prêtent vraiment à rire, ma folie et ma modestie dans l’amour! -
Ainsi parlait Zarathoustra et il se mit à rire une seconde fois: mais alors il pensa à ses amis abandonnés, et, comme si, dans ses pensées, il avait péché contre eux, il fut fâché contre lui-même à cause de sa pensée. Et aussitôt il advint que tout en riant il se mit à pleurer: – Zarathoustra pleura amèrement de colère et de désir.
De la vision et de l’énigme
1.
Lorsque, parmi les matelots, il fut notoire que Zarathoustra se trouvait sur le vaisseau – car en même temps que lui un homme des Îles Bienheureuses était venu à bord, – il y eut une grande curiosité et une grande attente. Mais Zarathoustra se tut pendant deux jours et il fut glacé et sourd de tristesse, en sorte qu’il ne répondit ni aux regards ni aux questions. Le soir du second jour, cependant, ses oreilles s’ouvrirent de nouveau bien qu’il se tût encore: car on pouvait entendre bien des choses étranges et dangereuses sur ce vaisseau qui venait de loin et qui voulait aller plus loin encore. Mais Zarathoustra était l’ami de tous ceux qui font de longs voyages et qui ne daignent pas vivre sans danger. Et voici! Tout en écoutant, sa propre langue finit par être déliée et la glace de son cœur se brisa: – alors il commença à parler ainsi:
À vous, chercheurs hardis et aventureux, qui que vous soyez, vous qui vous êtes embarqués avec des voiles pleines d’astuce, sur les mers épouvantables, – à vous qui êtes ivres d’énigmes, heureux du demi-jour, vous dont l’âme se laisse attirer par le son des flûtes dans tous les remous trompeurs:
– car vous ne voulez pas tâtonner d’une main peureuse le long du fil conducteur; et partout où vous pouvez deviner, vous détestez de conclure -
c’est à vous seuls que je raconte l’énigme que j’ai vue, – la vision du plus solitaire. -
Le visage obscurci, j’ai traversé dernièrement le blême crépuscule, – le visage obscurci et dur, et les lèvres serrées. Plus d’un soleil s’était couché pour moi.
Un sentier qui montait avec insolence à travers les éboulis, un sentier méchant et solitaire qui ne voulait plus ni des herbes ni des buissons, un sentier de montagne criait sous le défi de mes pas.
Marchant, muet, sur le crissement moqueur des cailloux, écrasant la pierre qui le faisait glisser, mon pas se contraignait à monter.
Plus haut: – quoiqu’il fût assis sur moi, l’esprit de lourdeur, moitié nain, moitié taupe, paralysé, paralysant, versant du plomb dans mon oreille, versant dans mon cerveau, goutte à goutte, des pensées de plomb.
«Ô Zarathoustra, me chuchotait-il, syllabe par syllabe, d’un ton moqueur, pierre de la sagesse! tu t’es lancé en l’air, mais toute pierre jetée doit – retomber!
Zarathoustra, pierre de la sagesse, pierre lancée, destructeur d’étoiles! c’est toi-même que tu as lancé si haut, – mais toute pierre jetée doit – retomber!
Condamné à toi-même et à ta propre lapidation: ô Zarathoustra, tu as jeté bien loin la pierre, – mais elle retombera sur toi!»
Alors le nain se tut; et son silence dura longtemps, en sorte que j’en fus oppressé; ainsi lorsqu’on est deux, on est en vérité plus solitaire que lorsque l’on est seul!
Je montai, je montai davantage, en rêvant et en pensant, – mais tout m’oppressait. Je ressemblais à un malade que fatigue l’âpreté de sa souffrance, et qu’un cauchemar réveille de son premier sommeil. -
Mais il y a quelque chose en moi que j’appelle courage: c’est ce qui a fait faire jusqu’à présent en moi tout mouvement d’humeur. Ce courage me fit enfin m’arrêter et dire: «Nain! L’un de nous deux doit disparaître, toi, ou bien moi!» -
Car le courage est le meilleur meurtrier, – le courage qui attaque: car dans toute attaque il y a une fanfare.
L’homme cependant est la bête la plus courageuse, c’est ainsi qu’il a vaincu toutes les bêtes. Au son de la fanfare, il a surmonté toutes les douleurs; mais la douleur humaine est la plus profonde douleur.
Le courage tue aussi le vertige au bord des abîmes: et où l’homme ne serait-il pas au bord des abîmes? Ne suffit-il pas de regarder – pour regarder des abîmes?
Le courage est le meilleur des meurtriers: le courage tue aussi la pitié. Et la pitié est l’abîme le plus profond: l’homme voit au fond de la souffrance, aussi profondément qu’il voit au fond de la vie.
Le courage cependant est le meilleur des meurtriers, le courage qui attaque: il finira par tuer la mort, car il dit: «Comment? était-ce là la vie? Allons! Recommençons encore une fois!»
Dans une telle maxime, il y a beaucoup de fanfare. Que celui qui a des oreilles entende. -
2.
«Arrête-toi! Nain! Dis-je. Moi ou bien toi! Mais moi je suis le plus fort de nous deux -: tu ne connais pas ma pensée la plus profonde! Celle-là tu ne saurais la porter!» -
Alors arriva ce qui me rendit plus léger: le nain sauta de mes épaules, l’indiscret! Il s’accroupit sur une pierre devant moi. Mais à l’endroit où nous nous arrêtions se trouvait comme par hasard un portique.
«Vois ce portique! Nain! Repris-je: il a deux visages. Deux chemins se réunissent ici: personne encore ne les a suivis jusqu’au bout.
Cette longue rue qui descend, cette rue se prolonge durant une éternité et cette longue rue qui monte – c’est une autre éternité.
Ces chemins se contredisent, ils se butent l’un contre l’autre: – et c’est ici, à ce portique, qu’ils se rencontrent. Le nom du portique se trouve inscrit à un fronton, il s’appelle «instant».
Mais si quelqu’un suivait l’un de ces chemins – en allant toujours plus loin: crois-tu nain, que ces chemins seraient en contradiction!» -
«Tout ce qui est droit ment, murmura le nain avec mépris. Toute vérité est courbée, te temps lui-même est un cercle.»
«Esprit de la lourdeur! Dis-je avec colère, ne prends pas la chose trop à la légère! Ou bien je te laisse là, pied-bot – et n’oublie pas que c’est moi qui t’ai porté là-haut!
Considère cet instant! Repris-je. De ce portique du moment une longue et éternelle rue retourne en arrière: derrière nous il y a une éternité.